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« LA VIE EN EQUILIBRE »


EDITORIAL 

« O tempora ! O mores » s’écriait Cicéron (106-43 avant Jésus-Christ) pour s’élever contre la perversité des hommes et des mœurs de son temps. Cicéron n’est plus. Mais son cri ne cesse d’habiter nos mémoires.

Plusieurs événements viennent relancer notre regard sur l’argent. Il manque pour beaucoup. Mais pour un petit nombre, c’est lui qui fait loi avec sa manière de tout vouloir « acheter » : le mondial de foot au Brésil, qui suscite une belle protestation face au coût monstrueux de la construction des stades aux normes FIFA dans (contre) un pays inégalitaire et pauvre ; la réduction des coûts dans l’action sociale passant par une logique entrepreneuriale, la suppression d’un certain nombre d’associations ou l’obligation de se laisser absorber par un plus gros… ce qui n’a jamais fait la preuve d’une réelle efficacité en matière de diminution des coûts…

CoquelicotsDans le même temps, plusieurs articles s’élèvent contre cet argent tout-puissant et la manière de s’en servir comme d’une fin en soi, voire comme l’unique projet de société possible aujourd’hui : Bernard Ginisty, Jean-Claude Guillebaud, Bernard Perret, Zygmunt Bauman…Tous en arrivent peu ou prou au même constat : ni l’argent, ni la rigueur économique ne peuvent tenir lieu de projet pour aucune société ni aucune association !

Les sages et les anciens nous avaient appris que la règle d’or des rapports humains était de ne pas faire aux autres ce que nous ne voulions pas qu’on nous fît. La règle s’est aujourd’hui desséchée au point de n’être plus qu’une question de gestion budgétaire et de normes qui ne peuvent toutes s’appliquer sans obliger à renoncer à faire vivre la vie. La relation entre nous semble se réduire à la gestion de nos avoirs plutôt qu’au souci de l’autre. Triste dérive ! Zygmunt Bauman (voir la proposition « un livre » à lire) conteste la thèse classique selon laquelle l’enrichissement de quelques-uns profiterait à tous : « La richesse amassée au sommet de la société n’a absolument pas ‘ ruisselée ‘sur les niveaux inférieurs. Elle ne nous a pas rendus plus riches, ni plus sûrs, ni plus confiants dans notre avenir et l’avenir de nos enfants. » Il y voit plutôt dans cette obsession de l’argent l’aliment d’une rivalité négative qui, sous la forme de « l’élévation du méritant et de l’exclusion/dégradation du non-méritant » se donne pour « la condition nécessaire et suffisante de la justice sociale. »

 « O tempora ! O mores ! Le sénat sait ces choses, le consul les a vues et pourtant Catilina vit… Et nous, hommes plein de courage, nous croyons assez faire pour la République si nous échappons à ses fureurs et à ses poignards… » [1] Catilina, l’argent : il y a somme toute peu de différence. Comme l’autre, l’argent nous enveloppe de ses « fureurs et de ses poignards ».

Une manière d’y échapper est peut-être dans notre participation philanthropique, par le don, à l’amélioration du sort des plus pauvres. Ce à quoi les institutions souscrivent clairement sous différentes formes : fondations, fonds de dotation, dons et legs défiscalisés. Même si ces politiques facilitatrices envers la philanthropie privée ne sont pas mues « que par la volonté de protéger et de garantir l’intérêt général… mais dans une volonté de faire venir des capitaux plutôt que pour nourrir une réflexion autour du concept d’intérêt général » [2]. Et même si nous savons que, parfois, se met au service de plus pauvres, c’est à la condition de financer des programmes dont les effets sont visibles et quantifiables. Mais nous ne sommes pas tous obligés de nous comporter comme M. Ford qui se mit à fabriquer des voitures peu chères pour pouvoir les vendre à ses ouvriers… et augmenter ainsi ses profits sur leur dos !

Olivier Pety
Président de l’association Mas de Carles

[1] Cicéron, Catilinaire, I,1. Catilina (108-62 avt JC) est prêt à tout pour s’emparer du pouvoir. Dénoncé publiquement par Cicéron, il doit quitter Rome avec ses conjurés, avant d’être tué par les troupes romaines à Pistorium.

[2] Alexandre Lambelet, Alternatives Internationales (63), juin 2014, p. 62-63.