LA LETTRE DE CARLES n° 114 août- décembre 2025
ASSOCIATION « MAS DE CARLES »
140, chemin de la Garenne
30400 VILLENEUVE LES AVIGNON
Siège social :
27, rue des Infirmières – 84000 AVIGNON
Téléphone : 04.90.25.32.53
Télécopie : 04.90.15.01.37
Compte CIC Les Angles FR76 1009 6182 7900 0817 2020 111
Courriel : info@masdecarles.org
Site : www.masdecarles.org
EDITORIAL
Le Mas aborde cette année 2026 avec confiance et sérénité.
Confiance en la capacité démontrée de ses habitants, résidents, salariés et bénévoles, à faire ensemble : en cuisine, à la chèvrerie, à la fromagerie, au marché du samedi matin, sur le chantier de l’eau, à la Porte Ouverte. C’est dans ce partage que le Mas vit et se développe depuis sa création.
Confiance en la capacité de ses habitants à se parler, s’écouter, s’entendre. C’est ainsi que le Conseil de Maison a ouvert un espace-temps où chacun s’exprime, porte la parole des autres. Et où ensemble il est fait des choix et ouvert des possibles.
Confiance en notre capacité à être ensemble lors d’une partie de pétanque, à l’écoute d’un concert, en se recueillant au columbarium à la mémoire d’un résident décédé.
Confiance dans une maison où chacun se sent reconnu dans son individualité et peut, ainsi, abandonner un peu de son individualisme. Faire vivre le collectif, c’est un des enjeux du Mas, un chemin de reconquête pour chacun après les dures luttes pour la survie que beaucoup ont dû affronter avant Carles.
Confiance en la capacité de Michaël, le nouveau directeur, à faire vivre le collectif tout en laissant respirer chaque habitant.
Confiance en vous toutes et tous, nos soutiens précieux à qui nous souhaitons une belle et solidaire année 2026.
Marie Hélène Cuvillier
Co-président.e.s Mas de Carles
AUJOURD’HUI
L’accueil… Au 31 décembre 2025, 91 personnes différentes ont été accueillies au Mas.
Hébergement : pour le Lieu à Vivre 35 personnes (9.617 journées), 16 en Pension de Famille (4.297 journées), 19 en accueil immédiat (1.596 journées), 1 en accueil de jour.
CDDI : 23 personnes ont été accueillies dans le cadre du chantier d’insertion (14.876 h).
Divers : 42 personnes touchaient le RSA, 8 relevaient de l’ASS, 7 touchaient une pension, 4 étaient concernés par l’allocation adulte handicapé, et 5 ont exercé un emploi au cours de leur séjour. 12.626 repas ont été servis. Moyenne d’âge : 51 ans.
Vos dons : Ventes de nos produits : 102.772 € ; Participations résidents : 57.507 € ; Adhésions 3.060 € ; Dons numéraire 131.822 € ; Dons alimentaires 79.506 € ; APL : 27.465 €. Soit 270.310 €.
Un immense merci à vous tou(te)s qui permettez à l’association de maintenir qualité de vie et d’accompagnement spécifique des résidents dans un espace de vie plus assuré pour eux.
DITS
Selon l’analyse annuelle de la Fondation pour le logement des défavorisés (anciennement Fondation Abbé Pierre) 350.000 personnes sont sans logement en France. Et 2.159 enfants dorment dans la rue ! Etrange scandale à bas bruit qui sacrifie sans plus ces promesses d’avenir au nom de papiers incomplets ou absents !
« Le premier droit d’un homme, c’est de devenir meilleur » (Robert Badinter).
Saisi au vol au cours d’une émission radio : « Il y aura moins de pauvres quand on se décidera à lutter contre la pauvreté au lieu de repousser sans cesse les pauvres hors de nos champs de vision. »
« Il a su trouver une manière de nous dire qu’il nous aimait. Nous le savions dans la façon dont il se levait avant l’aube pour nous assurer un peu de chaleur, dans ses encouragements répétés pour nous voir étudier, grandir, partir. Et c’est ce langage-là qui m’a appris l’amour. Celui qu’on entend dans les silences. » (Rachid Benzine, L’homme qui lisait des livres, p. 113)..
LA VIE AU MAS
Vœux. Avant tout, vous souhaiter de belles et bonnes fêtes de Noël et de nouvel an. Face à l’inconnaissable de cette naissance, invitation à naître nous aussi plutôt que de nous contenter d’applaudir la naissance d’un Autre. Angélus Silésius disait : « Tu cherches le paradis et désires arriver là où toute souffrance et toute insatisfaction te seront enlevées. Apaise ton cœur : ainsi tu seras, dès ici-bas, ce paradis. »1 Voilà du travail pour l’année.
Justement, un nouveau directeur nous arrivée. Il se présente :
« Je suis Michaël Pulci, l’heureux nouveau directeur de l’association du Mas de Carles. Je suis originaire d’un petit village du Gard rhodanien à une quinzaine de kilomètres au nord du Mas. Voilà pour les origines familiales.
J’ai ensuite suivi mes études secondaires un peu plus au nord, à Bagnols-sur- Cèze. Quelques années plus tard, le bac en poche, j’ai franchi le Rhône un peu plus au sud, cette fois dans le département voisin, afin de poursuivre mes études supérieures à l’université d’Avignon. Après avoir obtenu une maîtrise d’histoire contemporaine, j’ai obtenu mon CAPES d’histoire-géographie à l’université de Montpellier. Voici pour le parcours scolaire.
Durant toutes ces années, de l’adolescence à l’âge adulte, j’ai entendu parler du Mas de Carles, et cela à divers titres. Je me rappelle notamment de Robert et Camel, des « gars du village » qui y avaient fait un séjour dans les années 1990. Dans mon esprit de jeune garçon, le Mas prenait en charge des hommes qui traversaient une période difficile de leur vie, en leur proposant de participer à la fabrication de fromages de chèvres.
Ensuite, j’étais devenu enseignant en région parisienne et c’est par l’intermédiaire de mon ami Joël que le Mas s’est encore « imposé » à moi, puisque Joël commençait des vacations en tant que cuisinier. C’est alors que quelques années plus tard, j’ai fait la rencontre d’Olivier, qui me présenta le Mas sous un jour nouveau. Par petites touches successives, comme un tableau pointilliste, je commençais à me faire une idée plus précise du lieu, des objectifs et des parcours des hommes qui y passaient. Mais ma curiosité n’étant pas totalement satisfaite, je découvris le domaine du Mas lors d’une journée portes ouvertes. Outre le cadre champêtre et enchanteur, c’est surtout la rencontre avec des hommes, dont on pouvait deviner les parcours cabossés, qui me marqua.
J’ai, par la suite, quitté l’enseignement pendant 10 ans, pour me mettre au service des habitants des quartiers prioritaires, nouveau vocable pour qualifier les quartiers populaires les plus déshérités de notre pays, au sein des préfectures de l’Hérault et du Gard. Je pensais alors avoir découvert toutes les facettes de la grande pauvreté. Hors, le Mas s’était fixé un objectif encore plus ambitieux : celui d’offrir un toit à ceux qui n’en avaient pas ou plus. Je ne pensais pas être à la hauteur des attentes de ces résidents, même si Joël m’encourageait à venir le rejoindre, à intervalles réguliers. Cela étant, en tant que fonctionnaire d’Etat pendant 20 ans, j’ai acquis une conviction : celle de vouloir être au service des personnes les plus vulnérables. Pur produit de la méritocratie républicaine, ayant été boursier pendant toute la durée de mes études secondaires et supérieures, je voulais faire vivre un principe républicain souvent perdu de vue : la fraternité. Et si j’ai postulé au Mas de Carles, c’est précisément parce qu’il incarne cette fraternité. Je suis donc fier de faire partie de l’équipe du Mas, j’en mesure la responsabilité d’en assurer la direction et espère être à la hauteur des attentes des collègues salariés, bénévoles et surtout des résidents ». (Michaël Pulci, directeur).
De nouveaux salariés. Julia, animatrice ayant travaillé au sein de la Mission Locale d’Avignon et des stagiaires, Sandra et Delphine, ont rejoint l’équipe du pôle social du Mas. Les salariés et les bénévoles se forment conjointement : en addictologie, à l’hygiène et la sécurité en cuisine et bientôt à la taille des oliviers dans le cadre des « Lieux à Vivre ».
Tout au long de l’année, un certain nombre d’institutions subventionnent la maison : l’Etat (lieu à vivre et Pension de Famille) pour un total de 526.129 € ; l’Union Européenne via la PAC pour 49.478 € ; le Conseil Départemental 30 pour 44.063 € ; la mairie de Villeneuve pour 12.000€ ; la mairie d’Avignon pour 9.000€ ; le financement du Chantier d’Insertion pour 191.903 €. C’est au total 832.573 € de subventions qui nous sont allouées, pour soutenir des actions d’accompagnement et d’hébergement des personnes accueillies au Mas.
Ce qui revient à dire que le financement de la maison 1.102.883 € est assuré à 24,5 % par le Mas.
Puisque nous sommes dans les chiffres, les responsables de la chèvrerie rappelle eux aussi les leurs. La campagne de fabrication des fromages a démarré le 12 mars et s’est terminée le 29 novembre 2025. Pour cette période 42.371 fromages fermiers, 542 camemberts et 1.200 yaourts ont été produits.
De leur côté, celles et ceux qui ont participé à la taille et à la récolte des olives de la maison ont fait une année moyenne : 1,6 tonnes de fruits récoltés (contre plus de 3 tonnes l’an dernier. C’est la règle : une année sur deux l’olivier se met en veille.
Du côté des confitures Éric, Nordine et Joël ont tenu leur rang. La production fut bonne, au rythme régulier de nos trois compères. A noter que cet atelier a réalisé, cette année, des conserves de pâtés divers (poulet, chèvre, pintade). Une production déjà amorcée l’an dernier qui trouve un nouvel élan avec du matériel adapté (financé par le Fonds Joseph Persat).
Merci à tou(te)s celles et ceux qui ont participé à ces productions.
Le 10 septembre nous nous sommes retrouvés pour la remise des cendres de Robert Spatlaer au colombarium du Mas. « Ces traces que tu aspires à laisser, qu’elles disent à ceux qui continuent la chaîne que tu as œuvré avec le désir de leur remettre plus que tu n’avais reçu. » (Charles Juliet).
« Chaque fois, Robert nous accueillait avec joie quand nous arrivions dans sa chambre avec notre pile de « Lettre » à plier. De fait, couché depuis de longs mois, il ne se plaignait pas, et même à la demande de ce service, il nous remerciait de le mettre dans le coup !
De notre côté, nous étions réunis à 6, dont 5 résidents, pour l’envoi de la Lettre 113 ; et là, à la tête de 2500 exemplaires à plier et mettre sous enveloppes, des paroles fortes montaient entre nous, en direct du cœur : « Carles me sauve la vie ; ma mère est morte en octobre et je ne l’ai pas revue… depuis 10 ans ! » Puis une autre voix : « Ici on se sent protégés, on ne peut pas nous faire de mal ». Une journée et demie plus tard, c’était plié, mis sous enveloppe et transporté volontiers, pas des bras forts, à la poste.
Moment de douceur avec celles et ceux qui ont donné leur temps et leur patience, pour que Carles vienne s’inviter à prendre une petite place, ou bien une grande, dans votre cœur à vous, chers lecteurs. » (Jacinthe).
Le 21 septembre le ciel nous a gratifié de Portes ouvertes bien arrosées. La météo s’est montrée très capricieuse mais n’a nullement affaibli la détermination des résidents, des salariés et des bénévoles à faire de cette rencontre une réussite. Le matin, la vente des produits bio du Mas (fromages, poulets, légumes, confitures et huile) a rencontré son habituel succès et la brocante a attiré les chineurs, amateurs d’objets insolites ou surannés ; quelques familles ont fait connaissance avec les chèvres. Après la célébration de l’Eucharistie, les nombreux convives (dont une délégation de nos amis de Berdine) ont trouvé un abri sous le préau ou dans la salle à manger pour y déguster l’excellente gardiane de taureau mijotée sur place dans une joyeuse ambiance. L’orchestre « Comme un accord » nous a ensuite offert un concert entrainant, très apprécié de l’auditoire, clôturant cette journée un peu bousculée mais qui témoigne, cette année encore, de la vivacité de la communauté du Mas de Carles, du rayonnement de l’association et de la fidélité de ses amis et soutiens. Malgré ces conditions peu favorables, même le trésorier a trouvé que l’on ne s’en sortait pas si mal.
Le 6 octobre, au crématorium d’Avignon, nous avons accompagné les sœurs du monastère de l’Epiphanie (à Eygalières), pour les obsèques d’Alain Denizot. Alain est celui qui avait confié au Mas la garde de son âne : il était au bout de sa fatigue. Il a longtemps cherché la vérité de cette parole de Christian Bobin : « Le ciel qui est en nous cherche les petits morceaux de ciel qui sont en exil sur cette terre ». Lui a choisi d’écourter son exil. « Qui peut dire l’homme ? Nous ne connaîtrons jamais de lui que sa solitude, ses chansons, son pain, sa maison, son rire ou la trace de ses pas. Ce sont des mots vécus, des mots nomades, toujours sur la ligne de crête des sables, entre la vie et la mort… »2 Il repose aujourd’hui dans le cimetière d’Eygalières (non loin de Mollégès) où il a retrouvé son ami Jean-Pierre, accueilli comme lui au tombeau des Sœurs de l’Epiphanie.
Le 5 novembre, nous avons célébré les obsèques de Ginette Jabouin. Avec Jean, son mari, ils ont été une pierre angulaire de la paroisse Saint Jean et un soutien sans faille de la maison. C’est avec eux qu’étaient nés les dimanches « Prière et Partage » qui réunissaient une quarantaine de personnes (venues d’Avignon et de sa banlieue, d’Orange, de Cavaillon, d’Apt) une fois par mois. Au programme partage d’expériences et réflexion à partir d’un livre ou d’un article… suivi de la messe. Et nous avons murmuré après elle, ces mots qui ont écrit son histoire : « Viens ! Fais-nous voir l’autre à ta hauteur. Viens nous établir dans la profondeur de ton regard et donnes-nous la longueur de ta patience. Que nos yeux apprennent à toucher l’autre avec la vie et vienne y boire comme à la source… Conduis-nous au fond de notre religion, là où elle se fait rencontre3. »
Le 22 novembre une Journée Joseph Persat de reprise était proposée à tous après la longue interruption due au Covid et ses suites. La 10ème. Une soixantaine de personnes étaient présentes pour partager ensemble la place des plus pauvres au milieu de nous et tenter d’entendre ce que ces personnes ont à dire.
« La vie pauvre n’est pas une pauvre vie… : la relation à hauteur de visage ». Tel était notre désir : proposer une rencontre à hauteur des résidents de la maison, pour éveiller une plus grande attention de notre part et de la part des intervenants dans les actions du Mas. Donner toute leur place aux personnes accueillies au Mas, nous donner les moyens d’entendre ce que les plus pauvres ont à dire dans leur situation au Mas et au cœur d’une société qui fait peu pour leur offrir cette part d’écoute et en tirer des conclusions justes et adaptées.
L’approche de ces 10ème rencontres ne fut pas un parcours simple. Après les années d’interruption dues à la COVID et à un renouvellement rapide de responsable pour la maison, nous sommes donc remis au travail.
Durant une année pleine, une petite équipe a travaillé autour du livre de Guillaume Le Blanc intitulé La solidarité des éprouvés : une histoire politique de la pauvreté (2022, éditions Payot). Nous avions envisagé la venue de l’auteur pour guider notre réflexion à venir. Ce ne fut finalement pas possible. Mais nous avons hérité de cette période la proposition d’un changement de date : le 22 novembre sera finalement retenu.
Nous nous sommes alors tournés vers les auteurs d’un autre livre réalisé par deux philosophes (David Jousset et Fred Poché) et deux personnalités de terrain (François Jomini et Bruno Tardieu) sous le patronage d’ATD Quart Monde (avec qui Guillaume Le Blanc travaille régulièrement). Ce livre s’intitulait Pour une nouvelle philosophie sociale : transformer la société à partir des plus pauvres (paru en 2023 aux éditions Le bord de l’Eau). Là encore nous avons fait chou blanc : aucun des rédacteurs n’a pu se rendre disponible.
Mais l’idée d’une autre manière de proposer cette dixième Rencontre Joseph Persat était née : nous ferions avec les moyens du bord et tenterions d’offrir un maximum de temps à la parole des présents. Deux « anciens », André Courcol (philosophe) et Olivier Pety (ex-président de l’association durant trente ans) ont accepté de présenter la journée à partir du témoignage des impasses et des ouvertures collectées au cours de leur fréquentation du mas. Une présentation à deux voix qui a donné la liberté aux participants d’échanger eux aussi leurs voix tout au long de la journée.
Au terme, il a paru à beaucoup que le pari de l’écoute et du partage de la soixantaine de participants avait, pour partie, plutôt bien fonctionné. Bien sûr le temps était trop court. Evidemment tout ce qui aurait pu être partagé ne l’a pas été. Et l’invitation d’un artiste pour un petit spectacle en lien avec notre thème a encore écourté le temps. Et il va de soi que le thème des carrefours n’a pas forcément parlé immédiatement à tous, même si les retours d’ateliers se sont fait l’écho du positif.
Un livret rassemblant les échos des ateliers fera aussi des propositions pour améliorer la « formule » de ce genre de rendez-vous.
Quatre ateliers étaient proposés, chacun étant invité à s’inscrire dans l’un ou l’autre à son arrivée. Atelier 1 : Artistes et personnes éprouvées en dialogue : quelles ressources créatives en chacun ? (animation : Loïc Chevrant-Breton et Joseph Pollini). Atelier 2 : Partager nos savoirs pour réparer la violence (directe ou indirecte) de nos choix (animation : Emmanuel Ratouit ; Joël Lemercier) ; Atelier 3 : Echanger nos regards sur la pauvreté et les épreuves de la vie (animation : Jean-Charles Cayla). Atelier 4 : Spiritualité : qu’est-ce qui anime nos relations ? Les personnes ont plus de valeur que nos règles de fonctionnement ! (animation : Chantal Walter et Roseline Ponceau.)
« C’est en septembre » (comme le chante Gilbert Bécaud) que les services de la DDETS ont procédé à une inspection de l’association : locaux, fonctionnement général de l’association, conditions de travail des salariés, qualité de l’accueil auprès des résidents… Cette inspection a donné lieu à une série de recommandations dont certaines ont déjà été suivies d’effet, notamment l’installation des escaliers de la confiturerie, ceux de la chèvrerie, ou encore la sécurisation des bassins de rétention. Mais plusieurs semaines seront encore nécessaires pour que les travaux soient mis en œuvre et réalisés.
Le 18 décembre, pour ouvrir les festivités de Noël, Annie et Pierre Champagne, un couple de Villeneuvois, ont offert un concert intimiste aux résidents du Mas. La qualité de leur prestation a tenu les résidents du Mas en haleine et sous le charme pendant plus d’une heure par la beauté de leur interprétation. Au programme : La danse des sauvages extrait de l’opéra les Indes galantes de J.P. Rameau, Sarabande de Corelli, Prélude de Bach, Tangos de Gardel, Rag Time de Scott Joplin. En interlude, Igor a joué de la balalaïka.
Et Noël est venu à son temps. Décoration de la salle à manger avec quelques jeunes du Lycée Saint Joseph. Achat et décoration du sapin. Un temps où se desserre l’étau des « obligations » pour laisser place à un moment vraiment convivial, autour d’un repas festif préparé par Joël, notre cuisinier, accompagné de Pierrot, de Joël et des aides habituelles de la cuisine. Une belle manière d’honorer la vie, même si, pour beaucoup, ces moments de fêtes ne sont pas faciles à passer.
Comme chaque année, salariés et bénévoles préparent un cadeau pour chaque résident. Cette année, un geste, souligné par Roseline, a inversé le mouvement : Jésus offre son aide pour extraire un vélo d’appartement d’un coffre de voiture, pour permettre à Alain d’accélérer sa rééducation. En fait c’est tout au long de l’année que des gestes d’entraide et de partage s’échangent entre tous. C’est Noël tous les jours. (Roseline).
Remarque un peu désabusée de beaucoup : il semble que nos repas de fête se dépeuplent. Certains, envahis par des mémoires négatives, préfèrent déserter ces moments festifs. D’autres invoquent leurs obligations familiales. D’autres encore se croient si forts qu’ils estiment n’avoir plus besoin du collectif qui les as pourtant accueillis à des moments moins favorables de leur vie. Dommage. Malgré les incantations actuelles (y compris, parfois, institutionnelles) l’individualisme n’a jamais apporté une réponse à la solitude, ni au chagrin des jours, ni à la consommation excessive d’alcools et autres produits. Il y a là, sans doute, un axe fort à (re)faire vivre entre tous : c’est une priorité de la maison. C’est en faisant corps que les moins chanceux de notre société pourront faire entendre leur voix : une voix différente pour rappeler à tous que l’homme est premier, pas l’argent, ni les rouages économiques, ni les fausses croyances en la supériorité de tel ou tel. La mienne peut-être certains jours. A chacun de choisir : le confort (intellectuel, matériel idéologique) n’est pas nécessairement le mieux de la vie pour tous.
Et puis, ceci encore. Faire semblant de croire que je ne dois rien à personne est un leurre délétère. La mise en œuvre d’une toute-puissance désastreuse pour soi et pour les autres. La communauté offre finalement plus de place à la vie de chacun. Parce que c’est là qu’on apprend que la relation et l’altérité font grandir. Parce que c’est là qu’on apprend l’urgence de la paix, condition de la vie commune. Il y a donc peut-être une réflexion à mener pour ne pas céder aux faux-semblants idéologiques de l’individualisme qui amènent beaucoup à se soumettre à des injonctions « capitales » et à brûler ce qui les dérange, avant de pouvoir entendre le murmure de la différence partagée. Retour à Camus : « Quand on brûlait Jean Hus4, on vit arriver une douce petite vieille apportant son fagot pour l’ajouter au bucher. » Est-il sain que nos petits fagots s’ajoutent aux difficultés du temps pour notre association ? Rien n’est si lourd que ce que nous ne voulons pas porter. Là encore, quelque chose à travailler !
Dans la journée du 31 décembre un homme demande à être accueilli. Après deux nuits d’hôtel il n’a plus où s’abriter et le froid pique sérieusement. Accordé bien sûr. Et durant le repas festif du 31 au soir, il se retourne vers ses voisins et dit : « Il n’y a qu’ici, à Carles, qu’on est accueilli comme ça ! » Superbe « récompense » pour la maison et son directeur qui a pris cette décision d’accueil.
Bonheur pour Mamadou : il vient de recevoir ses papiers régularisant sa présence sur le sol français ! Et nous nous réjouissons fort avec lui qui peut maintenant envisager un autre temps de sa vie. Mais ils sont encore deux pour lesquels les démarches n’ont pas encore abouti.
Ajoutons une pensée pour Jacques Vivent (et sa femme, Joëlle). Jacques se bat bec et ongles contre la maladie du cancer. Redisons-nous qu’il est important qu’on ne le laisse pas sans nouvelle de notre part. Un signe, un SMS, un petit coup de fil, une visite pour les plus audacieux : surtout ne pas laisser la maladie envahir toute la vie. L’espérance se mesure avec la proximité des uns et des autres.
MANISSY
Fin septembre et début octobre, « CultureS à Manissy » a proposé une exposition intitulée « Chemins et Cheminements ». Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées pour le vernissage et au moins autant sont venues pour visiter l’exposition proposée par la plasticienne Rose Lemeunier : chacune de ses toiles voulait porter la trace et rendre hommage aux paysages disparus dans le feu qui a dévoré la Montagnette en 2022. D’autres ont parcourus les chemins alentours pour découvrir ce qui se cache le long des fossés (avec Françoise Kunstmann et Françoise Masson). Une vingtaine de scolaires de Tavel ont passés un après-midi autour de Rose, le temps d’apprendre à tracer l’esquisse d’un paysage sur une feuille de papier.
Deux moments de chansons ont ponctué cette rencontre avec Gilbert Maurin, puis Marie-Laure et François Golay-Krafft. Peu avant la seconde prestation, une rencontre a permis d’échanger sur les « chemins » empruntés par les uns et les autres, à partir de la lecture d’un livret édité par « Culture à Manissy » pour l’occasion : « Chemin pour cheminer « qui caresse la peau des yeux, annonce ce qui vient et nous rive à ce qui va »5 : chant obscur de la terre qui déploie le champ de ma parole et retient l’espérance en germe… Cheminer n’est pas la fin du chemin, ni de la poussière, ni de l’exil. Simplement le temps de nous inaugurer. »
L’équipe de « CultureS à Manissy » se retrouve tous les deux mois pour préparer l’exposition suivante et les événements qu’elle souhaite proposer.
Le 15 septembre, avec sa famille et deux pères des Missionnaires de la Sainte Famille venus d’Isère (la « patrie » du fondateur de la Congrégation des Pères Missionnaires de la Sainte Famille), nous avons célébré les obsèques de frère Roger dans la « chapelle vieille » de Manissy où nous accueille la peinture murale réalisée par Pierre Cayol. Roger c’est le frère de Manissy qui a élaboré le vin du domaine jusqu’en 2003. Discret, savant, souriant, mais fier (à juste titre) de ce qu’il avait accompli pour cette maison : pour lui résonnait ces mots de Gabriel Ringlet : « Une longue branche d’ombre sur laquelle éclate des bourgeons de lumière. » Avec sa famille et quelques-un(e)s de ses ami(e)s nous l’avons accompagné jusqu’au tombeau des Pères à Tavel.
Le 11 octobre, la communauté des Pères perdait encore son ancienne cuisinière. Les obsèques de Gaby Meyer, ont été célébrées à Tavel au milieu des siens et de nombreux tavellois et tavelloises. « Il y aura l’absence et l’éloignement et le manquement… Rappelle-toi que c’est bon de manquer. Ca ne meurt pas un manque. Ça creuse. Ca élargit. Ca enlève juste assez de terre pour qu’on entende en dedans… », écrivait Gabriel Ringlet6. Ses cendres ont rejoint celles de Louis, son mari, en bordure d’une des vignes qu’avec d’autres il avait pris sur les bois à force de bras. En mémoire de leurs actions une plaque a été apposée sur le mur d’une de leurs anciennes résidences, dans la cour de Manissy.
Le 12 novembre un CA du Fonds s’est retrouvé pour faire le point sur les rencontres avec les gestionnaires de la cave. Une nouvelle rencontre s’est déroulée le 17 décembre. Au terme de cette seconde réunion Vincent et Patrick ont rencontré le gérant pour tenter de trouver un accord (signer un bail et rétablir le règlement du loyer). Bref en finir avec une situation qui n’a que trop duré.
Le 11 décembre, après le tirage de la loterie, le grand prix (un tableau de Pierre Cayol généreusement offert par l’artiste) a été remis, dans l’atelier du peintre, à Bénédicte Dey, photographe de l’équipe Totout’Arts, l’heureuse gagnante. Bénédicte a fait partie de l’équipe qui était venue réaliser des portraits des résidents, il y a quelques années. Marie Cayol nous a ensuite régalé d’un de ces moments de partage dont elle a le secret : « Vas-y rouler soleil / fleurir le vent de vivre ! »7
POUR MEDITER
« Un jour mon père m’a raconté cette étrange parabole. Une bête était cachée sous une pierre. Un homme la vit et déclara : c’est un serpent. Alors le serpent le mordit. Un autre homme s’approcha et dit : c’est un oiseau. Alors l’oiseau s’envola. Je me suis souvent demandé à quoi pouvait servir toutes ces petites histoires… Mais à force de trotter dans ma tête, elles me devenaient familières et délivraient progressivement leur message… Les hommes vivent avec la violence : leur avenir dépendra de la façon dont ils sauront la dominer. J’ai souvent réfléchis à l’histoire du serpent et de l’oiseau. Elle est très riche et je ne suis pas sûr d’avoir encore compris tout ce qu’elle signifie. Elle dit, je crois, que l’homme possède un grand pouvoir : celui d’apprivoiser. Si la violence qui dort dans le cœur d’un homme te fait peur, cet homme-là se tournera contre toi. Si tu le regardes et lui parles, si tu le nomme « ami » en oubliant ta peur, peut-être désarmeras-tu sa colère. Ne crois pas que le serpent se transforme toujours en oiseau. Pourtant, quand tu le peux, cherche à l’apprivoiser. Tous les jours tu rencontres la violence. Mais rappelle-toi ! Chaque fois que tu le peux, apprivoise les bêtes et les gens. Nomme-les « amis » pour qu’ils apprennent à vivre en paix. »
(Pierre-Marie Beaude,
Le livre de la création, Centurion-Okapi, 1987, pp. 42-43)
UNE RECETTE
Fondue de poireaux-épinards-carotte à la patate douce
(une recette avec tous les légumes du mas)
Ingrédients :
1 grosse patate douce – 1 poireau – 2 carottes – 2 poignées d’épinards – 1 oignon rouge – 4 gousses d’ail – 1 cuillère à soupe d’herbes de Provence – Le jus d’un demi-citron – 1 cm de gingembre râpé – 1 cuillère à soupe de graines de chanvre.
Préparation :
Dans un premier temps préchauffer le four à 210 degrés puis y mettre la patate douce coupée en deux pendant 40 minutes. Faire des entailles dans la patate douce avant de l’enfourner.
20 minutes après, couper le poireau et les carottes en fines rondelles et les faire cuire dans de l’huile d’olive avec les 4 gousses d’ail écrasées et l’oignon rouge.
Ajouter le gingembre, le jus de citron et les herbes de Provence et faire cuire pendant 20 minutes à feu doux en remuant de temps en temps.
A la dernière minute ajouter les épinards, laisser revenir environ 2 minutes.
(Recette offerte par Joël Prat)
UN LIVRE
Bien sûr, il sera peut-être trop tard pour les fêtes. Mais ce sera une fête intime si vous vous plongez dans ce petit livre (à peine plus d’une centaine de pages) magnifique, de Rachid Benzine, L’homme qui lisait des livres, Julliard, 2025. Dans les ruines fumantes de Gaza, un vieil homme, Nabil, devenu libraire, attend au milieu de ses livres, jaunis par les épreuves du temps et les bombes qui ne cessent de vouloir imposer leur loi de feu. Ces livres et leurs mots sont devenus pour lui refuge, résistance et patrie. « Comme si les mots pouvaient le sauver du bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville… Comme si, au milieu du chaos, un homme qui lit était la plus radicale des révolutions… » Et voilà que débarque un journaliste dans ce chaos, ouvrant la voie aux confidences du vieux Nabil, racontant son histoire de palestinien errant, pourchassé hors de ses terres, prisonnier pendant de longues années, accroché à sa lecture : « Les mots des livres déchirent tous les silences. Ils s’imposent à vous. Le lecteur est un prisonnier consentant, attaché à l’illusion que chaque page tournée le libérera. » Une écriture superbe qui relie de surcroît islam et christianisme. A lire.
Pour soutenir nos actions
Un stand de vente des produits du Mas de Carles (au gré des saisons) : le jeudi matin, sur le marché de Villeneuve les Avignon ; le samedi matin, de 9h à 12h, au Mas de Carles (d’avril à novembre). Existe aussi un réseau de vente grâce au travail des « ambassadeurs » qui alimentent un certain nombre de personnes qui leur sont géographiquement proches.
Outre la vente, on peut se renseigner sur l’association, ses actions, ses dernières publications.
Ces achats de nos produits aident le Mas à vivre !
Vous pouvez aussi acheter des livres vendus sur place au Mas (ou pour certains disponibles à la librairie Clément VI à Avignon), commentaires de nos actions :
Sur l’histoire de l’association :
* La mésange et l’amandier : Joseph Persat, au service des exclus ou Les Cahiers du Mas de Carles 1, 2 et 3.
* Une Terre, des hommes : au rendez-vous du Mas de Carles, Cardère, 2021.
* La nouvelle édition de L’histoire de l’association (1981-2021), Cardère, 2022.
Les actes des Rencontres Joseph Persat dans Les Cahiers du mas de Carles (N° 4 à 10, 12 et 13)
D’autres publications
* Et puis ce fut le printemps : atelier d’écriture, mars 2017, Cardère l’Ephémère, 10€.
* les écrits signés en commun par Bernard Lorenzato et Olivier Pety, sur l’histoire et les Pères de l’Eglise.
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« Un homme seul, sur une planète minuscule, voguait dans l’espace. Comment, pourquoi se trouvait-il seul sur cette planète minuscule ne lui importait guère. Ce qui l’inquiétait davantage, c’était l’odeur qui se dégageait de l’endroit car, il en était sûr, la planète avait dû être autrefois un tas de fumier mouvant.
Pour lui, il n’y avait rien d’autre à faire que de s’asseoir et de retenir sa respiration aussi longtemps qu’il pouvait. Quand il était forcé de respirer, il le faisait par la bouche. Entretemps, la minuscule planète se frayait un chemin à travers le néant infini de l’espace.
Le passager solitaire de la minuscule planète n’avait jamais rien vu de tel. Devant ses yeux, il n’y avait que le vide. Il n’y avait que ce ballot de fumier juste assez grand pour s’y tenir. Il avait l’impression que lui et son petit globe malodorant étaient sortis du néant et y retournaient rapidement. L’homme souffrait de sa solitude et il était triste. Ce qui, pour lui, ressemblait le plus au bonheur, était de fermer les narines après avoir respiré une bouffée d’air vicié.
De temps à autre il avait envie de se laisser rouler de sa misérable planète. Mais pour des raisons qu’il ne connaissait pas lui-même, il n’en faisait rien. Au contraire, il continuait à respirer selon une discipline contrôlée, essayant d’aspirer le moins possible de cet air malodorant. Il lui arrivait de pleurer. Il ne poussait ni gémissements, ni plaintes excessives, mais il versait de temps en temps quelques larmes en pensant à la situation perdue, solitaire et puante. Ses larmes tombaient entre ses jambes, formant une petite flaque à ses pieds. Pleurer n’arrangeait pas les choses. Au contraire, l’humidité de ses larmes sur le fumier ne faisait que le rendre plus malodorant.
Un jour, il sentit qu’il ne pourrait plus supporter cette situation. Il songea à nouveau à se laisser rouler de la planète : il mettrait ainsi fin à ses misères. Mais la force qui l’avait empêché de le faire les fois précédentes le retenait maintenant à nouveau. Il compris alors que cette force était le signe annonciateur d’un changement dans son univers. Il compris que sa présence sur ce tas mouvant était d’importance cruciale. Pour qui ? Il n’arrivait pas à l’imaginer encore. Mais ce pressentiment ne changeait rien à l’affreuse odeur ; il le chassa donc de son esprit et décida de quitter ce tas de fumier pour le vide ténébreux du néant.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Le passager solitaire se leva avec précaution et se dressa sur sa minuscule planète. Il sauterai, se dit-il. Il volerait dans l’espace enfin débarrassé de cette odeur, libéré du pénible effort d’avoir à contrôler constamment sa respiration, libéré, ne fut-ce qu’un seul instant. Il essaya de se tenir en équilibre, il sentit un long tremblement monter le long de ses jambes et atteindre tout son corps. Il plongea son regard dans l’infini à la recherche d’une autre planète où il pourrait aller et venir sans être emprisonné comme il l’était. Il n’y avait autour de lui que le vide.
Il se voulut courageux et fort. Il quitterait la planète non pas en se laissant rouler comme s’il se fut agi d’un accident mais en sautant délibérément. Le moment de sauter était maintenant arrivé. Avant de le faire, il devait cependant respirer encore une fois l’horrible odeur de son univers. Pour la première fois volontairement, il ouvrit les narines toutes grandes, rejeta l’air de ses poumons et, pour la première fois sur cette planète de fumier, il prit une longue et profonde inspiration. Oh, l’affreuse odeur ! Horrible ! Au point de le renverser et de l’empêcher de sauter. Mais en respirant à fond il avait perçu une odeur nouvelle, inattendue, une odeur jamais ressentie auparavant. Mêlée à l’odeur du fumier, le parfum subtil et profond du lilas. De nouveau, il expira et inspira rapidement et plus longuement encore.
Cette fois, il était certain de ne pas se tromper. Au-dessus de cette pourriture, planait le parfum de plus en plus puissant du lilas.
Il se détendit. Il ne pensait plus à sauter mais à respirer encore le parfum inattendu. Il abaissa lentement le regard vers le morceau de la planète où ses larmes étaient tombées et il vit, à cet endroit, une petite fleur. Il la regarda et en respira le parfum.
(extrait de James Carroll Contes pour la fête
Editions Foyer Notre Dame, 1973, pp. 51-53)
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Signature :
2 Jean Debruynne, Raymond Fau, Les voyageurs de Dieu, Mame, 1987.
3 Jean Debruynne, Raymond Fau, Voyageurs de Dieu, Mame, 1987, p. 189.
4 Un théologien chrétien du XIV°-XV° siècle accusé d’hérésie par l’Inquisition parce qu’il réclamait la réforme d’un clergé corrompu. Il est condamné et brûlé vif le 6 juillet 1415 à Constance.
5 Philippe Jaccottet, Couleur de terre, Fata Morgana, 2012, p.23.
6 Gabriel Ringlet, Des rites pour la vie, Albin Michel, 2025, p. 230.
7 Jean Debruynne, Les quatre saisons d’aimer, Les Presses d’Ile-de-France, 2019, p. 89.
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