Quelle terreur en nous ne veut pas finir

Oui, deux citations déjà dans ces pages. C’est un tout petit livre, à peine cent pages, dans un format 11×16. Minuscule pour le format, mais étrangement fort et bellement rédigé dans le fond. En ces temps troublés où la rencontre de l’autre paraît un danger maximum, j’ai lu et relu ces lignes dont le souffle vient nourrir la certitude centrale : « On ne fonde pas une communauté sur la suspicion d’autrui. Et la simple idée qu’une identité forte et assumée, bien distincte, serait la mieux à même de nous permettre l’accueil, c’est alors supprimer purement et simplement le risque, l’ébranlement, l’inquiétude sans lesquels nulle éthique ne se découvre. »

Auteur: Frédéric Boyer
Editeur: P.O.L, 2015
Prix: 9 €

 

Le complexe d’Elie : politique et spiritualité

Marion Muller-Colard nous abreuve de bonnes choses. Dans un petit livre publié chez Labor et Fides, voilà qu’elle nous propose Le complexe d’Elie : politique et spiritualité (16€). Reprenant la plainte du prophète Elie « je ne vaux pas mieux que mes pères » (1R19,4), l’auteure nous invite à vivre pleinement, par-delà nos doutes et nos hésitations, la dimension politique de nos vies. Un voyage initiatique qui se termine sous le signe de Jacques Ellul (autre protestant magnifique) : « Il est impossible dans la vie chrétienne de dissocier une vie privée et une vie publique… Nous ne pouvons pas nous désintéresser du monde dans lequel nous sommes placés et dont nous sommes responsables devant Dieu, ainsi que des hommes au milieu desquels nous vivons ». A lire absolument en ces périodes d’élections

Auteur: Marion Muller-Colard
Editeur: Labor et Fides (16€)

Je ne pense plus voyager

D’une radicalité à l’autre. Voici un petit livre signé François Sureau, racontant l’itinéraire de Charles de Foucauld (1858-1916). Itinéraire d’un homme engagé dans un compagnonnage long avec des tribus d’Afrique du Nord que tous, autour de lui, considéraient comme des ennemis. Lui, prendra tout son temps pour recueillir poèmes et mots de leur langue : c’est par là que commence la reconnaissance de l’autre. Itinéraire d’un homme totalement donné à l’évangile, « compagnon de ce Dieu longtemps caché » à Nazareth, mais que l’institution aura du mal à reconnaître comme exemple de foi. La soif de la pauvreté l’emportera sur tout autre sentiment : « Nous sommes pauvres pour des riches, mais pas pauvres comme l’était Notre Seigneur, mais pas pauvres comme je l’étais au Maroc, mais pas pauvres comme saint François… »

Auteur: Jean Viard,
Editeur: NRF / Gallimard, 2016

Les Cahiers du Mas de Carles N°9

Mots croisés : Carles en cinquante mots.

Depuis quelques mois, voire deux ans, nous préparions une sorte de lexique carlien : des mots pour dire quelques-unes des réalités de la vie à Carles. Après « abécédaire » nous avions fini par l’appeler « mors croisés ». Plus de 250 mots à se suivre et à tenter de faire comprendre Carles et ses habitants ; 250 mots pour rappeler à chacun ses engagements et ses obligations. Sans doute illisible pour beaucoup. Alors est venu le temps de raccourcir et de proposer « le Mas de Carles en cinquante mots ». Petit combat pour se mettre d’accord sur ce chiffre, trier et choisir les « élus » jusqu’au chiffre fatidique de cinquante. Cela a débouché sur une belle petite édition (grâce à un généreux donateur et à l’efficacité de notre éditeur habituel), agréable et bien conçue dont chacun espère ici qu’elle donnera envie de lire à celles et ceux qui l’auront en main. Merci à ceux qui ont contribué à cette mouture [1]… et rappel que la grande édition n’est pas encore close. On peut encore proposer son mot (avec un peu de contenu).

[1] Mots croisés : le mas de Carles en 50 mots, Les cahiers du mas de Carles n° 9, Cardère éditeur, sept. 2016.

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Le moment est venu de penser l’avenir

Un petit livre de vacances ; Un livre-interview de Jean Viard, sociologue, directeur de recherche associé au CEVIPOF-CNRS (avec la participation de Gilles Vanderpooten). « Alors qu’une classe créative rassemble innovation, mobilité et liberté individuelle au cœur des métropoles productrices de richesses, les classes hier « dominantes » se retrouvent exclues, perdues, basculant leur vote vers l’extrême droite… »

Un petit livre (moins de 200 pages) pour tenter de comprendre et de nous réapproprier tout ou partie de notre avenir. En exergue, cette pensée de Charles Péguy : « Il y a pire que les mauvaises pensées. Ce sont les pensées toutes faites. ». Belle invitation à un exercice de lucidité.

Auteur: Jean Viard,
Editeur: Editions de L’Aube, 2016 (17 €)

confession d’une vieille chaise d’église sous le séant d’un athée pèlerin

Il faut que je vous parle d’un petit livre. Doublement étonnant. D’abord parce qu’il raconte l’histoire d’une chaise : « Vous passez devant une église. La porte est ouverte. Vous y entrez et prenez place sur une chaise. Elle vous supporte… La croyez-vous sourde ou indifférente ? Elle se tait veillant et bienveillante. A moins que… » Et Pierre-Jean Flachaire nous fait participer allègrement avec « Foi », à la « confession d’une vieille chaise d’église sous le séant d’un athée pèlerin » (Editions Mon Edition, 04.66.29.60.80) . Etonnant encore car, pour l’auteur, « cette première édition offerte » est une invitation à « effectuer un don au mas de Carles… pour faire œuvre de justice et d’humanité. » Tout cela est trop rare pour ne pas remercier l’auteur et vous permettre de goûter à votre tour à l’invitation de ce « don gracieux ».

Auteur: Pierre-Jean Flachaire
Editeur: Mon Edition, 04.66.29.60.80

Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses

Puisque déjà signalé, invitation à nous plonger dans un tout petit livre de Jean-Claude Ameisen intitulé, Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses : la mort et la sculpture du vivant, publié aux Annales .ehess.fr.

L’auteur de Sur les épaules de Darwin nous convie à un retour aux sources de la vie et de toute vie : « La trame de continuité de la vie est tissée d’innombrables discontinuités : d’une succession de fins de mondes dont nous sommes, aujourd’hui, avec tous les êtres vivants qui nous entourent, les seuls témoins et les seuls rescapés… » Dans ce texte où dialoguent biologie, poésie et philosophie, Jean-Claude Ameisen explore notre univers foisonnant et nous invite à penser les fondements éthiques de notre humanité : « Pouvons-nous essayer de comprendre le comportement de nos cellules et de nos corps, et tenter de les modifier, si nous ne réalisons pas que ce qui nous fait vieillir et disparaître est peut-être ce qui, en d’autres, avant nous, nous a permis de naître ? » Et de citer Emmanuel Levinas : « Penser le sens de la mort, non pour la rendre inoffensive, ni la justifier, ni promettre la vie éternelle, mais montrer le sens qu’elle confère à l’aventure humaine. »

L’AGROÉCOLOGIE : une éthique de vie

Auteur: Pierre RABHI
Editeur: Actes Sud (7,60€)

Un petit livre de Pierre Rabhi, pourrait guider une part de notre réflexion ce trimestre. « C’est en nous reconnectant à la terre qui nous nourrit, en prenant le temps de comprendre le miracle qui transforme une graine en de multiples fruits que nous trouverons les ressources nécessaires pour construire une société véritablement intelligente et pérenne. » Une bonne mise en lumière de notre relation entre l’être humain et la nature.

Les inaudibles

Auteur: Céline Braconnier et Nonna Mayer
Editeur: Sciences PO Les Presses, mars 2015

A partir d’une enquête réalisée lors de l’élection de 2012 qui cherchait à mesurer l’impact de la précarité sur les rapports des individus au politique, à partir d’entretien réalisés dans des centres d’accueil de jour ou de distribution alimentaire. Ce livre raconte la fuite en avant dans l’individualisme et la débrouille : être pauvre n’est pas simple dans notre monde où les comportements solidaires sont plutôt rares.

Deux éléments sont soulignées par les auteures concernant la population interrogée : « tous ont un point commun : chaque jour est un combat » ; et « ce qui nous a frappées, c’est la proportion de gens tombés dans la précarité et qui avaient avant une vie tout à fait « normale ».