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« LA VIE EN EQUILIBRE »


EDITORIAL

Comment ne pas en parler encore ? Une minorité de voyous psychopathes prend en otage une foule de croyants musulmans pour se donner raison contre toute évidence. Violence et mort. Des attentats terroristes touchent des innocents qui signent de leur mort la gigantesque manipulation qui, pour faire croire à leur pseudo-vérité,  cherche à opposer entre elles des « fratries » mais rassemblées au cœur d’une fraternité unique : celle de la nation. Et cela se joue au nom d’un Dieu perverti dans des citations tronquées du Coran par des assoiffés de pouvoir qui s’enrichissent par le moyen de trafics frauduleux en tous genres : pétrole, drogues, êtres humains, extorsions, pillages… Et qui utilisent les têtes mal faites ou inabouties de quelques poignées de jeunes déséquilibrés, en mal de publicité et de reconnaissance.

Ne faudra-t-il que cette bande de mafieux assassins pour venir fracasser nos assurances et notre capacité à vivre ensemble avec l’étranger, le musulman ?

Il est peut-être urgent de nous redire que ce qui pourrait fracasser nos certitudes c’est la peur et le sentiment de la perte liée au fait que nous n’avons plus les moyens (intellectuels et économiques) de nos anciennes positions dominantes. Incriminons plutôt notre paresse ! Ce qui pourrait fracasser nos certitudes de pouvoir vivre ensemble, c’est moins l’hétérogénéité momentanée de nos modes de vie que notre ’incapacité à reconnaître à l’autre d’être lui et autre, comme moi je suis autre en étant moi. Ce qui pourrait fracasser nos certitudes, c’est peut-être tout simplement notre incapacité à faire vivre les métamorphoses que nous impose la vie, comme elle les impose à tous les moments de la Vie [1].

Surtout n’allons pas croire que cela n’arrive qu’aux autres. Au cœur de nos associations, comme au cœur de chacune de nos vies, les mêmes crispations, les mêmes tentations de juger entre bons et mauvais, les mêmes jugements meurtriers, les mêmes volontés de mépriser voire d’éliminer de nos préoccupations ce(ux) qui nous gêne(nt), sont à l’œuvre. Peut-être que la première manière de résister, de faire nôtre la volonté d’améliorer, de privilégier notre « vivre ensemble » serait de refuser nos petits arrangements (s)électifs au profit d’un meilleur de nos diversités. Nul ne peut ignorer que chacun porte en lui une blessure qui n’est pas la sienne mais qui, comme la nôtre, demande (exige) soin et attention. Invitation à mettre de côté la fondamentale méconnaissance de ce que l’on peut savoir sur l’autre, à refuser d’établir nos ignorances comme un savoir sûr qui transforme l’autre en hérétiques (voire en ennemis). Patiemment, (ré)apprendre chaque jour que différent ne veut pas dire à repousser. C’est le travail d’enfantement auquel sont appelées des associations comme les nôtres et leurs membres.

Et pendant ce temps-là, sur nos terres ces milliers d’êtres humains qui paient de leur vie nos refus d’accueil et nos difficultés à offrir à chacun une vie meilleure au nom d’intérêts plus que douteux. Et au bout du compte, « il ne reste d’eux que des chaussures et des exemplaires insubmersibles de corans et de bibles flottant sur l’eau ; dans leur mince bagage… ils ont préférés ces pages au pain et à l’eau. » [2] Est-ce donc ainsi que les hommes vivent ?

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1] Vite, vite, relisons le petit livre de Jean-Claude Ameisen, Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses, Arthème Fayard, 2013. Voir plus bas.

[2] Erri de Luca, Journal Libération.