POUR MEDITER

L’histoire se déroule dans un hôpital psychiatrique. Trois hommes font face à un docteur, le psychiatre de l’hôpital. Le médecin leur dit : « Aujourd’hui mes amis, vous allez pouvoir sortir. » Et le médecin se met à dessiner sur le mur qui lui fait face un grand portail, flanqué de deux grands arbres, donnant sur une magnifique allée ombragée.

Et voilà que deux des trois pensionnaires se précipitent vers le portail et tentent d’en franchir le seuil. Déconvenue, bien sûr. Ils se retournent furieux vers le docteur : « Ça ne marche pas, docteur ! » Le troisième homme se tourne alors vers les deux autres : « Evidemment, c’est moi qui ait la clef ! »

Petit conte de la folie simple,

rapporté par le tonton marseillais de l’un d’entre nous.


Rien à voir ?

Alors ceci, peut-être :

« Il y a une loi de la surface qui est féroce : c’est celle de l’argent. C’est elle, en vérité, qui aime le chaotique, sous allure d’efficience et de prospérité.

La loi profonde est ailleurs. C’est cette loi qui elle-même obéit à la loi de toute loi : préserver l’homme, sauver l’humain de ce qui en l’homme détruit l’homme […] Car cette loi, si vous l’ôtez, laisse paraître non pas le barbare (les barbares avaient leur loi), mais bien pis : le grand, l’absolu Pervers qui s’est fait une loi de sa perversion même, qui vit de la contre-vie, naît dans et pour le meurtre, jouit de l’avilissement et de la dégradation absolue de l’autre homme […]. S’il y a quelque vérité c’est là ou toute parole d’homme mérite d’être entendue et d’être transpercée par la lumière qui fulgure en bas, dans l’en-bas lui-même, quand l’être humain ne recouvre plus l’extrême par le chatoiement de ses pensées […] Que l’autre te soit assez proche pour que ton désir soit : qu’il vive […] S’il n’y a plus l’unité du genre humain, pourquoi ne pas traiter l’autre être humain comme un porc ou un cafard ou une « pièce », comme disaient les nazis ? […] L’ordre premier de toute chose est toujours pour nous, les humains, l’ordre de l’advenir humain. Pas le spectacle, la théorie, la contemplation, l’empire. Non : le chemin, la genèse, la Voie. »Et la boue et les ornières qui vont avec !

Maurice Bellet

La traversée de l’en-bas,Bayard, 2005, p. 81-103

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