BIENVENUE

Pour visionner la dernière vidéo du Mas de Carles, cliquez sur le titre

« LA VIE EN EQUILIBRE »


EDITORIAL

Carles n’est pas un abri hors sol ! Journaux et télévision nous abreuvent de nouvelles peu sécurisantes et parfois source de débats entre nous. Outre la fragilité retrouvée de nos fonctionnements associatifs (financiers et politiques) face à certains « entrepreneurs du social » qui n’espèrent que leur propre accroissement (numérique et géographique), ce dernier trimestre nous a comblé. En peu de temps, il s’agissait d’affronter une prochaine probable crise financière mondiale et, dans le même temps, de savoir si nous pourrions prochainement habiter sur Mars alors qu’habiter notre planète la colore volontiers de ruines et de sang ; de fermer dare-dare nos frontières pour nous protéger de migrants que nous jugeons trop nombreux, au risque de les réduire à rien en les assignant à la boue de leurs campements improvisés, en les convoquant à notre mépris de leur humanité les envoyant à la mort (et révélant la part de mort qui nous habite) ; d’apprendre à nous méfier de tous ceux qui ne nous ressemblent pas et/ou ne croient pas comme nous, avec les effets dévastateurs pour les hommes, les communautés et nos intelligences, sous prétexte de nous préserver d’un terrorisme dévastateur en beaucoup de lieux : Paris, Bruxelles, Tunisie, Turquie, Côte d’Ivoire, Nigéria, Somalie, Centre Afrique, Pakistan, Afghanistan, Burkina… Et le voile noir de Daech qui stérilise tout effort de rencontre et aveugle nos projets d’avenir communs ; et dans ce monde en déséquilibre voilà qu’on nous annonce la découverte de la fusion de deux trous noirs dans l’atmosphère, suggérant que nous ne savons à peu près rien de notre monde que nous malmenons si bien ( ! ), sinon que sa perpétuelle expansion nous révèle, avec l’absence de limites reconnues, l’immense fragilité du système et le renforcement de nos inquiétudes et de nos peurs, la justification meurtrière de nos paranoïa sociétales.

Retour à cette pièce jadis vue au festival d’Avignon, intitulée Dernières nouvelles de la peste : « Dieu fit la terre, mais la terre n’avait pas de soutien alors sous la terre il mit un ange. Mais l’ange n’avait pas de soutien, alors sous l’ange il mit un rocher de rubis. Mais le rocher n’avait pas de soutien, alors sous le rocher il mit un taureau. Mais le taureau n’avait pas de soutien, alors sous les pieds du taureau il mit le poisson appelé Bahamout et sous le poisson il mit de l’eau et sous l’eau l’obscurité. On ignore ce qu’il y a sous l’obscurité. » [1] Petit frisson… Et invitation en entrer en réflexion, pour ne pas offrir l’espace de notre humanité à la dévastation ambiante

Ce que nous tentons de vivre au Mas, malgré tout ce qui s’y oppose à l’extérieur comme à l’intérieur : « Le projet de l’association, par ses actions, propose de briser les solitudes en rapprochant les gens entre eux, en luttant contre l’individualisme et l’oisiveté, en rendant chaque résident acteurs du mieux vivre ensemble » (extrait de la Charte de vie au mas de Carles). Comme l’écrit Bertrand Picard : « La responsabilité n’est pas liée à la situation dont nous héritons mais à ce que nous allons en faire. »[2] C’est de cela que parle le projet associatif de la maison. Et ce à quoi nous sommes conviés à participer.

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1] Bernard Chartreux, Dernières nouvelles de la peste, Edilio, coll. Théâtrales, p. 95.

[2] Bertrand Picard, Changer d’altitude.