Ici, un adolescent déclare : « Facebook c’est bien : ça permet d’exister ! » Là, un acteur connu livre ses petits secrets de vie : « Je suis plutôt espadrilles ! » Ailleurs, cette femme d’un champion sportif français parle de son mari : « Le plus beau cadeau qu’il m’ait fait ? La voiture de mes rêves, une Lotus Elise ». C’était juste avant son mariage.
Pendant ce temps, Jeux Olympiques pour tous. Sympa, mais réduisant les bruits du monde (crimes, guerres, faim, tueries diverses, crise, feux d’été, racisme mortel) « à la fanfare des hymnes » (Pierre Marcelle).
Pendant ce temps, des Roms sont chassés d’un campement d’Hellemmes (dans le Nord). Sans qu’on se préoccupe de savoir où ils iront avec leurs enfants en bas âge, ni si les plus grands pourront retrouver une école. Rassurons-nous : les animaux de leur mini-ferme ont, eux, tous été relogés par la Ligue de protection des animaux1. Puisqu’on vous dit que tout va bien !
Pendant ce temps, l’Europe compte deux millions de chômeurs en plus en un an et totalise 25 millions de sans emploi. En France, l’INSEE annonce que le nombre de personne en situation de pauvreté à progressé de 500 000 en un an : 14,1% des Français vivaient sous le seuil de pauvreté en 2010 (contre 13% en 2009)2.
En Afrique du Sud, fusillade de la police sur les mineurs en grève de la mine Marikana. 34 morts. 270 autres, arrêtés à cette occasion, sont accusés de leur meurtre… avant d’être relâchés ! En septembre, entre la Turquie et la Grèce, 58 migrants (originaires de Syrie et d’Irak) meurent noyés. Au Pakistan une fillette est faussement accusée d’avoir brûlé des textes du Coran par des musulmans avides de récupérer les terres et les biens des chrétiens. La loi du plus fort (le plus riche ou le plus violent) s’applique partout : voilà ces convertis qui confondent défense de Dieu et meurtre des opposants à leur idéologie ; voici tous ceux qui piétinent (au nom de diverses sécurités) la réalité d’une fraternité au nom d’une égalité formelle de traitement… Métamorphose négative à la Kafka. Chacun sait bien, pourtant, que cette fraternité ne se construit que dans les multiples petits gestes d’une proximité assumée ! Et qu’une réglementation de plus ne sera qu’une excuse pour ne pas aller au-delà. Est-ce là le chemin d’humanité tracé pour nous ? Relire l’histoire du Samaritain3… « Depuis si longtemps que les familles, les présidents, les médias vous disent ce que vous êtes et ce que vous devez faire pour être ce que vous êtes ! Ne cédez pas au besoin qu’on a de vous. Là est le piège. »4 Comme pour nous le rappeler, un quotidien bat le rappel de ces animaux protégés qui bouleversent nos plans : l’outarde canepetière dont la protection met en cause le Pôle Pégase (sur l’aéroport d’Avignon), l’escargot de Quimper qui fait capoter la construction d’un centre de formation de football, le triton marbré qui ralentit le TGV Tours-Brest, le scarabée pique-prune qui a faillit empêcher la construction de l’autoroute A 28 !5 Plaise au ciel que l’on prenne autant de précaution avec les femmes et les hommes de notre temps ! Mais il semble que la rigueur de certains dispositifs (sociaux, politiques, sécuritaires, hygiéniques, bancaires) s’épargne assez facilement le « détour » par la réalité de vie des hommes. Allons, encore un effort ! Pour nous souvenir que la reconnaissance de l’humanité des autres est celle de notre propre humanité.
Olivier Pety
Président de l’association Mas de Carles
