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« LA VIE EN EQUILIBRE »


EDITORIAL

Xénophobie, homophobie, insécurité, islamisme, terrorisme : de plus en plus, la culture de la peur élargit le domaine de son emprise sur les âmes.

Et cela commence tôt. Peur de n’être pas suffisamment ressemblant aux autres. Peur que la différence de l’autre ne soit une menace pour moi. Peur cultivée par quelques-uns du « grand remplacement ». Et peur de la peur mise en scène pour appâter le chaland, l’électeur, l’acheteur… Règne des lobbies en tous genres pour l’alimenter sans cesse. Et des populismes qui réduisent à rien l’intelligence et le courage pour assoir leurs refus.

Peurs donc. Et acquiescements aux discours qui promeuvent ces peurs : contre les musulmans qui veulent prendre notre place ; contre les gays qui menacent l’ordre immémorial familial ; contre les pauvres soupçonnés de piller la banque de la solidarité nationale, quand ils feraient mieux de trouver l’introuvable : un travail. A défaut, passer leurs jours à en chercher ; contre les migrants (victimes de guerres, de la faim, du changement climatique) qui pourraient troubler nos certitudes, mais dont la fuite éperdue (pour 65 millions d’entre eux) et la mort par centaines et milliers n’altère ni notre sommeil, ni notre sens des affaires : « Ce sont vos vacances. Pourquoi les partager ? » propose une publicité récente. L’indignité n’est pas toujours où l’on croit.

Comme un air de recul ! Comme un déni d’humanité ! Comme si nous avions oublié qu’il y a moins d’un siècle italiens, espagnols, français avaient connu des sorts identiques pour les mêmes raisons (guerres). Et que le salut n’était venu que de la solidarité offerte par beaucoup contre l’injustifié. Comme si la menace principale n’était précisément pas dans ce refus de solidarité.

Comme si la recherche de « l’union dans la différence » (Michel de Certeau) n’avait plus sa place dans un monde gouverné par le seul désir d’imposer son identité au mépris de celle des autres ; sa sécurité dans le déni de celle des autres. Mais quelles caméras de surveillance pourraient offrir la paix d’une reconnaissance mutuelle, voulue et recherchée ? Il semblerait que la peur de vivre ensemble si savamment exploitée dépasse de loin, ces temps-ci, l’avenir et la fécondité de nos compagnonnages. Désastre !

Ne nous y trompons pas. La logique des petits marquis qui enferme les autres dans la peur, la logique marchande néo-libérale ou la soumission à leur « ego » disproportionné est partout à l’œuvre. A Carles comme ailleurs. Et le combat n’est pas moins rude ici qu’ailleurs. Petits arrangements paranoïaques aidant.

Par-delà nos marchandages et les petits calculs de nos égoïsmes à courte vue, c’est peut-être le moment de nous redire les mots de F.D. Roosevelt (1882-1945) : « La seule chose que nous ayons à craindre est la crainte elle-même. » Ce que Frédéric Lenoir disait à sa manière : « Quand notre cœur est dans l’amour, il n’y a plus aucune peur… » Ne nous reste alors qu’à « redécouvrir que nous ne sommes qu’une parcelle de cette vie qui anime tout ce qui est. » [1] Nul d’entre nous ne devrait accepter de faire le deuil de cette petite certitude têtue. Heureusement les vacances sont là pour nous donner le temps de méditer cette invitation.

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1] Frédéric Lenoir, Cœur de cristal.