Documents AG 2012

 Compte rendu de l’assemblée générale du 11 avril 2013

 

 

Rapport moral

Comme chaque année, nous prenons le temps de réentendre le testament spirituel de Joseph Persat. Parce que ce texte est le fondement des statuts de l’association et le pilier de notre présence au mas.

“Un homme découvrit un trésor caché dans un champ. Dans sa joie, il s’en alla, vendit tout ce qu’il possédait et acheta le champ (Évangiles de Mt 13,44).

Cet homme, c’est moi-même. Le trésor, c’est le Mas de Carles. Un jour, j’ai découvert Carles. Ce fut, pour moi, un émerveillement. Je découvris un site exceptionnel. Il s’en dégageait une ambiance de paix, avec un certain fond de mystère. J’ai été séduit. J’ai compris qu’il y avait là quelque chose à faire, une chance à ne pas manquer. J’ai passé une grande partie de ma vie à accueillir : j’y ai vu là l’aboutissement d’un projet.

Les plus déshérités, ceux qui n’ont plus de famille, de travail, y auraient leur place. Tous ceux qui ont soif de paix, de calme, d’amitié, y viendraient. Une vie fraternelle de partage y serait possible loin de tout ce qui divise : l’argent, la race, la culture, etc. Carles deviendrait un lieu fort pour de nouveaux départs.

Carles a une vocation d’accueil. Depuis des années, Carles a accueilli des milliers de personnes et ce sont les plus pauvres qui y ont trouvé demeure. C’est pourquoi je demande aux membres de l’association d’entrer dans ce mouvement d’accueil, déjà réalisé en partie, pour le développer et le soutenir avec désintéressement…

Carles ne deviendra jamais un objet d’intrigue, un lieu de trafic, de commerce ou réservé à quelques-uns ».

Fait à Avignon, le 15 Janvier 1981

Père Joseph PERSAT, Fondateur du Mas de Carles.

 Que dire de 2012 ?

Une année de petits bonheurs (pour commencer).

Avec Alain qui a passé avec succès l’oral de la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) qu’il préparait depuis plus d’un an. Il visait le Brevet agricole en arboriculture. Il visait juste. Carton plein pour lui et belle joie pour tous.

Pas mal du tout, non plus, du côté de la chèvrerie. Dans sa livraison n°17 (juillet 2012), la revue Les enjeux de l’élevage du Gard  signale : « L’association mas de Carles a reçu la médaille de bronze pour son fromage frais de chèvre. »

Bien joué encore les maraîchers : le coup de froid de février qui avait sérieusement touché les premières plantations de l’année n’a pas empêché une belle récolte… avec un surcroît de travail le mois suivant.

Je n’oublie pas Gabriel, qui en quelques mois a transformé le couloir historique de la maison Joseph en une belle enfilade de placards et d’étagères de rangement. Occasion d’un phénoménal tri dans un espace où s’accumulaient quarante ans d’histoire ! Grand merci pour sa patience.

Je rappelle la tenue des 6èmes Rencontres Joseph Persat, le 20 octobre au Lycée Saint Joseph (grâce à l’entregent de Jacinthe et l’accueil du directeur de l’établissement) sur le thème « Du changement à la métamorphose : Pour quelle transformation profonde de notre société ? Plus de soixante-dix personnes ont participé à ces échanges qui se poursuivent en petits groupes aujourd’hui encore.

Un mot enfin pour ceux qui ont osé quitter le « nid carlien » pour tenter un mode de vie plus autonome. Avec le travail à trouver, avec l’argent à compter, avec la part de solitude à affronter… et le courage de revenir, par moment, chercher un peu de solidarité et de chaleur ! « Notre idylle ? L’étonnement et la fraîcheur et l’au-delà d’une forêt d’oiseaux dont il ne reste qu’un tison. Pas même un tison, sa brûlure. Aux lieux qu’elle a quittés, la lumière s’engouffre. » [1]

Un ban pour chacun !!!

 Une année de générosité

Générosité des donateurs, votre générosité, qui ne s’est pas démentie au cours de cette année 2012. Elle a même continué à croître : les dons, cette année, sont supérieurs à ceux de l’an dernier (Joël en reparlera).

Cette manne permet de clore nos budgets au plus près de l’équilibre. Cette réalité, et l’annonce d’un legs important, ont entrainé le conseil d’administration dans une discussion sur la création d’une fondation ou d’un fonds de dotation (au service exclusif des actions du mas) pour dissocier dans nos comptes la part des subventions (décrites dans le compte administratif) et la part des dons (qui permettent de tendre à l’équilibre). La réponse, apportée ces jours-ci, sera décryptée à l’AG de l’an prochain.

Générosité, quasi silencieuse, de l’association propriétaire, l’association saint Joseph, qui réunit ses fidèles deux fois l’an pour assurer la permanence de la mise à disposition du domaine, voulue par Joseph, à l’association du mas de Carles. A qui le silence pèse parfois, et qui réclame un peu de renfort en administrateurs pour assurer ce service de veille essentiel pour nous tous.

Générosité autre : celle des services publics, imposant un très  strict respect des normes autour de la cuisine ; et celle de la commission départementale de sécurité qui surclasse la maison en terme de sécurité.

 Une année de lenteurs

C’est celle liée aux travaux encore à venir. Avec l’architecte des débuts qui tombe assez sérieusement malade. Retard dans le suivi des démarches administratives et l’engagement des travaux tels qu’annoncés. Le remplaçant n’a pas fait attendre longtemps sa capacité à prendre le relais.

Lenteur avec la commission de sécurité qui s’acharne à nous donner un statut dont l’organisme de contrôle finit par contester la légitimité arrêté du 31 janvier 1986). Du coup la maison est « déclassé » en « bâtiments à usage d’habitation », ce qui allègera considérablement les procédures et les travaux eux-mêmes. Une année aura passé pour cela.

Mais cette lenteur n’aura été qu’un faux rythme, fait de va et vient incessants pour passer les obstacles, rattraper les effets du froid qui a « ratatiné » la première semaison maraîchère et doublé la tâche…

Une année d’attentes

Attente des autorisations nécessaires au démarrage des travaux. Villeneuve (autorisation de travaux) et Pujaut (permis de construire). Le début de l’année 2013 aura marqué le commencement de la fin de l’attente : Pujaut accorde à l’association l’autorisation de déposer un permis avec l’assurance qu’il sera positivement honoré.

Attente de ce que pourra devenir notre maison après la réhabilitation et la création d’un espace plus autonome pour chacun des résidents : comment maintenir un certain niveau de vivre ensemble ? Quels choix faire pour réinventer un long terme qui s’efface quotidiennement dans l’accumulation des directives et les revirements qui accompagnent les épisodes fâcheux ou jugés tels de nos sociétés et des mouvements d’opinions aussi peu fondés qu’incontrôlés qui les accompagnent ? Comment éviter l’écueil que signale un Philippe Jaccottet, par exemple : « Autrefois la lumière nourrissait sa bouche, maintenant il raisonne et se contraint. » [2]

 Et maintenant

Sans doute nous faudra-t-il finir par nous inviter réciproquement à prendre au sérieux la remarque d’Amin Maalouf qui dénonce un système où l’on « s’émeut instantanément de tout pour ne s’occuper durablement de rien. » Ce sera notre tâche (et sans doute pas que la nôtre) pour tenter de donner un espace d’espérance réelle à celles et ceux qui nous offre leur présence (résidents, bénévoles, salariés). Pour nous éviter de donner place à l’imposture, permettre à chacun de faire toute sa place au courage d’être avec ce qu’il est, plutôt que de couvrir nos impuissances d’une assistance compassionnelle. Tenter de ne pas déporter l’autre vers ce que nous sommes, ni le laisser à ses impossibilités. C’est d’une autre forme de tendresse qu’il s’agit. Celle qui permettra à chacun de faire « résilience » (selon le mot de Boris Cyrulnik [3]), cette capacité à « découvrir en soi et autour de soi, les moyens qui permettent de revenir à la vie » (ici ou ailleurs) « et d’aller de l’avant tout en gardant la mémoire de sa (ou de ses) blessure(s). » Pas d’évidence, ici, pas de chemin tracé. Simplement sortir de nos individualismes épidermiques. Simplement une histoire d’hommes à (ré)écrire ensemble, dans la conjugaison de nos capacités et de la mise en œuvre de nos savoir-faire. Eviter la mésaventure du philosophe, racontée par Christian Bobin : « Le philosophe était plus qu’estimable. Il avait trouvé un trousseau de clés perdu dans l’herbe. De belles clés en or, large comme les clefs d’une ville et à peu près aussi inutiles : il n’y avait pas de portes. Il n’y en avait jamais eu. » [4]

C’est à ce travail que l’équipe des salariés (avec les résidents dans le cadre des « dialogues de Carles », avec celles et ceux qui voudront s’y joindre dans le cadre d’une journée encore à programmer) prendra le temps de s’attacher. Pour esquisser ensemble les contours d’un vivre ensemble acceptable, celui d’un « bonheur avec nuages », comme le suggère encore Boris Cyrulnik.

A propos de nuages, comment oublier celles et ceux qui nous ont quitté cette année 2012 : Pierre Martin (7 février) ; Patricia Cavallaro (7 mars) ; Léon Gueit (1 août) ; Jean Bouvet (21 septembre). Merci à eux pour ce qu’ils nous ont permis de vivre, qui fait définitivement comme une tache de lumière dans nos vies.

O.P., le 11.04.2013

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