Lettre 87

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EDITORIAL

Égalité

On parle beaucoup d’égalité, ces temps-ci. C’est même un des objectifs du quinquennat.  Pour dire que nul n’a le droit de violer la vie d’un autre. Pour l’instant on parle d’égalité homme/femme. Ce qui n’est déjà pas sans difficulté : « On sait faire avec l’égalité, mais alors on veut faire disparaître les différences ; ou bien on promeut la différence, mais alors on ne reconnaît plus l’égalité. »[1] Regard éclairant de Marie Balmary.

Poussons un peu. Au-delà de la volonté de rétablir une égalité de salaire, de respect mutuel, constatons qu’il y a des inégalités partout, que nous en soyons d’accord ou non : grand/petit, gros/maigre, lent/rapide… L’essentiel n’est-il pas que chacun fasse entendre sa voix, comme dans une chorale ? Ensuite il y a des inégalités établies, comme de droit, par le refus de renoncer à la violence contre l’autre, individuelle, collective ou institutionnelle. A l’image de ces revendications de type nationalistes, revendiquant une supériorité qui instaure une inégalité contre les autres : loin de nous, les Rohingyas en savent quelque chose, mais beaucoup d’autres aussi que la Méditerranée, les maltraitances, certaines décisions politiques conduisent à la mort, physique, institutionnelle, civique mais toujours réelle pour les personnes. Plus loin encore, c’est la Chine qui rase les maisons des quartiers entiers de Pékin ou d’ailleurs, touchés par la grande pauvreté. Dont on s’aperçoit par après que des logements pour personnes plus aisées ont surgi à leur place. Cynisme et petits (ou grands) calculs.

L’Europe n’échappe pas à cette vague, ni la France. Pour s’en persuader, il suffit de lire le résultat de la récente rencontre entre le ministre de l’intérieur et les associations de lutte contre l’exclusion (qui ont claqué la porte). Voulant faire libérer des places pour les « SDF en situation régulière » (un nouveau concept social, sans doute)[2], le ministre a rallumé la guerre entre les pauvres. Certains n’ont donc pas droit à la même égalité ? Il semble que ce ministre a oublié de travailler à l’émergence d’une lutte pour l’égalité entre précaires. Et à l’analyse d’une situation qui fasse droit à l’égale humanité de tous. Ce que de précédents ministres de l’intérieur (2002-2007) n’avaient pas réussi à faire accepter aux divers responsables de structures convoqués par la préfecture du Gard : chacun à son tour s’était levé pour revendiquer son « objection de conscience » et quand tous se furent levés, les responsables avaient consentis, eux, à lever la séance. A nouveau la même prétention de « désanctuariser » nos lieux ? A nouveau, faudra-t-il nous lever encore pour faire respecter et défendre les moins chanceux ou les moins bien lotis de notre temps ? 

Regardons aussi cette inventivité diabolique mise au service du matériel urbain, pour lutter contre la présence des SDF sur nos banc, dans nos entrées de garage et ailleurs. Le malheur des uns pour faire le bonheur des autres ? Ce n’est rien d’autre que la logique de tous les colonialismes revendiquant une inégalité de droit pour mieux préserver ses avantages !

« Le plus pauvre le dit souvent : ce n’est pas d’avoir faim ou de ne pas savoir lire, ce n’est même pas d’être sans travail, qui est le pire malheur de l’homme. Le pire des malheurs c’est de se savoir compté pour nul au point où même vos souffrances sont ignorées. Le pire est le mépris de vos concitoyens… Le plus grand malheur de la pauvreté extrême, est d’être comme un mort vivant tout au long de son existence. » [3] Alors, peut-être, tenter de nous redire que « c’est dans l’accueil du faible que se trouve une réponse à la crise de civilisation que nous traversons. » Si, cette année, Noël voulait bien ne pas échapper à notre attention… !

Sinon tout va bien. Le dernier bébé Panda, baptisé par Brigitte Macron, s’appelle « accomplissement d’un rêve »[4].

Et une promesse de plus, une !

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1] Marie Balmary, Anne Le Gastelois, Ouvrir le livre : une lecture étonnée de la Bible.

[2] Il s’agirait de proposer que des équipes mobiles de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) « vérifie les identités des personnes bénéficiaires d’une place en centre d’hébergement. » (Journal Libération du 9/10 décembre 2017).

[3] Joseph Wresinski, Refuser la misère, Cerf, 2007, p. 221.

[4] La Provence du 5 décembre 2017.

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