Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures

« De plus en plus rares sont les critiques virulents du capitalisme et du libéralisme contemporains. Leur voix n’est pas éteinte, mais elle est muselée, sinon discréditée, au moins contestée par la suprématie de ce double modèle idéologique. » Un modèle mortifère qui vise, par l’élimination des plus faibles, à garantir « la prospérité des plus aisés, des mieux nés » et vide les Etats de tout moteur d’espérance. Devant cette impasse, Jean Ziegler rappelle l’impératif catégorique de Kant : « L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. »Ce n’est pas pour rien que l’auteur a ouvert son interview par les mots de Bertolt Brecht : « Souciez-vous, en quittant ce monde, non d’avoir été bon, cela ne suffit pas, mais de quitter un monde bon.»

Auteur: Jean Ziegler
Editeur: Ed. de l’aube, 2018
Prix: 9,90 €

 

Print Friendly, PDF & Email

POUR MEDITER

L’histoire se déroule dans un hôpital psychiatrique. Trois hommes font face à un docteur, le psychiatre de l’hôpital. Le médecin leur dit : « Aujourd’hui mes amis, vous allez pouvoir sortir. » Et le médecin se met à dessiner sur le mur qui lui fait face un grand portail, flanqué de deux grands arbres, donnant sur une magnifique allée ombragée.

Et voilà que deux des trois pensionnaires se précipitent vers le portail et tentent d’en franchir le seuil. Déconvenue, bien sûr. Ils se retournent furieux vers le docteur : « Ça ne marche pas, docteur ! » Le troisième homme se tourne alors vers les deux autres : « Evidemment, c’est moi qui ait la clef ! »

Petit conte de la folie simple,

rapporté par le tonton marseillais de l’un d’entre nous.


Rien à voir ?

Alors ceci, peut-être :

« Il y a une loi de la surface qui est féroce : c’est celle de l’argent. C’est elle, en vérité, qui aime le chaotique, sous allure d’efficience et de prospérité.

La loi profonde est ailleurs. C’est cette loi qui elle-même obéit à la loi de toute loi : préserver l’homme, sauver l’humain de ce qui en l’homme détruit l’homme […] Car cette loi, si vous l’ôtez, laisse paraître non pas le barbare (les barbares avaient leur loi), mais bien pis : le grand, l’absolu Pervers qui s’est fait une loi de sa perversion même, qui vit de la contre-vie, naît dans et pour le meurtre, jouit de l’avilissement et de la dégradation absolue de l’autre homme […]. S’il y a quelque vérité c’est là ou toute parole d’homme mérite d’être entendue et d’être transpercée par la lumière qui fulgure en bas, dans l’en-bas lui-même, quand l’être humain ne recouvre plus l’extrême par le chatoiement de ses pensées […] Que l’autre te soit assez proche pour que ton désir soit : qu’il vive […] S’il n’y a plus l’unité du genre humain, pourquoi ne pas traiter l’autre être humain comme un porc ou un cafard ou une « pièce », comme disaient les nazis ? […] L’ordre premier de toute chose est toujours pour nous, les humains, l’ordre de l’advenir humain. Pas le spectacle, la théorie, la contemplation, l’empire. Non : le chemin, la genèse, la Voie. »Et la boue et les ornières qui vont avec !

Maurice Bellet

La traversée de l’en-bas,Bayard, 2005, p. 81-103

Print Friendly, PDF & Email

LA VIE AU MAS

Circulaire Collomb. Puisqu’on y faisait allusion dans l’éditorial précédent, revenons sur la « circulaire Collomb » qui organisait un recensement des migrants jusque dans les centres d’hébergement. Une trentaine d’associations avait soumis le texte au Conseil d’Etat pour en suspendre l’application. Un article de La Provence (21.02.2018) rapporte que même s’il n’a pas voulu suspendre la circulaire, le Conseil d’Etat a rappelé qu’elle ne conférait « aucun pouvoir de contrainte » aux équipes chargées du recensement. Elles ne pourront rencontrer les personnes hébergées que sur la base du volontariat…Un membre de la Fédération des Acteurs de Solidarité a affirmé : « C’est plutôt un encadrement qui va protéger les personnes et les associations qui les accompagnent. » A nous de rester vigilants !

Donner au beau moment. C‘est l’histoire de nos amis qui, travaillant dans l’art de la pâtisserie, on tout compris aussi de l’art du vrai respect des personnes.

Depuis plusieurs années, le 24 décembre ou le 31 janvier, le téléphone sonne à Carles : « Venez les bûches sont prêtes. » Des bûches de Noël de qualité préparées pour les résidents du Mas. Pas les invendus qui arriveraient quelques jours après les fêtes.

Voilà une information dont certains jugeront qu’elle arrive un peu tardivement dans la saison. Mais peut-être s’agit-il un bon clin d’œil sur une façon d’agir dans notre vie… fut-ce en dehors des fêtes. Merci à M. et Mme Mallard.

 

DépartsCe premier trimestre (et la fin du précédent) a été rudement marqué par ces départs d’ami(e)s cher(e)s.

Ce fut d’abord le frère de Dominique, l’ami valentinois qui es parti rapidement, juste assez vite pour qu’on ne découvre pas son cancer !

Alain Rogeat, le mari de Cécile, m’avait pris en amitié dès notre première rencontre. Chaleureux et droit. Attentif bien au-delà de l’ordinaire. Marcheur aguerri des chemins de Compostelle et d’ailleurs et ouvreur de ces chemins pour celles et ceux de sa famille. Animateur des rencontres d’aumônerie à Montfavet et à la paroisse Saint Jean d’Avignon. « Ne craignez pas pour ceux que vous laissez », disait Jean Sulivan, « votre mort, en les blessant, va les mettre au monde. »

Jeanine Bezol, sœur de l’ami Christian, actuel curé du Sacré-Cœur. Elle fut de toutes les aventures de son frère soutien indéfectible, capable de soutenir au plus près la création de la Passerelle en venant planter sa caravane dans les jardins du presbytère pendant quelques mois pour soutenir cette action commençante. J’en passe et de bien meilleures. C’était Jeanine, proche et respectueuse.

Aimée Saint Etienne était une vieille paroissienne des assemblées de Carles. Caractère rude et impératif, elle préférait souvent ses chats à toute autre compagnie. Et défense de plaisanter avec cela. La maladie l’aura éloigné de nous quelques années, avant qu’elle ne rende muette cette grande bavarde.

Yves de Gasquet était le père de Dominique, ancien membre du Conseil d’Administration de Carles, décédé dans un accident de voiture. Il était le mari de Monique partie avant lui, qu’il accompagnait dans les rencontres du Comité Catholique contre la Faim et pour le développement (CCFD). Ce grand croyant était aussi un grand bricoleur, réalisant coupes, chandeliers et lanternes en bois qu’il distribuait généreusement autour de lui.

Des séparations qui ont fait résonner en nous l’urgence de nourrir nos relations face à la réalité des déserts que ces morts installent dans nos vies. L’occasion d’entendre à nouveau la petite musique d’un Paul Eluard : « Le front aux vitres, comme font les veilleurs de chagrin / Je te cherche par-delà l’attente / Par-delà moi-même. / Et je ne sais plus tant je t’aime / Lequel de nous deux est absent. »[1]

Dons. Dans les souhaits qu’elle avait rédigés, Jeanine Bezol avait demandé que les dons faits à l’occasion de ses obsèques aillent au Mas de Carles. Christian a fait en sorte que son vœu soit respecté. Au total cela a rapporté 2.000 €. Que Christian et tous les donateurs trouvent ici l’expression de nos très vifs et sincères remerciements.

Réunion des Lieux à Vivre

La dernière réunion de l’Union Interrégionale des Lieux à Vivre (UILV) s’est déroulée au Mas de Carles.

Ce fut l’occasion de travailler à la présentation renouvelée des actions et des modes d’action des membres de l’Union qui ont été refusé à l’agrément OACAS en avril 2017. Il s’agit de :

– souligner que les lieux à vivre ont collectivement élaboré un projet d’accompagnement adapté pour des personnes aux caractéristiques particulières : préparer les résidents à une dynamique d’insertion passe par la reconnaissance d’une appartenance à une communauté et le développement de l’estime de soi ;

– inviter les administrations à revenir sur leur exigence à faire de l’insertion socioprofessionnelle par l’activité économique marchande une condition pour prétendre à l’agrément OACAS ; pour la qualification, socio-professionnelle, l’Union renvoie au nombre de résidents qui ont pu acquérir des diplômes qualifiant par le biais de la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) ;

– proposer des moyens d’évaluation, de formation et d’échange plus affiné de nos pratiques entre nous (ce qui se fait déjà régulièrement) et avec les administrations.

Fondation Vinci et confiturerie. La fondation « Vinci pour la cité » a accepté de soutenir encore une fois les cations du mas de Carles. Ce coup-ci, c’est un chèque de 15.000 € qui a été remis à l’association pour soutenir les travaux engagés pour l’installation de la future confiturerie qui s’aménage au rythme des bras de Carles (mis à part la réalisation du carrelage et de l’électricité). Grand merci à tous qui savent mettre leur compétences diverses au service de la maison et à Frédéric Auran qui parraine l’opération.

Concert.

Le 17 mars, une centaine de personnes se sont rendues à l’invitation de l’association pour un concert offert en soutien au Mas. Une première partie de chansons françaises a été animée par le groupe « De6bel » qui a offert une bien belle prestation chorale. La seconde partie, de facture plus classique, a été proposée par l’orchestre du « Kiosque à Musique » fort bien dirigé par M. Alain Grau. Que tous reçoivent ici les compliments qui leur sont dus.

Les recettes étaient destinées aux travaux engagés pour la création de la confiturerie.

Nouveaux paradigmes et économies ! Il s’agit de la mise en œuvre accélérée du plan « logement d’abord ». Le gouvernement veut lutter contre le « sans-abrisme » (nouveauté langagière) pour « transformer notre système d’hébergement en profondeur » pour amener « rapidement les personnes sans domicile de l’hébergement d’urgence vers un logement durable, car comme l’a rappelé le Président de la République, le logement c’est la place qu’on a dans la société ! »

Il faudra peut-être demander à celles et ceux qui se retrouveraient dans cette situation si le poids de la solitude et du désœuvrement ne serait pas pire que la situation de beaucoup de celles et de ceux qui sont actuellement accueillis dans nos « lieux à vivre » :« Nous sommes venus ici car là où nous étions ce n’était plus possible. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus il nous a fallu partir… Et ce chemin… nous a conduits à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir… »[2] Ajoutons :

– la question des économies proposées par ce plan : 57 millions annoncés sur cinq ans avec effet quasi immédiat de 3% de diminution sur les fonds CHRS (11.300 € en moins pour notre budget). Cela repose la question de financement à trouver (plus de 50.000 € en cinq ans) ;

– la question de savoir comment nos « lieux à vivre » (qui ne sont pas de l’hébergement classique) vont trouver leur place dans ces nouveaux plans gouvernementaux : Carles et les autres sont bien, à nos yeux, une forme de logement durable et adapté. Comment faire jouer le §3 de la priorité 1 qui se formule ainsi : « développer les solutions de logement adapté en réponse à des besoins spécifiques » ?

Bref, il y a du boulot ! Du recul et de la liberté d‘esprit à conquérir, toujours et encore. Penser à nouveau à René Char, qui s’exprimait ainsi pour autre chose : « Je te recommande la prudence, la distance. Méfie-toi des fourmis satisfaites. Prends garde à ceux qui s’affirment rassurés parce qu’ils pactisent. Ce n’est pas toujours facile d’être intelligent et muet, contenu et révolté… Regarde, en attendant, tourner les dernières roues sur la Sorgue. Mesure la longueur chantante de leur mousse. Calcule la résistance délabrée de leurs planches… »[3]

C’est la résistance même de la vie qui s’organise et trouve place là où cela n’était pas forcément prévu.

Les morts de la rue. Comme chaque année le Collectif « les Morts de la rue » a rendu hommage à tous ces inconnus qui, en 2017, n’ont pas survécu à l’épreuve de la grande errance. Le journal La Croix donne la liste exacte de ces 510 personnes signalées au Collectif (même si pour quelques-uns il a été impossible d’associer un nom à ces sans visages.  A méditer lentement. Ils avaient entre 15 et 91 ans (ainsi que trois bébés de 2, 3 et 10 mois et trois enfants de moins de cinq ans). Inutile de pleurer : plutôt nous atteler à changer ce monde pour réduire à rien cette litanie funèbre honteuse.

Si vivre à Carles ne nous empêche pas de mourir, du moins cela se fait dans la l’assurance d’une certaine dignité et la certitude que la maison est encore capable de leur faire une place au jardin du Souvenir ou au caveau du Mas de Carles, au cimetière tout proche.

[1]Paul Eluard, L’amour de la poésie : premièrement, nrf Gallimard, 2009, p.105.

[2]René Char, Le bâton de rosier : de moment en moment.

[3]René Char, Billets à Francis Curel, 1.

Print Friendly, PDF & Email

DITS

« La pauvrophobie : ce mot inventé par ATD Quart Monde désigne une réalité qui n’avait pas de nom jusqu’alors : la discrimination pour précarité sociale, désormais sanctionnée par une loi pour laquelle le mouvement s’est battu. Pour entrer dans le dictionnaire, il doit passer dans le langage courant. Aussi, n’hésitez pas à l’employer, à l’oral, à l’écrit, sur les réseaux sociaux. »

Le journal d’ATD Quart Monde, Février 2018.


« Pour Jacques Toubon, le plan du gouvernement est “décevantcar “il n’a pas envisagé ce qui est indispensable, c’est à dire la mise en place d’un certain nombre de plateformes, de centres, d’accueil, d’information et d’orientation”. Ces centres et plateformes sont, selon lui,“la seule façon”de fournir aux “personnes qui arrivent en France leurs droits fondamentaux de mise à l’abri, de sécurité, d’accès à la santé, à la nourriture et à la propreté”. 

Ces “droits fondamentaux doivent être garantis dès l’entrée en France des migrants,a insisté le Défenseur des droits. “C’est une obligation de l’Etat français, comme de tous les autres, car ce sont des droits universels.”

France-Info, 21.07.2017


Sur un trottoir, à l’arrêt du bus, une vieille femme lit un livre en attendant son bus. Sur le trottoir d’en face, à l’arrêt de bus d’en face, un jeune est penché sur son smartphone. Deux mondes qui ne se repèrent pas plus l’un que l’autre tant ils sont occupés à eux-mêmes. Drôle de monde ou chacun, « dans sa langue », ignore l’autre !


« Un jour on se souviendra avec honte qu’en France, au début de XXIesiècle, une démocratie, son Etat, ses gouvernants et ses juges ont criminalisé ce geste élémentaire d’humanité : la solidarité… Il est irréaliste de se barricader, mais il y a pire que cela. Si nous le faisons, nous devenons un univers dangereux. Comme vous le savez, l’Europe n’est pas la première destination des mouvements migratoires dans le monde. Mais depuis 2015, elle est devenue la plus dangereuse. Sur la décennie écoulée, c’est la destination pour laquelle il y a eu 40.000 noyés sans parler des morts sur terre… Nous devenons une destination qui tue non pas des gens qui tuent, mais des personnes qui veulent simplement mieux vivre, vivre dignement. Nous devenons de surcroît indifférents au fait que, par notre attitude nous provoquons ces morts… »

Edwy Plenel, Golias Hebdo n° 517(03. 2018).

Print Friendly, PDF & Email

AUJOURD’HUI

Les chiffres de l’accueil…

Au 31 mars 2018, 67 personnes différentesont été accueillies au mas.

Hébergement : 34 personnes dans le « Lieu à Vivre » (2.847 journées d’accueil), 15 en Pension de Famille (1.214 journées), 5 en Accueil Immédiat (304 nuitées).

Actions d’insertion : 5 personnes ont bénéficié d’une ACI (617 heures) et 11 autres (4 femmes et 7 hommes) ont participé au chantier d’insertion (3.584 h).

23 personnes relevaient du RSA, 17 de l’Allocation Adulte Handicapé, 2 l’ASS et 9 touchaient une retraite. 6952 repasont été servis (780 de plus que l’année dernière pour la même période).

… et de vos dons

Au 31 mars 2018, vos donsconstituaient 13,9%des recettes de la maison.

A cela s’ajoutent les revenus maison(confitures, fromages, huile, maraîchage), soit 9,8% ; la participation des résidents qui représente 5,9% du budget des recettes et les cotisations : 0,5%. Au total 16,2%.

Dons et revenus maison représentent donc 30,2%de nos recettes.

Un immense merci à vous tou(te)s qui nous permettez ainsi de traverser crise et restrictions budgétaires promises ; d’offrir aux personnes un espace de vie plus assuré pour eux.

Print Friendly, PDF & Email

Lettre 88

Cliquez ici pour lire l’intégralité de la Lettre88

EDITORIAL

Dans un quelque part proche, en Europe, les populistes raflent la mise après une montée d’actes et de propos anti-migrants. Ils ne sont malheureusement pas les seuls !

Dans les jours qui suivent le journal signale que 17 jeunes migrants, en Suède, ont préféré le suicide à l’expulsion et au retour vers leur pays : les deux tiers étaient afghans.

En Syrie, de plus en plus de voix s’élèvent contre les méthodes employées par son président (et ses alliés) qui soumet les populations civiles à la mort par bombardement et attaques au chlore.

Chez nous, la folie religieuse et l’aveuglement idéologique de quelques-uns tuent encore… même celui qui veut se porter garant de la vie des autres. Il s’appelait Arnaud. Mais combien d’autres, connus ou inconnus, sur les terres en guerre ou dans des associations d’aide de toutes sortes, ici et ailleurs, ont donné et laissent leur vie pour celles et ceux qui s’étaient confiés à eux.

Un peu partout la mort travaille nos sociétés et fait son travail : jusqu’à la disparition des abeilles et de nombreuses espèces d’oiseaux (un tiers a disparu) qui menace sérieusement la vie concrète des hommes. Et nous devenons lentement des étrangers en sursis sur notre propre terre.

Goût pour l’argent, le pouvoir et les idéologies meurtrières conjuguent leurs efforts pour réduire les plus petits, les moins chanceux de nos sociétés à la portion congrue, la plus exigüe possible. A charge de considérer comme un vol la part qui ne revient pas aux plus riches. Comme si l’accueil, l’accompagnement et le partage étaient devenus le signe d’une sensiblerie inutile, au revers des engagements pris au sortir de la guerre où la « dette sacrée » vis-à-vis des plus pauvres était le lieu de la citoyenneté. La galère des uns n’interpelle plus guère la bienséance des autres… à moins que les premiers ne se rapprochent des modes de vie et de pensée des seconds. Comme si le refus de la misère se confondait tout à coup avec la chasse au pauvre : une manière comme une autre de ne pas entendre les causes de la misère.

Comment ne pas comprendre que s’adosser au libéralisme (et sa doxa d’évidence) ne fait qu’accentuer les inégalités (quelques très riches, toujours plus de pauvres). Et cela est la cause de revendications liées au sentiment (et souvent à la réalité) d’abandon des perdants des grandes réformes et du jeu des marchés. Le mépris social qui a discrètement fait son apparition amplifie encore les choses. Comment ne pas nous demander pourquoi l’Etat qui veut décider de tout, souhaite se passer de la rencontre et de la discussion avec les corps intermédiaires… dont les associations qui tiennent en trop haute estime (à ses yeux) la réalité des femmes, des hommes et des enfants qu’elles croisent et accompagnent. Nous souvenir de Maurice Bellet : « Il y a une loi de la surface qui est féroce : c’est celle de l’argent. C’est elle, en vérité qui aime le chaotique, sous ses allures d’efficience et de prospérité », pourrez-vous lire dans la rubrique à méditer [1]Ici nous ne sommes pas prêts à laisser cette loi-ci faire sa loi !

Pendant ce temps, entre deux pages d’un livre qui s’offre à nous révéler la « bonne nouvelle » d’une Présence qui nous devance, quelques femmes constatent que la pierre a été roulée de devant un tombeau. Tombeau d’emprunt. Mais tombeau quand même. Peut-être en est-il de même pour nous aujourd’hui. Peut-être est-il temps de nous redire les uns aux autres : « la pierre a été enlevée ». Celle qui enferme tout autre dans la mort et l’abandon et la solitude d’être. Au travail ! C’est la part du colibri qui nous revient.

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1]Maurice Bellet, La traversée de l’en-bas, Bayard, 2005, p. 81ss).

Print Friendly, PDF & Email

De ferme en ferme 2018

Samedi 28 et dimanche 29 avril 2018

De 9 heures à 18 heures

pastedGraphic.pngMas de CarlespastedGraphic_1.pngpastedGraphic_2.pngpastedGraphic_3.pngpastedGraphic_4.pngpastedGraphic_5.png

Maraîchage, élevage caprin et transformation fromagère, élevage de poulets de chair, arboriculture, confitures, oléiculture

L’association le Mas de Carles qui est un lieu à vivre vous invite à venir découvrir l’ensemble de ses activités agricoles : son élevage d’une cinquantaine de chèvres , avec transformation fromagère (Pelardon AOP médaillé d’or et d’argent en 2016), son élevage des poulets de chair , mais aussi le maraichage, l’arboriculture, l’oléiculture… le tout est labellisée Bio ! Dégustation de confitures produites au Mas à la fin de la visite.
Visite gratuite toute l’année.

                                                    pastedGraphic_6.png

                  pastedGraphic_7.png          pastedGraphic_8.png

Animations :
• Découverte des activités agricoles,
de l’oliveraie et des ruches.
• Traite des chèvres à 17h.

Petite restauration à la ferme. Places limitées !                            

Adresse : Route de Pujaut

Commune : VILLENEUVE les AVIGNON

Code postal : 30400

Tél : 04 90 253 253

Mail : fermemasdecarles@orange.fr

Site web : https://www.masdecarles.org

Coordonnées GPS : lat 43.985231, long 4.79223300000001 

Print Friendly, PDF & Email

ASSEMBLEE GENERALE Association Mas de Carles – Le mot du Président

11 avril 2018

Comme chaque année, à l’invitation de Joseph qui demandait que l’on prenne « soin de lire mon testament dans chaque assemblée générale » , nous prenons le temps de réentendre ce testament spirituel de notre fondateur. Parce que ce texte est le fondement des statuts de l’association et le pilier de notre présence au mas.

 

“Un homme découvrit un trésor caché dans un champ. Dans sa joie, il s’en alla, vendit tout ce qu’il possédait et acheta le champ » (Évangiles de Mt 13,44).

Cet homme, c’est moi-même. Le trésor, c’est le Mas de Carles. Un jour, j’ai découvert Carles. Ce fut, pour moi, un émerveillement. Je découvris un site exceptionnel. Il s’en dégageait une ambiance de paix, avec un certain fond de mystère. J’ai été séduit. J’ai compris qu’il y avait là quelque chose à faire, une chance à ne pas manquer. J’ai passé une grande partie de ma vie à accueillir : j’y ai vu là l’aboutissement d’un projet.

Les plus déshérités, ceux qui n’ont plus de famille, de travail, y auraient leur place. Tous ceux qui ont soif de paix, de calme, d’amitié, y viendraient. Une vie fraternelle de partage y serait possible loin de tout ce qui divise : l’argent, la race, la culture, etc. Carles deviendrait un lieu fort pour de nouveaux départs.

Carles a une vocation d’accueil. Depuis des années, Carles a accueilli des milliers de personnes et ce sont les plus pauvres qui y ont trouvé demeure. C’est pourquoi je demande aux membres de l’association d’entrer dans ce mouvement d’accueil, déjà réalisé en partie, pour le développer et le soutenir avec désintéressement… Carles ne deviendra jamais un objet d’intrigue, un lieu de trafic, de commerce ou réservé à quelques-uns ».

Fait à Avignon, le 15 Janvier 1981

Père Joseph PERSAT, Fondateur du Mas de Carles.

 

Conclusions 

Nous sommes à un moment un peu troublé de l’histoire de notre association. Divers éléments se croisent : un nombre de résidents plus importants, des équipes (salariés et bénévoles) en quête de renouvellement, des dons qui stagnent. Et puis de nouvelles règles nationales pour l’hébergement et le logement qui se font jour, sous forme expérimentale pour l’heure. Mais comme beaucoup d’autres règlementations ces derniers temps, elles ne portent pas spécifiquement le souci des plus faibles et visent plutôt à soutenir ceux qui ont été désignés il y a peu comme « les premiers de cordée » . Ce qui n’est pas notre projet premier, même si nous ne le refusons pas quand cela arrive !

Par-delà, nous voici interrogés sur nos choix et nos pratiques d’accueil ; invités à faire un point d’étape, hors des démagogies environnantes, des petits choix comptables, des idéologies protectrices et des tentations de radicalisme qui semblent irriguer de plus en plus notre société et notre monde. En fond, cette question : comment ne pas devenir un de ces « lieux communs » avec leur cortège de normes et de soumissions à la bienséance du moment ?  C’est l’objet de Carles 2025. Bon temps pour nous redire ce qui nous légitime au regard des réalités du quotidien : réalités humaines, sociétales autant que financières.

Pour cela j’ai repris quelques-uns des mots de nos « mots croisés » dont le texte est en gestation finale.

Et d’abord nous redire ceci : la proposition de vivre à Carles n’est pas un projet institutionnel. C’est une réponse alternative entre le tout de la mise à l’emploi (et de préférence en six mois) et le rien de l’errance et de la reproduction de situations abandonniques. C’est ce qui est inscrit dans la proposition de la charte des « lieux à vivre » : « L’insertion dans une communauté permet de retrouver son identité après une période de survie dans la « jungle » de la rue. Elle est constituée par l’obligation de participer, selon ses moyens, au financement de l’hébergement et de la nourriture et, selon ses capacités, aux activités de la communauté telles que définies par le règlement intérieur… Le contrat qui lie les associations et les habitants des lieux à vivre et les habitants entre eux, peut-être qualifié de « contrat de compagnonnage ». Pour beaucoup, la reconquête de soi, la réapparition du désir d’une vie faite de liens sociaux et du goût d’une activité, impliquent plus qu’une mise en conformité avec les normes sociales. Permettre une reconstruction nécessite du temps et s’inscrit dans les exigences des mesures administratives. Un tel projet n’est pas de nature institutionnelle, mais « un contrat de solidarité fraternelle » dans la durée. »

(Par parenthèse, dire cela, c’est aussi dire la fragilité de nos financements institutionnels et la nécessité de nourrir ou de trouver à nourrir le Fonds de Dotation Joseph Persat pour y faire face).

Plus avant, c’est dire que le mas de Carles n’est pas un lieu où tout est donné sans échange ni retour entre le « donateur » et celui qui reçoit, quel que soit le statut de l’un et de l’autre. C’est un lieu qui s’offre comme un lieu de (re)construction pour tous (RSB) du fait même de cet échange 

c’est au cœur d’un collectif qu’il nous est donné de construire une fraternité, construire une estime de soi, de construire et de se donner des moyens pour échapper à ces addictions qui condamnent toute avancée. Pas comme une contrainte. Mais une invitation patiente et répétée à choisir la vie. A regarder la vie à partir de la vie de l’autre, jusqu’à l’impuissance. Il est toujours midi quelque part ailleurs que devant ma porte : « C’est la liberté qui peut tendre au bien. Ne faites pas rentrer le bien dans la nature en utilisant les systèmes de coercition. Le bien devient un mal. » 

cette (re)construction se donne les moyens de l’activité (des activités) proposées comme un des piliers de l’accueil dans nos lieux. Cette dimension de notre accueil est aussi l’occasion d’une triple réalisation : 

 – celle d’un rapport financier pour la maison (10 à 12% de nos recettes à l’année) ;

 – celle d’être le support des formations dans le cadre de la VAE, pour les hommes qui le souhaitent ;

 – celle d’un travail théorique, de réflexion et de proposition aux institutions, comme ce qui a été menée au sein de l’UILV pour acquérir la reconnaissance du statut d’Organismes d’Accueil Communautaire et de d’Activités Solidaires (OACAS) qui offre reconnaissance et protection à l’association et aux les personnes engagées dans les activités proposées sur nos lieux. 

Par parenthèse, encore, cette proposition d’activité fait la différence entre un hôtel Formule 1 et l’accueil au mas de Carles.

Carles est un lieu qui propose à tous, quel que soit son statut, d’entrer dans une alliance avec l’autre. Une alliance sur le terrain : pour permettre à chacun de libérer la part propre de son don, pour ne pas passer à côté de l’essentiel, d’accueillir le cœur de toute rencontre : « A tous les pas, les errements, où l’âme un moment se devine », comme l’écrivait Aragon. Ce que nous nous redisions autrement dans notre dernière rencontre « RSB » : « Penser le « tremblement de l’absence de certitude »  pour ne pas nourrir l’hiver d’une pensée simplement faite d’habitudes et de stéréotypes pour mettre l’autre en défaut. Apprendre l’humilité de nos prétentions salvatrices : la bougie de nos présences n’est ni l’éclair, ni le soleil . Dénouer la mystérieuse et contradictoire connivence de la vie présente ici avec la vie qu’elle engendre ailleurs : « Vous tendez une allumette à votre lampe et ce qui s’allume n’éclaire pas. C’est loin très loin de vous que le cercle s’illumine. »  Espérer encore et toujours malgré l’affirmation des contraires. Et sans cesse interroger aussi le lieu de notre regard, car il détermine une part de notre vision et de notre projection sur le présent, sur l’avenir et sur les personnes. Cela finit par s’appeler compagnonnage et nous situe comme personne ressource les uns par rapport aux autres, et non plus en surplomb. Jean Sulivan : « Consentez dès que les circonstances le permettent à être « pauvre » devant autrui, hors représentation et vanité… Vous rencontrerez parfois les autres dans un lieu de vérité. » 

Carles est un lieu qui propose d’entrer dans une forme de spiritualité. Au départ, pour Joseph, cette spiritualité trouve sa source dans l’Evangile. C’est aussi mon chemin, ma voie d’accès. Et c’est vrai pour un certain nombre d’entre nous. Pas de secret en cela pour personne. Mais pour rester fidèle à l’intuition de Joseph, vivre pleinement ma foi, n’est pas enfermer les autres dans ma conviction et mes choix. Par contre mes découvertes d’un Dieu Père et Libérateur me font rechercher un compagnonnage avec toutes celles et ceux qui partagent cette intuition d’une paternité et d’une volonté libératrice qui permette, à chacun dans sa langue, de retrouver le « souffle » intérieur qui fait le socle de l’humanité de l’homme : permettre à chacun de développer cette part de lui-même me semble honorer la fécondité recherchée pour chacun.

La spiritualité ne se limite pas aux acquis religieux des uns et des autres. Elle est ce qui ouvre aux questions partagées, plus qu’aux certitudes affirmées. Dans cette ligne tout apport est bienvenu. C’est pour cela que les statuts de l’association ont trouvé dès l’origine leur expression sous la forme de statuts d’éducation populaire. 

On lira (quand ce sera possible, c’est-à-dire publié) ce que j’ai déjà soulevé dans la dernière rencontre « RSB » à ce sujet et ce qu’en disent les « Mots croisés ». 

Carles est un lieu qui propose que, toujours, l’homme soit au centre, et non pas le calcul ou le rapport financier qu’on en peut dégager. Mais mettre l’homme au centre, qu’est-ce que ça veut dire ? Maurice Bellet à quelques belles pages là-dessus : « Il y a une loi de la surface qui est féroce : c’est celle de l’argent. C’est elle, en vérité, qui aime le chaotique, sous allures d’efficience et de prospérité. La loi profonde est ailleurs. C’est cette loi qui elle-même obéit à la loi de toute loi : préserver l’homme, sauver l’humain de ce qui en l’homme détruit l’homme […] Que l’autre te soit assez proche pour que ton désir soit : qu’il vive […] L’ordre premier de toute chose est toujours pour nous, les humains, l’ordre de l’advenir humain. Pas le spectacle, la théorie, la contemplation, l’empire. Non : le chemin, la genèse, la Voie. »  Et la boue et les ornières et les petits bonheurs qui vont avec ! Voilà bien l’essentiel de notre présence.

Pour que tout cela se mette en place, il faut du temps. Du temps pour les accompagnateurs (salariés et bénévoles) pour entrer dans un mode relationnel qui exclut (autant que peut se faire) tout esprit de supériorité. Du temps pour les résidents pour accepter d’entrer dans un lieu qui exige de chacun sa part d’activité, de relation juste, d’initiatives partagées. Du temps pour tous afin de renoncer à nos ordinaires volontés de puissance, à nos résistances au dialogue, à nos enfouissements stériles dans un « faire » cache-misère. Du temps presque inutile aux yeux du monde des gens pressés, pressés d’engranger leurs actes comme autant de signe de leur propre existence. Vous connaissez sans doute ce court passage d’une lettre de René Char à Francis Curel en 1941. Quand il faut choisir son camp de manière dramatique, voilà ce qu’il lui recommande : « Je te recommande la prudence. Méfie-toi des fourmis satisfaites. Prends garde à ceux qui s’affirment rassurés parce qu’ils pactisent. Ce n’est pas toujours facile d’être intelligent et muet, contenu et révolté… Regarde en attendant tourner les dernières roues sur la Sorgue. Mesure la longueur chantante de leur mousse. Calcule la résistance délabrée de leurs planches. Confie-toi à voix basse aux eaux sauvage que nous aimons… » . Prendre le temps du recul pour mieux s’engager dans l’action, voilà ce que conseillait le futur résistant à son ami l’Islois et ainsi intégrer « à l’origine pessimiste de la semence, la patience éperdue de son devenir. » (Gilbert Lely).

Ceux qui nous ont quitté

Martine Ranchini (12.09.2017) ; le frère de Dominique Brunot (24.12.2017) ; Alice Doublet (2.01.2018) ; Mme Cavallaro (8.01.2018) ; Alain Rogeat (27.01.2018) ; Jeanine Bezol (7.03.2018) ; Aimée Saint Etienne (14.03.2108) ; Yves de Gasquet (16.03.2108).

En eux, par-delà les petits bonheurs de la vie et grâce à eux, nous est parfois apparu « le sens fulgurant qui ouvre à soi-même et à la nostalgie de l’avenir » qui fait appel en chacun. Leur mort peut alors devenir ce « quelque chose d’inguérissable qui traverse chacune de nos vies, de part en part et n’empêche ni la joie ni l’amour » .  

Print Friendly, PDF & Email

Assemblée générale 2017  le mercredi 11avril 2018 à 17 heures au Mas de Carles.

Assemblée générale 2017  le mercredi 11avril 2018 à 17 heures au Mas de Carles.

Pour adhérer à l’association voici le bulletin d’adhésion

Noms, prénoms, adresse :  

pastedGraphic.png

pastedGraphic.png

 Cotisation de base, année 2018 : 15 € 

 Cotisation de soutien, année 2018 : 50 €      

La part supérieure à 15 € sera considérée comme un don et fera l’objet d’un reçu fiscal.

A titre d’exemple un don de 100 € = 75 € d’économie d’impôt. Son coût réel n’est que de 25 €.

A retourner accompagné du règlement de la cotisation. Merci.


POUVOIRS

En cas d’absence le mercredi 11 avril 2018, pour l’assemblée générale ordinaire, merci aux membres adhérents de l’association de signer et de nous faire parvenir ce pouvoir.

Je soussigné (e): ————————————- demeurant ————————————————————————————————– à : ——————————————————- Tél. : ———————————————

donne pouvoir à : —————————————————————-, membre de l’association Mas de Carles.

Date : Signature :

———————————————————————————————–

Print Friendly, PDF & Email