POUR MEDITER

 

Abou, 38 ans, est employé municipal dans le quartier Salaheddine, dans le sud-ouest d’Alep. « Je roulais au pas entre deux raids aériens pour constater les dégâts des derniers bombardements barbares. Je tentais d’éviter les regards pétrifiés des rares passants. Puis, devant l’hôpital, un vieillard m’arrête. Il me demande si je peux transporter son petit-fils en chaise roulante qui venait d’être soigné d’une blessure grave à la jambe. L’homme sa femme et le garçon montent dans la voiture. Nous roulons à travers les douleurs et les horreurs du quartier de Fardos, visé la veille par un déluge de bombes. Arrivés à destination, les voisins se précipitent pour aider à transporter le jeune blessé. Je m’apprête à repartir quand le vieillard ouvre la portière et me demande : « Combien je vous dois ? » La gorge serrée, je lui réponds : « Mais nous appartenons à la même famille ! Il ne nous reste que la solidarité. » « Alors, permets-moi de t’embrasser », me dit le vieil homme. Nous nous sommes serrés dans les bras, chacun cherchant à cacher ses larmes à l’autre.»

Extrait du journal Libération

« La vie à Alep »

Texte lu ensemble avec les hommes de Carles un jour que l’égoïsme et l’alcool avaient affaiblis entre nous le pacte de la solidarité.

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