Une semaine à Carles

Mes premiers souvenirs de Carles remontent à mes huit ou neuf ans. Et ce que je garde de cette époque c’est la salle de traite et le chevrier qui me faisait voir la fabrication de fromages. C’est la balade avec les chèvres dans la Garrigue. C’est aussi le marché où il se vendait des fromages et de l’huile d’olive – miam ! Et ça se termine par la grande table à manger dehors. Un repas, où je mangeais à côté d’un grand monsieur aux cheveux longs blonds, il me paraissait impressionnant, je le trouvais rigolo.

                  Entre temps Carles ça a grandit, moi aussi.

      Alors j’y retourne, histoire de revenir aux sources, de m’encrer un peu. Quand je suis arrivée pour une semaine, je n’ai pas reconnu tout de suite. Les salles, les bureaux, la première maison, ça ne me disait rien. Puis on a descendu les escaliers et v’là la grande salle à manger. Ha ça je connais, les tables ne sont plus dans le même sens, mais ça n’a pas changé !

      Petite visite du propriétaire, on me prévient ici règle numéro 1 on se dit bonjour. On se sert la main, chacun existe pour l’autre. J’arrive vraiment dans le Sud, les hommes jouent à la pétanque. Clope au bec, ça tire, ça pointe, le jeune nouveau apprend. Au fond du jardin, il y a un homme assis sur un mur de pierre. Ca y est on change de pays, il ressemble au grand-père d’Heidy. Il n’a pas d’âge, une grande barbe blanche, des cheveux gris, un air du Sud, le regard espiègle. Il sourit en nous voyant arriver avec Jacinthe. En voilà une vraie et longue poignée de main, deux / trois mots farceurs et on continue la visite. Des nouvelles chambres en construction, puis la chèvrerie. Elle n’a pas pris une ride. La valse des poignées de mains continue, il y en a du monde ici. Les gens nous accueillent comme ça, souriants, avec l’accent du Sud.

     Après le tour du propriétaire, on passe à la messe. Ici pas de chapelle, pas de bancs, pas d’aubes, pas d’hosties. La messe se passe autour d’une table, dans la salle du fond à Carles. Le prêtre célèbre en chemise, jean. Et les prions en église remplacent le bréviaire. On m’avait prévenue, mais ça a de quoi surprendre. Ici, pas de chichi, pas de superflu, juste l’essence de la messe. La simplicité est de mise. Chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. On parle de l’incarnation de Jésus dans le monde et ici, de ce qu’on pourrait faire. On écoute, on réagit, on se pose des questions. Ici le prêtre il ne prie pas pour « vous », il prie pour « nous ». La messe c’est avec tout le monde. On ne dit pas « aie pitié de nous », on dit « merci pour ton amour ». Une messe à la portée de ceux qui veulent.

      Puis vient le repas. J’ai beaucoup aimé les repas et les pauses café cette semaine. Ça donne l’occasion de rencontrer chacun. Il y a un super sens de l’accueil ici. On parle de tout, de bouffe, de spiritualité, de la Normandie, de ce qu’il y a dans notre assiette. C’est chaleureux.

      J’ai la surprise de revoir le grand monsieur blond, il est toujours blond. Il reste debout. C’est sympa le service, cette attention qu’il donne pour vérifier que tout le monde ait bien eu sa part. « Il mange Olivier ? » «Heu… Il arrivera surement plus tard.» « Bon on lui garde quelque chose».

      Chacun est responsable de sa partie du travail, même le service. Les uns entrainent les autres par exemple « Tu vas donner ton assiette P. sinon ils vont attendre pour le service… »  « Oui oui je bois mon café et j’y vais. » « Et tu es aussi de service. » « Oui elle ne va pas s’envoler j’ai le temps de finir mon café. » Ça, c’est le temps du Sud. Il est plus long.

      Lundi, mardi et mercredi j’ai appris à faire du coulis de tomates. J’ai commencé toute seule et on m’a vite rejoint. Il y a ceux qui me donnent un coup de main après le chantier et ceux qui vérifient. C’est sympa de voir les gens passés comme ça. Quand je me mets aux figues, certains vérifient si elles sont pourries ou valides. Chacun y va de son coup de main. C’est plus rapide. Les hommes vérifient aussi le travail de Caroline. Les relations sont sympas à voir. Mercredi une des employées arrive pour m’aider au coulis, elle s’y est mise très tôt. Elle est super efficace. Il n’y a qu’à en prendre de la graine.

      Jeudi c’est le marché. Ambiance sympathique à part quelques gens « chiants » on s’en sort bien. Nous avons un as de la vente avec nous. À chacun son travail. À midi, je suis vidée, je rentre.

      Le mieux du mieux c’est vendredi. Je pars avec Yo et les chèvres. J’adore écouter les histoires, comprendre comment on observe les chèvres, discuter. C’est juste génial. Ça donnerait presque envie d’être chevrière de voir comme il aime ça. J’étais touchée qu’il accepte de m’amener dans son monde. C’est comme Yohann qui fait des œuvres d’art en maçonnerie « il faut faire du beau boulot, c’est important que ce soit beau ici. ».

      Je repars avec pleins de trésors, des regards, des « bonjour fanny ! » bien du Sud, des sourires, des poignées de mains, des blagues, des paroles et la paix de ces gens qui sont bien là où ils sont.

Merci beaucoup et à bientôt

Fanny

Deux ou trois phrases de sagesse Carloise  glanées ci et là

  •  » Nous on sait qu’on ne vaut pas grand-chose alors les autres ils n’ont pas à nous le montrer. « 
  •  » Caroline et Patrick ils savent 99% de ce qu’il faut faire, mais ils nous laissent 1%. Moi je le prends pour dire ce que je vois.  » 
  •  » Ici on est des frères, c’est fraternel. «