Lettre 88

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EDITORIAL

Dans un quelque part proche, en Europe, les populistes raflent la mise après une montée d’actes et de propos anti-migrants. Ils ne sont malheureusement pas les seuls !

Dans les jours qui suivent le journal signale que 17 jeunes migrants, en Suède, ont préféré le suicide à l’expulsion et au retour vers leur pays : les deux tiers étaient afghans.

En Syrie, de plus en plus de voix s’élèvent contre les méthodes employées par son président (et ses alliés) qui soumet les populations civiles à la mort par bombardement et attaques au chlore.

Chez nous, la folie religieuse et l’aveuglement idéologique de quelques-uns tuent encore… même celui qui veut se porter garant de la vie des autres. Il s’appelait Arnaud. Mais combien d’autres, connus ou inconnus, sur les terres en guerre ou dans des associations d’aide de toutes sortes, ici et ailleurs, ont donné et laissent leur vie pour celles et ceux qui s’étaient confiés à eux.

Un peu partout la mort travaille nos sociétés et fait son travail : jusqu’à la disparition des abeilles et de nombreuses espèces d’oiseaux (un tiers a disparu) qui menace sérieusement la vie concrète des hommes. Et nous devenons lentement des étrangers en sursis sur notre propre terre.

Goût pour l’argent, le pouvoir et les idéologies meurtrières conjuguent leurs efforts pour réduire les plus petits, les moins chanceux de nos sociétés à la portion congrue, la plus exigüe possible. A charge de considérer comme un vol la part qui ne revient pas aux plus riches. Comme si l’accueil, l’accompagnement et le partage étaient devenus le signe d’une sensiblerie inutile, au revers des engagements pris au sortir de la guerre où la « dette sacrée » vis-à-vis des plus pauvres était le lieu de la citoyenneté. La galère des uns n’interpelle plus guère la bienséance des autres… à moins que les premiers ne se rapprochent des modes de vie et de pensée des seconds. Comme si le refus de la misère se confondait tout à coup avec la chasse au pauvre : une manière comme une autre de ne pas entendre les causes de la misère.

Comment ne pas comprendre que s’adosser au libéralisme (et sa doxa d’évidence) ne fait qu’accentuer les inégalités (quelques très riches, toujours plus de pauvres). Et cela est la cause de revendications liées au sentiment (et souvent à la réalité) d’abandon des perdants des grandes réformes et du jeu des marchés. Le mépris social qui a discrètement fait son apparition amplifie encore les choses. Comment ne pas nous demander pourquoi l’Etat qui veut décider de tout, souhaite se passer de la rencontre et de la discussion avec les corps intermédiaires… dont les associations qui tiennent en trop haute estime (à ses yeux) la réalité des femmes, des hommes et des enfants qu’elles croisent et accompagnent. Nous souvenir de Maurice Bellet : « Il y a une loi de la surface qui est féroce : c’est celle de l’argent. C’est elle, en vérité qui aime le chaotique, sous ses allures d’efficience et de prospérité », pourrez-vous lire dans la rubrique à méditer [1]Ici nous ne sommes pas prêts à laisser cette loi-ci faire sa loi !

Pendant ce temps, entre deux pages d’un livre qui s’offre à nous révéler la « bonne nouvelle » d’une Présence qui nous devance, quelques femmes constatent que la pierre a été roulée de devant un tombeau. Tombeau d’emprunt. Mais tombeau quand même. Peut-être en est-il de même pour nous aujourd’hui. Peut-être est-il temps de nous redire les uns aux autres : « la pierre a été enlevée ». Celle qui enferme tout autre dans la mort et l’abandon et la solitude d’être. Au travail ! C’est la part du colibri qui nous revient.

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1]Maurice Bellet, La traversée de l’en-bas, Bayard, 2005, p. 81ss).

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