La Vie au Mas

Les travaux

Dans un contexte  d’élection au parlement Européenne qui a donné libre expression aux discours anti Européen et nationaliste, il nous semble important de rappeler  que le programme de réhabilitation des bâtiments d’hébergement bénéficie d’une aide conséquente de l’Union Européenne (300 000 €)  dans le cadre des fonds Européens au développement régional (FEDER). Ainsi l’Europe peut être proche et solidaire en accompagnant des projets concrets dans les domaines de la cohésion sociale et de développement régional. Entre 2007 et 2013, les fonds structurels  (FEDER et FSE) ont consacré  15 milliards d’Euros au cofinancement de plusieurs milliers de projets en France.

Fin juillet 2014 nous auront finis les travaux dans le vieux mas, ainsi en septembre nous pourront accueillir une dizaine de personnes supplémentaires. Raymond s’est installé dans la maison de Lucien dont les travaux de réhabilitation sont maintenant finis. Une inauguration officielle a eu lieu le 7 juillet. Les autres travaux (maison de Pujaut et maison rouge) commenceront à  la mi juillet.

La générosité de tous est sollicitée pour nous aider à financer ce programme de réhabilitation ambitieux. Merci par avance pour vos dons.

 

Revisiter notre projet d’accueil

Avec les travaux de réhabilitation de la maison, vient le temps, pour l’équipe des salariés, d’une réflexion plus approfondie sur le sens de l’accueil au mas. Plusieurs réunions scandent ce travail, sous divers modes : rencontres trimestrielles et travail autour d’une évaluation interne avec un accompagnateur extérieur.

Au fil des réflexions, quelques lignes de force apparaissent :

 – la place et le rôle des salariés dans l’association se situent entre deux pôles : la gestion et la militance.  C’est de cela dont parle Jean Paul Delevoye quand il dit : « Notre contrat social n’est pas un contrat de services mais un contrat d‘engagement. » De leur côté, MM. Laville et Sainsaulieu rappellent que « sous l’objet associatif il y a un projet de société. »

Dans la mise en œuvre du projet d’établissement, il faut que l’on retrouve les bases du projet associatif, le projet militant de notre présence au mas. Un projet qui s’inscrit comme une proposition alternative aux projets institutionnels ! Un projet qui s’attache d’abord à la personne elle-même et pas à nos imaginations de solutions pour elle. Un projet qui s’attache avant tout à sortir les personnes de l’errance, inscrit dans un projet d’entraide réciproque (coopération). Un projet qui promeut une forme de vie collective parce que la vie ensemble est une dimension première de l’insertion

L’homme au centre, la fin de l’errance, une pratique de l’entraide réciproque, une vie ensemble… l’objet de notre réflexion est de vérifier la pratique de ces pôles de militance, par-delà les lourdeurs pathologiques (mentales et physiques) d’un certain nombre, nos propres fatigues, nos peurs et les impératifs institutionnels.

 – dans la mise en œuvre du projet, il y a l’idée d’habiter un lieu, ce lieu, chacun de manière différente (avec les questions et les ajustements réguliers que cela entraine). Avec, pour passage obligé de faire tourner la maison (participation aux activités proposées par le lieu) ; d’accepter de vivre une vie de partage, basée sur une « économie » différente (dons, solidarité nationale, activités de rapport), sous la forme d’une économie solidaire ; de nourrir nos partenariat avec l’ensemble des lieux à vivre (dans le cadre de l’Union Interrégionale).

  – un autre sujet de réflexion : affiner la manière de présenter le type d’accompagnement des personnes proposé par les « lieux à vivre » (à la différence des CHRS, par exemple). Ce qui s’est exprimée, par exemple, dans une lettre au préfet de Vaucluse(juin 2011) où nous expliquions : « Choisir la vie, pour un certain nombre de personnes, passe par l’expérience d’une vie commune, le (ré) apprentissage d’une relation maîtrisée à l’autre, le partage d’activités dont on tire une part de sa subsistance, l’acquisition de compétences validées institutionnellement par un diplôme national… A travers notre soutien à certains des plus vulnérables de notre société nous voulons chercher à regarder en face et à prendre comme elle est l’humanité de l’homme… »

 – l’intime face au collectif est aussi une question que nous prenons le temps de travailler, face à l’individualisation croissante (habitat, insertion, etc.) voulue par les services de l’Etat, de l’habitat autrefois très collectif. Comment permettre à chacun d’habiter la maison pour lui permettre de parler de lui-même, de se révéler à lui-même et de préserver un espace pour lui, condition de l’exercice d’une vie démocratique ? [1]

Rien n’est clôt, bien sûr, mais il faut savoir faire court dans ces colonnes…

 

Bénévoles et résidents se sont également donnés l’année pour échanger à partir du projet associatif : son contenu, ce qu’il dessine comme exigences pour tous. A terme, cela devrait nous amener à proposer une réécriture de ce texte fondamental pour éclairer notre présence au mas.

C’est ce autour de quoi a tourné, pour partie, la réflexion de la rencontre des bénévoles du 24 avril dernier : « Après avoir souligné que les résidents sont fiers d’être « du » mas de Carles (gardes, marché, cinÉchange, etc.)… il n’en reste pas moins que le mas vit une période particulière, que ce n’est « plus comme avant » et que cette différence d’avec « l’avant » risque de durer encore… Les lignes bougent, ce qui mérite attention, réflexion, échanges pour maintenir l’esprit fondateur de la maison dans un contexte en grande évolution » (mentalité, institution, etc.).

Des constats qui résonnent comme un appel à refonder notre présence au mas…

…tu vois, je pense que les gens sont obligés de réfléchir sérieusement au sens de leur vie, précisément parce qu’ils savent qu’ils vont mourir un jour… Nous sommes obligés d’y penser à la seconde même… Personne ne sait ce qui va se passer… pour évoluer, on a absolument besoin de la mort. C’est ce que je pense. Plus la présence de la mort est vive, plus nous réfléchissons intensément aux choses. » [2]

 

[1] Selon Jacques Riffault, éducateur spécialisé et philosophe.

[2] Haruki Murakami, Chroniques de l’oiseau à ressort.

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