LA VIE AU MAS

Le feu. C’est la hantise de nos étés de sécheresse et de grand vent. Cette année…c’est d’abord trois hectares qui sont partis en fumée derrière le cimetière. Broussailles et ennuis pour le chevrier : garde à vue et convocation au tribunal de Nîmes. Pour le reste, dix jours de cuite et difficile acceptation de mise au vert pour stopper cette chute. En positif, il a eu le réflexe de mettre les chèvres en sureté.  Depuis, il arrive que les autres chevriers reviennent en se plaignant d’être suivis de manière anonyme : sans doute quelque courageux adepte de photos souvenir. Comme si le feu était soudain devenu le jeu des hommes de Carles. Ridicule, à tout le moins.

Dix jours plus tard, 16 hectares supplémentaires y sont passés, entre Pujaut et Villeneuve. Le feu a démarré sur le bord de la route de Pujaut, s’est rapidement développé en raison du fort mistral, s’approchant de Carles, léchant le lycée Jean Vilar et quelques habitations des hauts de Villeneuve. Certains ont vu passer le feu dans leur jardin. Le centre Carrefour a été évacué. Ballet des pompiers et des Trackers. Merci à eux tous. Un peu en retrait ce fut l’occasion pour les voisins de notre quartier de se retrouver et d’échanger un peu … avant de se faire disperser par la gendarmerie !

 

Basile. Un petit gars sympa, venu en stage de quinze jours au mas, par sa volonté propre. Pendant quinze jours, il a participé à nos activités et s’est rapidement acclimaté à notre mode de vie. Et chacun ici a pu s’en féliciter.

Il devait nous confier ses impressions après son retour à la vie d’étudiant. En vérité, il a été happé et s’excuse de ne pouvoir produire le papier attendu. Qu’importe ! Merci à lui d’avoir pris du temps pour et avec nous.


Simone Bouquet (1934-2017)

Après avoir donné du temps à la cuisine de la Passerelle, Simone a passé un long temps au Mas, dans le service magnifique des hommes et plus particulièrement de Zouzou, cet algérien handicapé qu’elle a entouré de son attention et de ses soins pour le tenir propre et en lien avec tous, jusqu’à sa mort, son retour de l’hôpital et ses obsèques au cimetière des Perrières le 20 janvier 2004.

La célébration des obsèques de Simone s’est déroulée le 1 septembre dans l’église des Saintes Maries de la Mer où elle avait élu domicile depuis quelques années.

« Comme un fait exprès, Simone a été enterrée le premier jour de l’Aïd, cette fête musulmane qui invite les croyants à accueillir positivement la volonté de Dieu dans nos vies. C’est une sorte de clin d’œil qu’elle nous fait. Une manière de nous renvoyer à l’essentiel. Car autrement, comment accueillir simplement un événement aussi triste que cette mort.

Le cœur de Simone a cessé de battre. Pour elle. Pour nous tous à qui elle a donné sans compter : qui n’a pas dans les archives de sa mémoire un de ses courriers qui nous envoyait son amour, sa joie et son émerveillement de vivre ; avec l’invitation à reconnaître ce don magnifique de la vie que Dieu nous fait sans exigence autre que de l’accueillir, comme elle l’avait fait elle-même après sa victoire sur son premier cancer ?

Ce cœur était un cœur d’enfant qui refusait le compliqué pour mieux se consacrer à l’essentiel, rappeler que « l’humain est un tissu qui se déchire facilement » (Ch. Bobin) et qu’il faut le protéger, par-delà nos différences, nos choix personnels, dans le respect de la vie en difficulté chez certains. Pas avec des idées. Avec ses mains : « C’est assez simple : je ne crois qu’au concret, au singulier, aux maladresses de l’humain, pas au prestige des machines », aurait-elle pu dire dans le sillage de Ch. Bobin.

C’est bien ce qu’elle a offert à Passerelle quand elle y a tenu le poste de cuisinière ; à Carles quand elle a pris en charge l’ami Zouzou ; à son mari qu’elle a accompagné jusqu’au bout. Ce qu’elle n’a cessé d’offrir autour d’elle. Toujours magnifique et coquette. Non sans fatigue. Mais avec assez de ressources pour accueillir et aimer encore. Elle pourrait nous rappeler l’histoire de ce « monastère zen où chaque moine, à la fin du repas, laisse quelques graines de riz dans son assiette pour les oiseaux. » [1] C’est un peu ça la vie de Simone. Aujourd’hui encore, même au bout de sa vie, au bout de son souffle, nous sommes tous comme ces petits oiseaux. Elle laisse à nos mémoires et à nos mains les quelques grains offerts au seuil du repas de sa vie : l’amour, la vie, et la certitude que « le cœur, quand il existe, se voit de loin. » Au point que nous ne voyons plus que cela aujourd’hui quand nous contemplons la vie de Simone. Et cela devient comme une fêlure de tendresse dans le marbre de nos vies trop souvent rugueuses et indifférentes à l’autre. »


Martine (1948-2017).

Et Martine est revenue à la maison. Après une dernière hospitalisation à la clinique Sainte Catherine, elle décide de cesser toute médication. Après trois ans de combat, son cancer a pris trop de place et son foie ne supporte plus rien. Alors elle revient « chez elle » pour y mourir. En toute lucidité. Toute la famille l’entoure, celle du sang et celle de Carles. Autant qu’il est possible. Elle s’en va paisiblement le jeudi soir du 7 septembre. Trois célébrations fortes marquent son adieu, lundi et mardi pour l’accompagner jusqu’au colombarium de la maison, selon son souhait.

« Pourquoi ce chemin plutôt qu’un autre ? Nous sommes venus jusqu’ici car là où nous étions la vie n’était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux transparents…

Et ce chemin nous a conduits à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel ? Par la vertu de la vie obstinée… entre la mort et la beauté. »  [2]

Quelle autre question peut bien nous venir quand vient le moment de célébrer le départ de l’un (aujourd’hui de l’une) des nôtres : « Pourquoi ce chemin plutôt qu’un autre ? »

Certains parlent de destin. D’autres d’accident de la vie. Quelques autres encore de choix de vie à un moment où les choses apparaissent trop contraignantes pour soi et pour les autres autour de soi. Je crois qu’il y avait quelque chose de ça pour Martine. Vivre la grande dépendance ne lui ressemblait pas et ne pouvait pas lui convenir. D’où son refus de tout acharnement, sa volonté en accord avec celle de ses médecins de stopper tout traitement puisque que rien n’était plus possible et ce petit refrain : aidez-moi plutôt à bien mourir.

Au bout du chemin, de ce chemin, était venu le temps du bilan. Après trois ans de lutte contre son cancer, elle est partie rapidement, confortée par la présence des siens, de son vieux complice de médecin, sa main dans la main de Josiane comme pour retenir un dernier souffle que personne n’a vu réellement s’en aller.

C’est un peu la petite mère de Carles qui nous laisse en chemin pour finir l’exploration du sien. Tout à coup, c’est comme si elle avait mieux à faire que de faire face à ceux qui, à n’importe quelle heure, venaient lui demander un café, une cigarette ou une réponse à des questions trop arrosées pour en recevoir une. »

Martine était arrivée au Mas en 1990, accompagnée d’Alexis. Sa voix rocailleuse et grave va manquer à la ponctuation de nos jours. Avec sa mauvaise foi. Mais son sens du combat contre l’injustice ne devrait pas manquer d’inspirer encore longtemps nos heures et nos gestes. Sa force, sa fougue, parfois même la violence et l’outrance passagère de sa parole, son regard aiguisé : tout cela va nous manquer. Elle avait fait le lien entre le temps de Joseph (qui l’avait accueilli ici avec Alexis) et le temps d’après n’épargnant ni ses critiques, ni sa tendresse, ni sa reconnaissance au petit jeune qui avait succédé au grand Joseph. Et c’est un bien beau cadeau soigneusement conservé dans la mémoire du cœur.


Chacun de nous avait une relation particulière avec Martine. Une relation vraie, avec chacun de nous. Une relation privilégiée avec chacun de ses petits-enfants, avec chacun de ses enfants, avec sa sœur. Ce qu’elle a pu vous aimer ! Une relation privilégiée avec chacun de nous ici. C’était ça, son secret : être vrai, avec chacun d’entre nous. Directe    et délicate en même temps. Si délicate !

J’ai un souvenir dans la tête.  Et chacun de nous aussi, a un souvenir, un moment plus particulier que les autres. Précieux. J’ai un souvenir particulier. C’est pour moi un trésor, une vraie pépite d’or. Cette pépite, gardons-la, chacun d’entre nous.  Parce que cette pépite, nous pouvons en faire notre miel. Ce sera notre force, ce sera notre énergie

Martine était une résistante. Contre les injustices, contre la bêtise, contre la maladie. A l’entendre, je pensais à la phrase de Lucie AUBRAC qui a dit : « Le verbe résister se conjugue toujours au présent. » Résister, ça aussi, nous pouvons le garder en nous. Ce sera notre force, ce sera notre énergie.

J’ai aussi des regrets envers Martine. Pas de remords, de cette espèce de sentiment de culpabilité. Bien trop facile, bien trop négatif. Mais un regret, oui. Une insatisfaction, un projet inabouti, une envie en suspens, Comme si on n’avait pas eu le temps ! Le regret, qui déclenche comme une réaction nucléaire, qui va d’énergie en énergie. Ce regret qui nous fait dire : « Ça, non, plus jamais. Ça je l’ai loupé. Plus jamais je ne le louperai. » Ce regret aussi, nous pouvons le garder en nous. Bien vivace. Ce sera notre force, ce sera notre énergie.

De t’avoir connue Martine, quel beau cadeau tu nous as fait là. Merci

C.R.

[1] Rapporté par Christian Bobin, Un bruit de balançoire, L’iconoclaste, 2017, p. 14.

[2] René Char, De moment en moment, Le bâton de rosier, 8 (1949).


Questions.

De plus en plus de personnes arrivent au mas après avoir fait un séjour en hôpital psychiatrique. Et souvent, après l’accalmie de l’arrivée, le combat reprend contre les démons de la tête. Alcool ou produits aidant, la volonté s’étiole à nouveau, la lucidité vacille, un lent dialogue s’instaure pour permettre le retour aux soins… dans le meilleur des cas. Mais que peuvent bien devenir nos lieux d’accueil comme le mas, si trop de ceux-là nous échoient. Si continue à retentir au téléphone la petite musique de la défaite des soigneurs qui répètent régulièrement : « Vous savez, pour celui-là on ne peut plus rien. Alors essayez de le garder chez vous ! »

Et les choses ne s’arrêtent pas aux portes de ceux qui résident au Mas. Le même constat se fait, parfois, à propos de celles et ceux qui participent au chantier d’insertion de la maison. La fragilité de leurs conditions de vie, pour certains les addictions, pour d’autres la voiture pour maison : la misère des hommes ne trouve pas de repos par le simple fait d’avoir un travail (même si cela n’est pas négligeable), mais la violence de la solitude, l’effacement du souci des autres, l’impossible réconciliation avec un passé trop lourd, « l’impossibilité de dire ce que nous sommes en train de devenir » (Patrick Boucheron). Plutôt que de nous plaindre de celui-ci ou de celle-là, nous interroger d’urgence sur ce qui fabrique tant de déshérence et de dégâts sur les personnes. Nous interroger et tenter d’y remédier, déraciner le malheur et ce qui y mène pour la part que nous pouvons, là où nous sommes. Permettre à chacun de « croire son existence indispensable à la marche du monde ». J’ai bien peur que tout cela ne relève d’aucune de nos techniques d’accompagnement officielles, sinon celle d’une proximité patiente et attentive, contrairement à tous les dispensateurs de bien-être marchandé et normé ici ou là.


Un cadeau de Sylvaine.

Ancienne secrétaire au mas de Carles, Sylvaine est décédée il y a bientôt deux ans. Nous avons célébré ses obsèques le 29 octobre 2015. Elle était fascinée par la personnalité de Joseph Persat. Il y a peu, sa maman a retrouvé ce texte qu’elle nous a partagé à la fin d’une eucharistie.

« Il y avait dans ses yeux qui vous aiment, une beauté, une intensité, une bienveillance, un accueil qui me parlait d’amour, de bonté, de générosité. Il était désintéressé, c’est-à-dire sans attente de vous. Il vous recevait comme on reçoit l’hostie… Dieu est Amour et à l’image de lui, Joseph était l’amour. Dieu l’avait investi tout entier, il était ouvert, il était amour. Il ne parlait pas de Dieu, il le représentait, il le vivait tous les jours, il en était la preuve vivante. Père Joseph, tu manques à ma vie.

Tu ouvrais mon cœur, tu savais aimer, tu savais aimer d’un amour pur et désarmé. Père Joseph, tu manques à ma vie.

Je me rends compte que je ne sais vivre ma foi qu’auprès de toi : j’avais tant de choses à apprendre de toi. Pourquoi es-tu parti si vite ? Père Joseph, tu manques à ma vie… Tu me montrais la beauté, la bonté, l’humour. Je ne vois que noir, laideur de l’âme. Je me décourage avant d’avoir fait quoi que ce soit. Et toi tu avançais, tu faisais, tu bâtissais.

Père Joseph, tu manques à ma vie… Petite sotte ! J’ai même pensé que je pourrais devenir un jour comme toi, mais je ne suis pas digne d’une si grande cause. Tu étais un grand homme au cœur pur. J’ai une chose à te demander, s’il te plaît : peux-tu, quand je te prierai, venir par mes mains guérir les malheureux dans leur âme et dans leur chair ? Par toi, je voudrais pouvoir guérir, te faire encore vivre par moi, et par toi aimer. Merci Joseph. » (20.11.2005)


Vous avez dit « Migrants » ?

Engagé, avec sa femme (Annie) et beaucoup d’autres, dans l’accueil de migrants hébergés à l’auberge associative de Bompas, soumis lui-même à la migration italienne dans son jeune âge, Joseph Pacini me permet de vous donner à lire ces quelques lignes, parmi bien d’autres aussi belle et fortes, écrites dans un petit document qu’il a intitulé Paroles d’exil :

« A quoi nous sert la vie si la parole des peuples est vouée au néant ?

Nous, semences de musiques nouvelles, le monde danse avec nos voix.   

Nous, sèves ensevelies, ensemble nous voulons respirer l’air de l’univers…  

Nous,

Funambules, haut perchés, connaissons les dangers des chemins de traverse. Le cirque s’élargit et la piste s’effondre. La peur nous fait violence. Suspendue dans le vide, fragile liberté !

Quand l’eau reprend la terre, la dilue au marais, lui fait porter l’amour au vent des graminées,

Quand les femmes, les hommes pieds nus d’humilité transmettent à la terre l’épi de vérité,

Quand l’espoir se nourrit comme une fleur des champs,

Quand les mots du silence cherchent terre pour vivre, 

Quand au lever du jour des mains offrent l’amour sur des traces de sang,

Nous, terre dévastée, déserts arides, boucs émissaires de vos rêves. Nous, meurtris et déchirés par ces temps de frontière. Nous au pilori des absurdes refus. 

Nous, nomades échoués, l’utopie d’une main, la dignité dans l’autre. Nous, de l’exode à l’exil, ensemble nous ouvrons un monde en devenir… »

Juste merci, Joseph, de nous aider à ne pas nous laisser berner par « un soi-disant devoir moral de conserver l’identité culturelle et religieuse d’origine », comme le rappelait récemment le pape François!


Portes ouvertes.

Une journée magnifique pour cette Porte Ouverte inscrite dans la brochure présentant les lieux du patrimoine villeneuvois (merci Mr. le maire). 6 à 700 personnes ont défilé durant la journée avec son cortège de marché provençal, d’un temps de prière, d’un repas partagé autour d’une grande poêlée de pommes de terre et de cuisses de poulets, des jeux de l’après-midi (poneys, tir à l’arc, jeux de bois, jeu gonflable, pêche à la ligne…), la visite organisée de la maison. Et toute la journée la tente associative pour projeter un film et parler du projet d’accueil de la maison et l’accompagnement musical des jeunes et talentueux duettistes venus de Bagnols. Et pour les anciens en difficulté avec leurs jambes, les allers et retours en voiture proposés par Camel. Une magnifique journée.

Merci à celles et ceux qui l’ont préparée : celles et ceux qui ont aménagé le lieu pour tous, les cuisiniers, celles et ceux qui ont vendu, animé, surveillé les opérations, celles et ceux qui ont offert pommes de terre et viande et autres ingrédients qui ont facilité la fête…Merci à celles et ceux qui ont fait le déplacement et nous ont gratifiés de leur présence… Et merci de nous avoir permis une belle recette, près de 12.000 € nets !


Lieux à Vivre.

La dernière rencontre des Lieux à Vivre s’est déroulée à Fréjus. L’association Alice nous accueillait. Toutes les associations de l’Union Interrégionale étaient représentées, mis à part Cavaldone (au-dessus de Sisteron) et Vogue la Galère (en raison du suicide, le matin même d’un de leurs résidents).

Après nous être perdus, avoir tourné en rond, visité une partie de l’arrière-pays, nous nous sommes livrés au traditionnel tour de table (richement fournie en croissants divers, café et jus de fruits).

Le tour de table nous a permis de mesurer nos ressemblances et nos écarts réciproques : Berdine, Médiation, Alice, les Moreuils, la ferme Claris, la Celle, le GAF, le mas de Carles ont chacun leur pratique et tous en commun le souci de l’autre dans la difficulté, l’écoute et la volonté d’une promotion.

Nous avons échangé sur la visite au Conseil National de Lutte contre les exclusions, du choix opéré par les décideurs de n’accorder l’habilitation OACAS qu’à ceux qui étaient entrés dans le « marchandage ». Avec Serge Davin, nous nous sommes redit notre « credo » : tout ce qui se fait chez nous contribue à l’insertion économique, sociale et professionnelle des personnes accueillies (que l’on vende ou non). Nous avons salué le pied posé dans la porte par le CNLE dans son avis qui appelle les autorités à reconsidérer leur point de vue. Avec Sylvain, nous nous sommes redit que, dans « économie sociale et solidaire », l’économie n’était qu’un moyen, qu’il nous fallait développer l’item de l’économie circulaire (de l’utilité au service du collectif), que la personne prime sur le capital… Toutes choses qui nous permettent de reprendre le dossier OACAS pour les « exclus » de la première tentative. Chose promise…

Une fabuleuse soupe au pistou nous a ensuite permis de refaire nos forces avant notre nouveau rendez-vous, à Berdine, le 29 novembre prochain.


Fonds de dotation.

Afin de pouvoir recueillir les éventuels legs et autres donations, le conseil d’administration du Mas de Carles a décidé de créer un FONDS DE DOTATION, dénommé Fonds JOSEPH PERSAT – MAS DE CARLES.

Pourquoi ? Un fonds de dotation est une personne morale de droit privé ayant pour objet d’assurer ou de faciliter la réalisation d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général. Il a pour vocation principale la capitalisation de droits et de fonds afin de redistribuer les bénéfices issus de cette capitalisation, soit directement en vue de la réalisation d’une mission d’intérêt général, soit à une personne morale à but non lucratif afin de l’assister dans l’accomplissement de ses missions ou de ses œuvres d’intérêt général.

Objet du fonds de dotation Joseph Persat – Mas de Carles : « Recevoir et gérer les biens et droits de toute nature qui lui sont apportés à titre gratuit et irrévocable en vue de les redistribuer à l’association Mas de Carles afin de l’assister dans l’accomplissement de ses œuvres et missions d’intérêt général. Il pourra à cette fin prendre en charge des dépenses de toute nature ».

Le but du Fonds Joseph Persat est de redistribuer les fonds qu’il recevra afin de soutenir l’activité de l’Association du Mas de Carles, cela en toute transparence et en rendant compte aux donateurs de l’usage de leurs fonds.

Outre cette collecte des legs et des dons, le Fonds s’est donné deux orientations supplémentaires : accueillir (par dévolution de l’association Joseph Persat) la propriété des terres du mas de Carles (en maintenant ou reprenant à son compte les avantage du bail emphytéotique qui lui a été précédemment reconnu) et soutenir la remise en activité d’ancien(ne)s du Mas par une aide en matériels pour celles et ceux qui le peuvent (définie et mise en œuvre par le mas).

Avantages : les avantages fiscaux du fonds de dotation sont ceux réservés au mécénat. Pour les entreprises et les particuliers par les articles 200 et 238 bis du code général des impôts. Pour les entreprises, une réduction d’impôt à hauteur de 60% du montant des versements, dans la limite de 5‰ du chiffre d’affaire.

Pour les particuliers, une réduction d’impôt sur le revenu (IRPP) égale à 66% du montant des sommes versées, dans la limite de 20% du revenu imposable.

Les dons et legs consentis au profit des fonds de dotation sont exonérés de droits de mutation (article 795, 14° du code général des impôts).

Administration : la loi prévoit que le fonds de dotation est administré par un conseil d’administration qui définit la politique d’investissement du fonds de dotation. Lors de sa fondation, le conseil d’administration du Mas de Carles a désigné les premiers administrateurs : Patrick Chevrant-Breton, Frédéric Aymard, Hubert Legay, Olivier Pety et Bernard Renoux. Ces « premiers » se sont adjoints Jacques Vivent. Un expert-comptable participe à toutes les réunions du Conseil du Fonds.

Le fonds de dotation établit chaque année des comptes qui comprennent un bilan, un compte de résultat et, le cas échéant, une annexe (sous l’autorité d’un commissaire aux comptes). Ces comptes annuels sont publiés sur le site internet de la direction de l’information légale et administrative dans les 6 mois suivant la clôture de l’exercice.

C’est l’occasion de commencer à nous dire qu’il va nous falloir changer, peu à peu, nos habitudes pour verser nos dons au Fonds de dotation plutôt que directement au mas de Carles. A terme, cela reviendra au même, le Fonds n’ayant pour seule vocation que le soutien aux activités du Mas.

Des explications plus pointues suivront bientôt.


Notaire.

Démarche en cours depuis plusieurs mois : le mois de juillet a vu la signature chez le notaire de la dévolution de la propriété du mas de Carles par l’association Saint Joseph au Fonds de Dotation Joseph Persat-Mas de Carles.

L’association Saint Joseph, crée le 26 mars 2002, a permis d’abriter la propriété pendant quinze ans, évitant qu’elle soit confondue avec l’association du Mas de Carles (qui a en charge l’animation de l’accueil, de l’accompagnement et des activités proposées sur le lieu aux personnes accueillies). Belle occasion de remercier très sincèrement les administrateurs de l’association Saint Joseph pour avoir conservé patiemment et dans son « entièreté » le patrimoine qui assure au mas de Carles une tranquillité d’esprit pour son action.

 

Retrouvés aux archives municipales : Carles et sa femme assis devant le mas.


La fin de l’ACAT ?

Petite annonce faite l’autre jour : l’ACAT en Vaucluse n’a plus assez de responsables (ou ils sont trop âgés) pour poursuivre ses invitations et offrir à tous la possibilité de prendre part au combat contre la torture et l’emprisonnement illégal.


9ème rencontre Joseph Persat.

La date et le thème ont (déjà) été retenus. Le 20 octobre 2018, dans les locaux du Lycée Saint Joseph, le thème de ces 9ème Rencontres sera « Travail et Activités ». Il s’agira de penser le travail tel qu’il est vécu dans des lieux d’insertion mais aussi plus largement dans notre société en pleine évolution. Ceci en croisant les différentes approches des acteurs de la vie sociale (OACAS, EI, etc.) et en tentant de poser des jalons qui pourraient nous éclairer dans nos engagements réciproques.

Un accord de principe a été acté avec l’association TOTOUT’ARTS pour réaliser, sur une année, des photos sur les activités pratiquées à Carles (Habitants, Bénévoles, salariés). Projet qui donnerait lieu à exposition (le 20 octobre 2018) voire à la publication d’un ouvrage (prévoir dans ce cas une souscription).

Cette proposition sera couplée avec un atelier d’écriture dont Joël Lemercier a accepté le principe et l’animation.

Pour mémoire, nous rappelons les thèmes des journées précédentes : 2004 : « L’exclusion a changé de visage, quels regards porter sur cette réalité ? ». 2005 : « Dans la lutte contre la pauvreté, la place et le rôle des institutions ». 2006 : « Les formes de la précarité chez les jeunes ». 2008 : « Exclusion sociale, spiritualité : question d’humanité ? ». 2010 : « Quand l’autre devient étranger ». 2012 : « Du changement à la métamorphose ». 2014 : « C’est quoi la vie : accrochés, décrochés, raccrochés ». 2016– « Qu’as-tu fait de la Terre, qu’as-tu fait de ton Frère ? ».


Rencontre résidents/salariés/bénévoles. Une année sur deux l’association propose une « Rencontre Joseph Persat » qui se déroule jusqu’à présent au Lycée Saint Joseph. Une année sur deux, c’est une rencontre sur place, au Mas, qui réunit résidents, salariés et bénévoles de l’association. C’est le cas cette année. Cela se déroulera le 2 décembre prochain, de 9h à 15h (nous partagerons un buffet à midi). Un temps, forcément trop court pour nous. Pour nous permettre de faire ensemble le chemin qui mène d’hier à aujourd’hui. Tenter de nous éviter les embuscades de la nostalgie et les traquenards de nos assurances (passées ou présentes). Un temps pour tenter d’éviter qu’il n’advienne du mas ce que Bernard Simeone [1] redoutait pour ses textes : qu’il ne devienne comme « un manteau qui nous protègerait le temps qu’on le confectionne, mais rétrécirait ensuite au point de se retrouver nu à la fin ». Dénudés de vie commune, dénudés de respect mutuel, etc. Bref, ne pas risquer de toucher du doigt l’impuissance de nos routines. Regarder. Contempler. Laisser notre imagination et notre souci de l’autre paître les prairies de leur actualité. Sans plus vouloir y imprimer notre marque. Mais la leur, la sienne. Faire place. Rien que cela. Et cela peut être douloureux. Refuser plus longtemps de croire que notre avis ou notre sentiment doivent l’emporter nécessairement sur celui des autres. Douleur aussi. Déclarer l’espérance première avant le souci de l’ordre. Avant, bien avant, malgré nos supposées impuissances et la croyance dans nos trop grandes limites. Entendre Péguy à propos d’espérance : « Si c’était avec de l’âme pure, parbleu ce ne serait pas malin. Tout le monde pourrait en faire autant. Et il n’y aurait là aucun secret. Mais c’est avec une eau souillée, une eau vieillie, une eau fade. Mais c’est d’une âme impure qu’elle fait une âme pure et c’est le plus beau secret qu’il y ait dans le jardin du monde. »[2] Premier secret partagé : ce sont nos imperfections qui font Carles (et peut-être au-delà) grand et beau. Mais lesquelles seront les plus fécondes ?

Nous permettre de faire ensemble (dans nos têtes et avec nos mains) le chemin qui mène d’hier à aujourd’hui. Hier et l’a peu-près d’un accueil, son improvisation féconde et chaleureuse, sa frugalité nourricière. Et nous étions à peu près assurés que nous en maîtrisions les effets et les bienfaits. Aujourd’hui, la lente montée en charge d’une organisation qui doit répondre à des impératifs administratifs multiples autant que subtils qui supposent une compétence technique plus aiguisée, ne peut que susciter, par-delà nos incompréhensions, un regard plus aigu sur ce qui vient.

Ce moment sera l’occasion de proposer une première présentation de quelques-uns des passages du dernier opus de Carles : « Et puis ce fut le printemps ». Comme le rodage d’une ambition à venir à travers l’idée d’un spectacle.


Divers.

Juillet et son festival. Une magnifique pièce de théâtre : Antigone de Thèbes. Et cette parole, au milieu : « Tes frères sont devenus des loups, des loups prisonniers de leur vie de loup, avec leurs griffes, leurs cris, leurs dents de loup. Les loups mourront dans leur peau de loup », chante le chœur. Et Antigone, en contre-chant : « Mes frères sont mes frères et je les prends comme ils sont. Ainsi je les aime. Les loups moi je leur caresse le poil du dos je les calme, je les apprivoise, je les rassure moi, je les apaise, je les nourris, je les soigne moi, je les berce, je les endors. » [3] Belle invitation, non ?

Plus tard, Pierre et sa femme, Martine, sont venus passer quelques jours au mas. De Vannes, ils viennent ainsi deux fois l’an. Pierre nous abreuvant de son savoir et de ses conseils concernant les abeilles. Une bien mauvaise saison cette année, tant la sécheresse a réduit la subsistance de nos amies. Malgré tout, quelques pots nous attendent, mais pas suffisamment pour vendre quoi que ce soit.

C’est une des marques de la maison : il y a toujours quelques « menus » travaux en cours. Ce coup-ci, il s’agit de restaurer ce que nous appelons « la réserve », dont nous voulons faire une future confiturerie digne de ce nom pour améliorer productions et modes de production. En espérant que le passage à une forme de modernité n’enlève rien à la qualité ni au goût de nos produits, et n’empêche pas les hommes de continuer à en être les maîtres d’œuvre.

[1] Bernard Simeone (1957-2001), traducteur, écrivain et poète lyonnais.

[2] Charles Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu (1929). Cité par Philippe Jaccottet, Tâche de soleil ou d’ombre, Le bruit du temps, 2013, p. 167.

[3] Véronique Boutonnet, Antigone de Thèbes, Les Ames Libres éditions, 2017, p. 18.

Print Friendly, PDF & Email