EDITORIAL

Le 30 octobre, dans la chapelle et la prière des Religieuses de l’Assomption, nous avons accompagné le dernier voyage d’Olivier Le Gendre. Grand frère en écriture, nous nous étions accueillis chez Jacinthe pour préparer une Rencontre Joseph Persat. Il l’avait animée, en octobre 2008, sur le thème : « Exclusion sociale, spiritualité : question d’humanité ? »… Cela faisait suite à ma lecture de son livre Confession d’un cardinal. Je découvrirai à cette occasion que sa présence à la réalité de Carles était beaucoup plus ancienne, puisqu’avec Anne, sa femme, ils venaient régulièrement dans une propriété proche du mas. Au cours de cette rencontre, Il nous offrait alors trois pistes en guise de conclusion, dont celle-ci : « Le pauvre me transforme plus que je ne le transforme. La pauvreté est l’endroit de ce rendez-vous. L’acceptation de la rencontre, avec sa vulnérabilité et sa faiblesse, est souvent un moment où il se passe… quelque chose qui nous dépasse… Souvenez-vous, pour ceux qui parmi vous sont chrétiens : « Non, jamais tu ne me laveras les pieds ! » Et l’Autre lui dit : « Excuse-moi, c’est à genoux que ça se passe. »[1] Comment oublier ? Lire la suite

Notre foi en l’humain, Maurice Bellet

Auteur : Maurice Bellet
Editeur : Bayard, 2014
Prix : 13

Un tout petit livre (petit format, 85 pages), mais fort :

« Cette foi est relation et cette relation n’est réelle que si elle est actuelle, non par une image mais par une présence ; et c’est la présence de l’autre humain mon proche. Croire en lui, c’est percevoir en autrui qu’il y a en lui ce qui me permet de quitter en moi la violence », écrit-il, entre autre, p. 62. A lire et à méditer sans modération en nos temps où la présence de l’autre et de l’étranger suscite tant de méfiance et de refus, tant de manière privée qu’institutionnelle, simplement pour « que l’être humain soit joie pour son semblable, parce qu’il est digne d’être aimé » (p.47). Le même avait déjà écrit, quelques années auparavant : « Qu’est-ce qui nous reste ? Qu’est-ce qui reste quand il ne reste rien ? Ceci : que nous soyons humains envers les humains, qu’entre nous demeure l’entre-nous qui nous fait hommes. Car si cela venait à manquer, nous tomberions dans l’abîme… »[1]

[1] Maurice Bellet, Incipit ou le commencement, DDB, 1992, p. 8.

POUR MEDITER

____________________________

 

Alors je suis, je suis ? Le rire, bien sûr !

__________________________________

 

A la « une » dans le journal : « Un nouveau-né trouvé dans une étable, la police s’est rendue sur les lieux. Un menuisier et une mineure (vraisemblablement la mère) ont été mis en garde à vue.

Hier les autorités ont été avisées par un citoyen de la banlieue de Bethléem qu’une jeune famille s’était installée dans son étable sans son autorisation, en plein nuit, gênant ainsi le repos de ses bêtes, un pauvre âne, un bœuf et quelques moutons. La jeune femme avait accouché toute seule, avec l’aide de son compagnon.

A son arrivée sur les lieux, la police a découvert un nouveau-né à peine enveloppé dans des morceaux de tissu et dormant sur une litière de paille. Un homme, identifié plus tard, Joseph H., (menuisier à Nazareth), s’est opposé à ce que les autorités emmènent l’enfant afin de le mettre en lieu sûr. Il y a eu dispute. Il était aidé de plusieurs bergers ainsi que de trois étrangers non-identifiés. Les trois étrangers sans papiers, se présentant comme mages dans leur pays, ont été arrêtés. Le ministère de l’Intérieur s’interroge sur l’origine de ces trois hommes, deux  blancs et un noir, venus sur des chameaux, ce qui semblerait confirmer leur origine arabe. Le préfet a confirmé qu’ils n’avaient pas de papiers d’identité mais qu’ils détenaient de l’or ainsi que des produits suspects. Ils prétendent que, dans un songe, Dieu lui-même (rien que ça !) leur a dit de ne pas répondre aux questions. Les produits suspects ont été envoyés au laboratoire pour analyse. Le lieu où le nouveau-né se trouve actuellement n’a pas été communiqué.

D’après le service social en charge de l’affaire, le père avoisinerait la cinquantaine tandis que la mère n’est certainement pas majeure. On vérifie pour le moment la relation entre les deux. La mère se trouve pour l’instant à l’hôpital universitaire de Bethléem pour des examens médicaux et psychiatriques. Elle prétend être encore vierge (!) et affirme que le bébé vient de Dieu. Ça continue !

Si son état mental le permet, elle sera mise en examen pour non-assistance à personne en danger. « Ces gens doivent être considérés comme dangereux », estime le Chef du service Psychiatrique, d’autant plus qu’ils prétendent être investis par Dieu car, avec le froid de la saison, la vie du nouveau-né était menacée. La consommation de drogues, probablement amenées par les trois étrangers, doit sans doute être prise en compte dans cette affaire. Des prises de sang ont d’ailleurs été faites. »

 Aux dernières nouvelles, on apprend que les bergers présents sur les lieux affirment avoir vu un grand homme, tout de blanc vêtu, qui leur a ordonné de se rendre à l’étable, avant de s’envoler. Du délire ! On n’a pas retrouvé de bouteille d’alcool à proximité, ni de poudre. Affaire à suivre…. »

Je@n

LA VIE AU MAS

7ème rencontre Joseph Persat.

La 7ème rencontre Joseph Persat a réuni une soixantaine de personnes dont quelques « nouvelles » (c’est-à-dire pas des habituées) que nous avons été ravis d’accueillir. Le thème proposé était : « C’est quoi la vie ? Accroché, décroché, raccroché ? »

Philippe Demeestère, notre conférencier et néanmoins jésuite, c’est d’abord un foisonnement de paroles, un langage particulièrement incarné dont témoigne le livre qui a suscité la demande d’intervention que nous avons adressée) et une relative distanciation dans la forme : bref, le tout nous a quelque peu bousculés. Mais il nous avait prévenu : « à l’image de Christophe Colomb entreprenant son voyage vers l’Inde (avec l’issue que l’on connaît), c’est vous mon continent et vous ne me trouverez peut-être pas où vous m’attendez. C’est un risque que vous avez pris. » Lire la suite

DITS

Interview de Niall Ferguson, historien, qui énumère les six « idées » qui ont permis la domination de l’Europe : concurrence, disposition à la révolution scientifique, démocratie représentative, médecine, consommation, éthique du travail. A la question de savoir ce qu’il en est de la protection des plus faibles, il répond : « Comme la démographie, l’Etat-Providence a été un moment au cœur du modèle européen. Mais, au XXIème siècle, c’est un luxe que l’Occident ne peut plus s’offrir et à fortiori exporter. » (L’OBS, 2613, 04.12.2014).

La même revue signale, quelques jours après, que le nombre de milliardaires a battu un record : ils sont 2.325, soit 7% de plus qu’en 2013 (selon la banque UBS). La crise n’est pas la même pour tous.

Petites pensées méditatives. Celle relayée par notre bon JSB : « L’être humain est né pour être aimé et les biens matériels, fabriqués pour être utilisés. Si le monde est à l’envers, c’est parce que les biens matériels sont aimés et les humains utilisés. »

Et cette autre (merci Jo) qui nous renvoie à Eugène Guillevic (1907-1997) : « Suppose / Que le jour et la nuit / Confondent leurs horaires / Et que je te demande / De m’aider à trouver / Comment faire un matin / Quand il n’y en a pas. »

A chacun d’y trouver sa part de joie.