Homélie de Noël

Noël 2016 :

« Resurgis, resurgis, mets-toi debout… ! »

(Isaïe 51,17)

Des bombes. Des morts par milliers. Des exils multipliés. Des refus d’accueillir avec toutes les mauvaises raisons qui vont avec pour les justifier. La parole d’Isaïe est plus que jamais toujours bien d’actualité ! Et dans le même temps, nous fêtons Noël, le jour du renouveau ! Et son invitation à la paix aux hommes et entre les hommes.

Noël ! Ce temps où nous avons pris l’habitude d’exposer l’enfant de la crèche, comme une sorte de protection magique. Mais aussi comme le temps d’un doute essentiel :

pour nous dire que confier l’avenir à un enfant n’est pas très sérieux au regard de notre monde si occupé de choses si sérieuses. Alors peut-être un temps pour nous dire que rien de la paix espérée ne viendra si nous ne prenons pas en charge l’enfant de Noël. Celui que Dieu nous offre comme une chance pour nos vies, une grâce comme on dit dans nos églises ! Comme une invitation à lutter en nous contre tout ce qui fait mal à notre vie. Comme l’espérance vive que s’écroule les murs de mort que nous avons si savamment érigés : l’argent roi, la volonté de puissance, les fausses religions qui tuent ceux qui les dérangent… Un temps pour réaliser qu’il ne suffit pas de se débarrasser de ceux qui nous gênent pour croire que la paix est là. Qu’il ne s’agit pas de protéger les filets de nos égoïsmes, mais d’imaginer avec les autres un monde à vivre ensemble, contre les violences qui nous habitent si naturellement (ce que nous a rappelé la lettre de Paul).

Noël pour nous rappeler que nous sommes responsables les uns des autres. Que c’est bien ce que Dieu vient nous dire dans l’incarnation de son Verbe en se rendant solidaire de nous tous. Car le Fils n’est pas donné pour faire le travail de la paix à notre place, il « nous est donné » (première lecture) pour dynamiser la vie, ensemble. Pour témoigner et mettre en œuvre le dessein bienveillant de Dieu envers tout homme (deuxième lecture) par le choix pour nos propres vies de ce qui fait vivre dans le respect de l’autre.

Et il ne s’agit pas de rêver, mais de s’inscrire dans l’actualité du monde. Une actualité déjà marquée au temps d’Isaïe par la peur de l’invasion de l’ennemi assyrien, dont la capitale est l’antique Ninive (à côté de Mossoul, aujourd’hui). Une actualité marquée au temps de la naissance de Jésus par une grande migration forcée des peuples de Palestine, parce qu’un empereur voulait faire le compte de ce qu’il croyait lui appartenir. Une actualité marquée aujourd’hui par les violences, les morts, les attentats que savons tous : « Noël, c’est ouvrir les yeux et écouter… Notre terre, c’est le Royaume, c’est le cœur de l’homme » raconte ce prêtre à ses paroissiens rescapés de Mossoul. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de s’enfermer dans la fuite et la plainte de notre supposée impuissance. Il nous faut peut-être juste nous souvenir que ce sont les bergers, les sans droits de l’époque (évangile) qui annoncent que la vie ne s’arrête pas avec le compte des biens que nous possédons, ni avec nos capacités à consommer, ni avec nos titres et nos autorisations de séjour. C’est bien ceux-là qui appellent tous et chacun à entrer dans la lumière de Dieu pour notre monde : « Ce n’est pas en donnant l’image de la fermeture que l’on transforme l’autre en ami » (Georges Pontier). C’est en entrant ensemble dans la lumière de la paix. Peut-être un peu ce qu’a tenté l’ONU la nuit dernière en votant une résolution contre la poursuite de la colonisation illégale des terres de la Palestine…pour nous dire que c’est Jésus qui vient coloniser nos terres, pas l’inverse, « comme une déclaration d’amour faite à l’humanité » ! Et c’est bien là qu’est notre espérance. Que c’est bien ce à quoi nous sommes appelés Ces jours-ci encore, à travers la grave question des migrants et des pauvres de nos sociétés, par exemple.

OP – 24.12.2016

Je ne pense plus voyager

D’une radicalité à l’autre. Voici un petit livre signé François Sureau, racontant l’itinéraire de Charles de Foucauld (1858-1916). Itinéraire d’un homme engagé dans un compagnonnage long avec des tribus d’Afrique du Nord que tous, autour de lui, considéraient comme des ennemis. Lui, prendra tout son temps pour recueillir poèmes et mots de leur langue : c’est par là que commence la reconnaissance de l’autre. Itinéraire d’un homme totalement donné à l’évangile, « compagnon de ce Dieu longtemps caché » à Nazareth, mais que l’institution aura du mal à reconnaître comme exemple de foi. La soif de la pauvreté l’emportera sur tout autre sentiment : « Nous sommes pauvres pour des riches, mais pas pauvres comme l’était Notre Seigneur, mais pas pauvres comme je l’étais au Maroc, mais pas pauvres comme saint François… »

Auteur: Jean Viard,
Editeur: NRF / Gallimard, 2016

POUR MEDITER

La fente

Un jour, un roi se fit bâtir un palais de pierres précieuses assez rares et d’assez haut prix pour amaigrir ses coffres forts de quelques millions de dinars. On le décora de statues, de soleils d’or, d’aubes de marbres, de baignoires pharaoniques et de célestes reposoirs. Bref on fit tout pour que ce lieu ébahisse les chroniqueurs et les écrivains d’épopées. Au soir de l’inauguration, ce roi invita ses poètes, ses philosophes et ses devins à s’asseoir aux pieds de son trône.

« Ami », leur dit-il, « parlez franc. Manque-t-il ici quelque chose ? Cet incomparable palais satisfait-il vos exigences de subtile et pure beauté ? Bref, en un mot, est-il parfait ? »

Tous répondirent : « Sire, il l’est. Il est ce que ne fut jamais une demeure en ce bas monde : le monument des monuments ! »

« Seigneur, je ne suis pas d’accord », grogna un vieil ami de Dieu, dans sa barbe philosophale.

On en resta interloqué. On se tourna la bouche bée vers le sage perturbateur. « Ce palais est fendu », dit encore le vieux. « Il est certes si beau que le jardin d’Eden ressemble auprès de lui au potager d’un singe. Hélas, je le redis, sa muraille est fendue. »

« Tu radotes », gronda le roi. « Fendu, ce mur ? Tu me berlures. Tu blasphème. Fendu ? Où donc ? »

« A cet endroit exact où l’ange de la Mort entre chez les vivants », lui répondit l’ascète. « Colmate si tu peux cette brèche invisible ou sinon, majesté, ton trône et ton palais ne seront bientôt plus qu’un songe évanoui. La mort fera de cet Eden un terrain vague offert aux vents. Rien ne dure, ici-bas. Tout passe. Tiens ferme ton cheval d’orgueil, la vie t’échapperas bientôt. Les loups viendront dans ton château. Qui te flatte ne t’aime pas. Malheur à toi si tu l’ignores ! Moi, j’ai dit ce que je devais. »

Henri Gougaud

Contes des sages soufis,

Seuil, 2004, p. 153.

Les Cahiers du Mas de Carles N°9

Mots croisés : Carles en cinquante mots.

Depuis quelques mois, voire deux ans, nous préparions une sorte de lexique carlien : des mots pour dire quelques-unes des réalités de la vie à Carles. Après « abécédaire » nous avions fini par l’appeler « mors croisés ». Plus de 250 mots à se suivre et à tenter de faire comprendre Carles et ses habitants ; 250 mots pour rappeler à chacun ses engagements et ses obligations. Sans doute illisible pour beaucoup. Alors est venu le temps de raccourcir et de proposer « le Mas de Carles en cinquante mots ». Petit combat pour se mettre d’accord sur ce chiffre, trier et choisir les « élus » jusqu’au chiffre fatidique de cinquante. Cela a débouché sur une belle petite édition (grâce à un généreux donateur et à l’efficacité de notre éditeur habituel), agréable et bien conçue dont chacun espère ici qu’elle donnera envie de lire à celles et ceux qui l’auront en main. Merci à ceux qui ont contribué à cette mouture [1]… et rappel que la grande édition n’est pas encore close. On peut encore proposer son mot (avec un peu de contenu).

[1] Mots croisés : le mas de Carles en 50 mots, Les cahiers du mas de Carles n° 9, Cardère éditeur, sept. 2016.

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LA VIE AU MAS

Tracto-vole ! Réveil étonné des chevriers partis pour la traite matinale : comme si un des engins de chantiers de BE2A avait disparu dans la nuit ! C’est bien ce qui était arrivé : au très petit matin, quelques individus sont venus s’emparer de la tractopelle qui servait à l’entrainement des stagiaires de Guy. Fenêtre du bureau démontée pour chercher les clefs : ça sentait la vieille connaissance des lieux. Personne n’a rien entendu, alors que l’engin a dû traverser une bonne partie de la propriété, quelques traces d’un godet maintenu trop bas témoignant du chemin parcouru ! Ce n’est pas la première fois que l’on vole ici, mais bien la première fois qu’on fait main basse sur du si gros matériel.


Les jeunes de l’aumônerie de Cagnes sur mer sont venus partager un peu de notre temps et de notre vie durant une semaine. Le matin participation aux travaux des champs : récolte des légumes, principalement et participation à la réparation du mur de la cour… mais après dix heures du matin, la chaleur sous les serres et ailleurs leur ôtait un peu de leur vivacité. Repas pris en commun et l’après-midi à visiter la ville et voir quelques spectacles. Ils ne l’avaient pas volé ! Merci à eux tous pour leur gentillesse et leurs coups de main.


Poulets… volent (ou plutôt volés). Il y a une grosse année, déjà, des poulets avaient disparus et une vingtaine d’autres avaient choisis de se suicider dans une brouette ! Nous avions été bien étonnés par ce sens de l’organisation de la part de ces gallinacés peu réputés pour leur qualité d’anticipation. Ce coup-ci, ce sont près d%9

DITS

« Les démagogues sont des personnes intelligentes qui s’expriment sur le registre de l’imaginaire, des peurs et des fantasmes. En répandant leurs fausses idées, ils répondent aux inquiétudes d’une partie de la population d’autant plus prête à entendre ces discours qu’elle ne veut pas être détrompée. Car il existe une forme de vulnérabilité de l’opinion publique en période de crise… Les difficultés qu’ils rencontrent ont tendance à les rendre moins solidaristes, ce qui constitue un terreau fertile pour les propos démagogiques… »

Jérôme Vignon

Le Jas – Septembre 2016, p. 15.


Un avant-goût de votre lecture de « Mots croisés », avec le mot Combat. « Examiner nos pratiques à la lumière des droits de l’homme. Pour que nous ne devenions pas, simplement, l’autre nom de la seconde ou de la troisième vitesse de notre société. François de La Rochefoucauld-Liancourt (1747-1827), duc de son état, conviait sereinement à cet examen, bien avant l’abbé Pierre : “On a toujours pensé à faire la charité aux pauvres et jamais à faire valoir les droits de l’homme pauvre sur la société … La bienfaisance publique n’est pas une vertu compatissante, elle est un devoir, elle est la justice. Là où existe une classe d’homme sans subsistance, là existe une violation des droits de l’humanité.” A nous d’honorer cette requête. Il est vrai que l’affaire n’est pas sans danger si l’on se souvient que La Rochefoucauld fut déchu de toutes ses fonctions en raison de la liberté de ses opinions. [1]

Nous souhaitons que cesse la comédie qui finit par considérer que la pauvreté et la précarité ne s’énoncent plus comme la conséquence de choix politiques mais comme un simple fait comptable (Catherine Hersberg). Il est loin le temps où un candidat à l’élection présidentielle (2007) osait déclarer : « Si on n’est pas choqué quand quelqu’un n’a plus de toit, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause. »

« Jeter bas l’existence laidement accumulée et retrouver le regard qui l’aima assez à son début pour en étaler le fondement. Ce qui me reste à vivre est dans cet assaut, dans ce frisson. »

René Char, Vallée close

[1] Rapport moral, AG du 3 avril 1997.

AUJOURD’HUI

Les chiffres de l’accueil…

Au 30 septembre, 69 personnes différentes ont été accueillies au mas, pour 82 actions.

53 ont été hébergées (45 dans le « lieu à vivre » pour 10.661 journées et 8 en urgence pour 111 journées) ; 26 ont bénéficié d’un accompagnement d’insertion (9 en ACI pour 3.120 h et 17 sur le chantier pour 11.830 h). 33 personnes relevaient du RSA, 10 de l’AAH, 12 touchaient une pension.

17.307  repas ont été servis.

… et de vos dons

Vos dons ont représenté 11,6% de nos recettes. Si on y ajoute le produit de nos ventes (11,1%) la participation des résidents (6,2%). Au total, c’est 28,9% de nos recettes.

Un immense merci à tou(te)s qui nous permettez ainsi de traverser la crise et nous donnez une peu d’indépendance pour poursuivre la mise en œuvre de nos intuitions d’accueil.