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Malgré le froid, malgré le vent l’arbre de Judée offre enfin ses exceptionnelles couleurs au regard de notre attente. De l’autre côté de la cour, le micocoulier, s’est couvert du vert tendre de ses premières feuilles. Un peu plus loin, les oliviers, déracinés puis replantés plus au large sur une nouvelle parcelle préparée par les apprentis de BE2A, se refont une santé sous haute surveillance, en vue des récoltes futures. Entre tous ceux-là, les cognassiers trop taillés l’an derniers ont repris la couleur pâle de leurs parures florales. Un peu partout, ailleurs, la garrigue déploie la symphonie inattendue des couleurs multiples de ses fleurs.
Nul calcul en tout cela, sinon le respect des espaces, du temps, des saisons et le vent, véhicule ordinaire des pollens : ensemble ils finissent toujours par produire ce qui attend sous l’écorce nudifiée par l’hiver. Le froid, le gel, la pierre qui affleure et l’eau trop rare n’y peuvent rien : « Je crois que même si les dieux incendiaient le monde, il en resterait toujours une braise pour refleurir en rose dans l’inconnu. 1 »
Pourquoi l’homme échapperait-il à cette logique de nature ? Cela appelle deux remarques.
Avec Alfred Dittgen, on ne peut que se redire que « plus on se rapproche de l’humain, moins c’est quantifiable », comme le disait ce démographe, animateur d’une association pour développer un espace de réflexion et d’échange sur l’usage du nombre dans les débats de société 2.
Et c’est sans doute ce qui rend difficile la juste appréciation de ce qui se passe au mas comme en de multiples autres lieux qui lui ressemblent, en matière d’accueil et d’accompagnement. Comme le printemps qui travaille et habille dame nature, la vie ici prend son temps avec certains, son temps et la liberté de fleurir en bouquets imprévus. Attendre encore et ne rien forcer, sinon le respect du rythme de chacun. Pari un peu fou au regard des exigences et des décrets d’insertion formulés de manière parfois abrupte au nom de l’utilité sociale des uns et des autres. Dans ma tête, je retourne à ces longues promenades en montagne et repense à la question que je me posais alors, de l’utilité de ces plantes qui fleurissent sur les sommets, pour le seul promeneur qui s’y risque. Folie et générosité incongrue de la montagne.
Quand on constate l’interaction des éléments de nature entre eux, peut-on ne pas se demander, avec Bernard Eme 3, « si l’individualisation des parcours d’insertion n’est pas (devenue) un leurre. Elle demande trop de moyens (à la collectivité comme à la personne) pour pouvoir être mise en œuvre de manière appropriée et efficace ». Après le temps, c’est la grammaire de cette conjugaison qui affranchit de l’infertilité, promeut la fécondité et fait naître.
Le lieu à vivre ne se veut rien d’autre que ce lieu de maturation active pour que chacun, à son rythme, puisse y trouver un lieu où se poser, la chance d’espérer à nouveau dans l’exercice d’une présence active et responsable, l’occasion de rebondir pour celles et ceux qui y auront retrouvé tout ou partie de leurs moyens
Olivier Pety
Président Association Mas de Carles
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