La fin de l’hospitalité

Nous avons déjà évoqué ici le philosophe Guillaume Le Blanc. Avec Fabienne Brugère (autre philosophe) tous deux s’interrogent sur l’hospitalité et son apparente dissolution dans nos protections individuelles. De l’Antiquité à aujourd’hui (avec ses camps de Lampedusa, Lesbos, Calais) ils refont le chemin qui nous mène à la rencontre et à l’accueil de l’autre, sous le regard des Anciens jusqu’à Derrida et sous l’œil d’un Kant : « La terre étant sphérique, les hommes ne peuvent pas s’y disperser à l’infini, mais ils doivent finalement supporter la promiscuité, personne n’ayant originellement plus de droit qu’un autre à être à un endroit de la terre. »

Auteur: Guillaume Le Blanc, Fabienne Brugère
Editeur: Flammarion, 2017
Prix: 18 €

 

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POUR MEDITER 

« Une coutume populaire assez vivace en Amérique Latine, en Bolivie notamment, veut que le 24 décembre après les douze coups de minuit, la messe dite et les enfants au lit, les adultes déjà bien chambrés se mettent devant la crèche en interpellant ou même en injuriant l’Enfant-Dieu sur les malheurs du temps… ‘Dis-moi, pourquoi ce salaud de propriétaire m’a volé ma terre ? » « Pourquoi dois-je me prostituer pour élever mon enfant ? » « Pourquoi mon frère reste-t-il en prison ? » « Pourquoi me fais-tu cueillir ces feuilles de coca à longueur de journée, sous une chaleur étouffante ? » Ruth, la Bolivienne qui me raconte cette histoire s’empresse d’ajouter que, d’après la tradition, à cette heure-là, l’Enfant jésus dort profondément. Pas de danger, donc, de froisser ses trop jeunes oreilles ! 

Et si le Dieu que les chrétiens attendent à Noël venait précisément pour entendre ces cris : les cris de son peuple déboussolé, affamé, en recherche d’une terre… ? Pour entendre les cris de tous les sans-abri, sans-papiers, sans-travail, sans succès, sans respect, en prison ? N’est-ce pas par cette ouverture-là, à travers cette chair à vif que la « grâce de Dieu s’est manifestée » ? N’est-ce pas par cette ouverture-là, à travers la faille d’une crèche, que le cri de Dieu s’est mêlé à celui des hommes ? »

D’après Gabriel Ringlet

Eloge de la fragilité, Albin Michel, 2004, p. 44ss.

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Adhérer à l’Association Mas de Carles

Téléchargez : Bulletin d’adhésion-2018 et pouvoir

ANNEE 2018.

Tous les adhérents à jour de leur cotisation 2018 seront convoqués prochainement à l’assemblé générale 2017 qui se tiendra le mercredi 11avril 2018 à 17 heures au Mas de Carles.

 Cotisation de base, année 2018 : 15 € 

 Cotisation de soutien, année 2018 : 50 €      

La part supérieure à 15 € sera considérée comme un don et fera l’objet d’un reçu fiscal.

A titre d’exemple un don de 100 € = 75 € d’économie d’impôt. Son coût réel n’est que de 25 €.

 

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LA VIE AU MAS

Initiation informatique. Résident au Mas de Carles, je suis demandeur d’emploi. En attendant une offre d’embauche j’y exerce l’activité de l’entretien du bâtiment. À la suite d’une information donnée en Octobre 2016, j’ai profité d’une initiation informatique proposée par l’association « Garder le Contact ».

J’étais entièrement novice en ce domaine. Maniement de la souris, maîtrise du clavier, explorateur du fichier, premiers pas sur l’internet : après quatre premiers mois d’initiation (à raison d’une heure et demi par semaine), je me suis fait ouvrir une adresse mail par Pôle Emploi. Avec cette adresse mail je reçois maintenant les offres d’emploi par l’abonnement au Pôle emploi.

Dans la foulée de cette initiation de base, j’ai profité de la présence des animateurs, pour avoir une petite formation sur l’application Excel et une formation sur Word, par le biais d’un organisme d’Avignon.

Grâce à ces formations, j’ai enrichi mon CV d’un nouveau savoir qui m’ouvre des portes pour mon avenir.

Je trouve dommage que peu de résidents du mas aient profité de cette initiation. (Pascal).

Un confiturier au mas. Triple champion du monde de la discipline, Philippe Gardette est venu poser marmites et spatules dans notre cuisine, le 18 novembre. Sa bonne humeur gourmande a envahi les papilles réceptives des résidents. Riche en conseils gastronomiques, cette journée va porter des fruits et mettre en en ébullition nos marmitons en herbe qui vont pouvoir continuer à s’améliorer et à se lancer de nouveaux défis confituriers.                              (Joël) Continuer la lecture de « LA VIE AU MAS »

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DITS

« Il y a une fin de cycle pour la social-démocratie, qui s’est sabordée en acceptant sa financiarisation, en composant avec les banques, face auxquelles elle s’est finalement retrouvée pieds et poings liés. C’est un pacte faustien… »

(Yánis Varouflákis).


« Que se passe-t-il depuis quelques années ? (…) Une certaine identité catalane, écossaise, britannique, française, allemande, autrichienne, hongroise, etc. se sent menacée partout où elle se retrouve mélangée à d’autres. Elle perçoit l’altérité comme une altération. Elle considère la vie avec d’autres non pas comme un enrichissement, mais comme perte de soi… Elle se persuade peu à peu que l’immigré, le migrant sont des envahisseurs, que ses propres concitoyens d’une région plus pauvre sont des assistés, que l’Etat national est un vampire qui boit le sang de ses provinces, que l’Europe est le grand bain dissolvant du génie et de la liberté des peuples. Cette identité acquiert alors la certitude farouche et paniquée que, pour se retrouver elle-même, elle doit d’urgence se séparer, sortir de la nation ou mettre ses étrangers dehors… Il me semble qu’il y a là beaucoup d’illusion et de danger… »

Abdennour Bidar

Nouvel Obs (2762), 12.10.2017


« Cyril Gouffe, neuropsychologue et membre de la Chaire Talents de la Transformation digitale à l’École de Management de Grenoble vient de réaliser une étude sur l’impact des pauses au travail… Il en ressort de manière claire que tous ont manifesté une attention plus soutenue dans des groupes ayant respecté une pause de soixante secondes tous les quarts d’heure, contrairement à leurs collègues qui n’en bénéficiaient pas. Ces recherches ont mis à jour des modes de fonctionnement différents du cerveau, parmi lesquels un mode par défaut où un ensemble de neurones s’active quand on ne fait rien. » J’en connais quelques-uns à qui il ne faudrait peut-être pas trop le répéter !

Golias Hebdo (502), nov. 2017.


 « On a d’un côté des technologies (numériques) « propriétaires » qui vont vite, financées par l’argent public et de l’autre des outils « open source » qui demandent du temps et sont pour le moment plus fragiles… C’est un déséquilibre dangereux : peut-on confier la démocratie uniquement à des acteurs marchands ? »

Clément Mabi

Libération du 8 décembre 2017


8 janvier 1995 – 8 janvier 2018 : voilà 23 ans que Joseph est mort. Un salut à l’inventeur du mas. Une grande reconnaissance à lui  pour avoir ouvert à tant de monde les portes de sa « maison » et permis l’accès à ses chemins vers l’autre plus pauvre.

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Des chiffres !

Les chiffres de l’accueil…

Au 31 décembre 2017, 94 personnes différentes ont été accueillies au Mas. 71 personnes en hébergement : 40 dans le Lieu à Vivre ’11.980 journées), 16 en pension de famille (4.600 jours), 15 en accueil immédiat (778 nuitées) ; 26 personnes dans le cadre de l’insertion économique : 6 en ACI (2847 h) et 20 en contrat CDDI (17.112 h).

31 personnes relevaient du RSA, 20 émargeaient à AAH, 6 à l’ASS et 11 touchaient une retraite ou une pension.

25.622 repas ont été servis cette année, dont 6.875 ce 4ème trimestre. En tout cela a représenté 1.731 repas de plus que l’an dernier !

… et de vos dons

Au 31 décembre 2017, vos dons ont représenté 11,4% des recettes de l’association. Ajoutés à cela 13,7% pour les ventes de produits maison, 5,3% de participation des résidents et pension de famille, 0,3% en cotisations associatives. Soit, en tout, cette année c’est 30,7% du budget qui sont ainsi abondés par l’association grâce à vos dons et à ses activités.

Un immense merci à vous tou(te)s qui nous permettez ainsi de traverser la crise et d’offrir aux personnes un espace de vie plus assuré pour eux.

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Lettre 87

Cliquez ici pour lire l’intégralité de la Lettre 87

EDITORIAL

Égalité

On parle beaucoup d’égalité, ces temps-ci. C’est même un des objectifs du quinquennat.  Pour dire que nul n’a le droit de violer la vie d’un autre. Pour l’instant on parle d’égalité homme/femme. Ce qui n’est déjà pas sans difficulté : « On sait faire avec l’égalité, mais alors on veut faire disparaître les différences ; ou bien on promeut la différence, mais alors on ne reconnaît plus l’égalité. »[1] Regard éclairant de Marie Balmary.

Poussons un peu. Au-delà de la volonté de rétablir une égalité de salaire, de respect mutuel, constatons qu’il y a des inégalités partout, que nous en soyons d’accord ou non : grand/petit, gros/maigre, lent/rapide… L’essentiel n’est-il pas que chacun fasse entendre sa voix, comme dans une chorale ? Ensuite il y a des inégalités établies, comme de droit, par le refus de renoncer à la violence contre l’autre, individuelle, collective ou institutionnelle. A l’image de ces revendications de type nationalistes, revendiquant une supériorité qui instaure une inégalité contre les autres : loin de nous, les Rohingyas en savent quelque chose, mais beaucoup d’autres aussi que la Méditerranée, les maltraitances, certaines décisions politiques conduisent à la mort, physique, institutionnelle, civique mais toujours réelle pour les personnes. Plus loin encore, c’est la Chine qui rase les maisons des quartiers entiers de Pékin ou d’ailleurs, touchés par la grande pauvreté. Dont on s’aperçoit par après que des logements pour personnes plus aisées ont surgi à leur place. Cynisme et petits (ou grands) calculs.

L’Europe n’échappe pas à cette vague, ni la France. Pour s’en persuader, il suffit de lire le résultat de la récente rencontre entre le ministre de l’intérieur et les associations de lutte contre l’exclusion (qui ont claqué la porte). Voulant faire libérer des places pour les « SDF en situation régulière » (un nouveau concept social, sans doute)[2], le ministre a rallumé la guerre entre les pauvres. Certains n’ont donc pas droit à la même égalité ? Il semble que ce ministre a oublié de travailler à l’émergence d’une lutte pour l’égalité entre précaires. Et à l’analyse d’une situation qui fasse droit à l’égale humanité de tous. Ce que de précédents ministres de l’intérieur (2002-2007) n’avaient pas réussi à faire accepter aux divers responsables de structures convoqués par la préfecture du Gard : chacun à son tour s’était levé pour revendiquer son « objection de conscience » et quand tous se furent levés, les responsables avaient consentis, eux, à lever la séance. A nouveau la même prétention de « désanctuariser » nos lieux ? A nouveau, faudra-t-il nous lever encore pour faire respecter et défendre les moins chanceux ou les moins bien lotis de notre temps ? 

Regardons aussi cette inventivité diabolique mise au service du matériel urbain, pour lutter contre la présence des SDF sur nos banc, dans nos entrées de garage et ailleurs. Le malheur des uns pour faire le bonheur des autres ? Ce n’est rien d’autre que la logique de tous les colonialismes revendiquant une inégalité de droit pour mieux préserver ses avantages !

« Le plus pauvre le dit souvent : ce n’est pas d’avoir faim ou de ne pas savoir lire, ce n’est même pas d’être sans travail, qui est le pire malheur de l’homme. Le pire des malheurs c’est de se savoir compté pour nul au point où même vos souffrances sont ignorées. Le pire est le mépris de vos concitoyens… Le plus grand malheur de la pauvreté extrême, est d’être comme un mort vivant tout au long de son existence. » [3] Alors, peut-être, tenter de nous redire que « c’est dans l’accueil du faible que se trouve une réponse à la crise de civilisation que nous traversons. » Si, cette année, Noël voulait bien ne pas échapper à notre attention… !

Sinon tout va bien. Le dernier bébé Panda, baptisé par Brigitte Macron, s’appelle « accomplissement d’un rêve »[4].

Et une promesse de plus, une !

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1] Marie Balmary, Anne Le Gastelois, Ouvrir le livre : une lecture étonnée de la Bible.

[2] Il s’agirait de proposer que des équipes mobiles de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) « vérifie les identités des personnes bénéficiaires d’une place en centre d’hébergement. » (Journal Libération du 9/10 décembre 2017).

[3] Joseph Wresinski, Refuser la misère, Cerf, 2007, p. 221.

[4] La Provence du 5 décembre 2017.

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Homélie de Noël 2017

Noël 2017

Dans un monde dur, un enfant pour tout changer !

Jésus n’est pas venu dans un monde de douceur mais dans un monde où la dureté le partage à la violence.

L’empereur de Rome, César Auguste, compte sa fortune : les hommes en font partie et il n’hésite pas à les déplacer par milliers pour s’assurer de sa puissance.

C’est le « recensement de toute la terre » (Lc 2,1). Après l’Exode et l’Exil, c’est maintenant une émigration intérieure massive : sans doute pour mieux repérer ceux qui doivent payer l’impôt. Mais en recomptant les riches, César trouvera un pauvre de plus !

Hérode règne sans partage sur son royaume, sur la part de l’empire qu’Auguste lui a concédé pour assurer sa sérénité sur cette frontière. Les meurtres assurent sa puissance incontestée. Son goût de la jouissance fait le reste : il prend la femme d’un autre et réduit au silence ceux qui viennent contester cette manière de faire. Jean en fait les frais. Pour le reste, pas de trace d’un bureau d’état civil : sans doute Hérode a dû penser que pour enregistrer un pauvre de plus cela n’était pas vraiment nécessaire vu ce qu’il advenait des autres.

Comme partout dans l’empire, Rome maintient l’ordre en Palestine à coups de légions. Et une partie de la population, que l’on nomme zélotes, s’ingénie à perturber cette occupation par révoltes et petits massacres de l’occupant auxquels répondent la force brutale armée d’épées, de prisons et de croix. Comme au temp d’Isaïe [1]: le bâton du tyran, les bottes qui frappent le sol, les manteaux couverts de sang… Et ce sont souvent les plus pauvres, les plus affamés d’espoir qui paient « cash ». La Palestine est-elle réellement la seule dans ce cas ? Sans doute non. Lentement le monde s’est assoupi sous la pression de l’ordre romain : il paie l’impôt qui entretient une situation de mise sous tutelle généralisée… chacun devient vite un étranger sur sa propre terre.

A l’autre bout de l’échiquier politique, les pharisiens tiennent fermement les rênes du système religieux. Au départ (au milieu du IIème siècle avant notre ère), ils ne voulaient pas laisser au clergé l’exclusivité d’interpréter la Loi « dans le sens qui les arrange ». Ils ne feront pas mieux : ils finiront par penser à la place du peuple, à l’abri de l’enclos de leur sainte séparation, fiers d’eux-mêmes et décidés à ne pas perdre le pouvoir acquis. Cette pauvreté d’espérance les condamnera bientôt. Quitte à faire taire par le meurtre les voix discordantes : comme celle du prophète de Qumran, bien avant Jésus. Leur volonté de tenir compte des nouvelles conditions de vie devient vite une forme d’intégrisme et l’excuse d’une soumission à la volonté de l’occupant. 

Qu’y a-t-il de changé dans tout cela, aujourd’hui ?

Les déplacements de population n’ont guère cessé : Palestine, Irak, Syrie, Ethiopie… Et les migrants ne sont ni mieux ni plus accueillis que par le passé : combien d’enfants naissent dans la boue des camps d’hébergement ? Les empereurs et les roitelets du fric et du pouvoir se prennent toujours pour les puissants de ce monde et imposent leurs lois de riches (mêlant appât du gain et nationalismes) jusqu’à refuser les conséquences de choix qui mettent la planète en danger et la vie des plus pauvres à très rude épreuve quand ils ne sont pas réduits à la bestialité d’une survie jamais assurée. Et les pauvres continuent de subir un « joug » de plus en plus pesant [2]. Soumis ou révoltés ils sont encore le jeu d’enjeux qui ne les concernent pas ; les sujets de violences imposées comme celles imposées jadis à Marie et à Joseph par exemple (grossesse et recensement).    

Au milieu de tout cela, l’impuissance d’un enfant semble seule capable de convoquer Dieu au rendez-vous d’une humanité trop soucieuse de ses avoirs pour imaginer qu’Il ne se livrera jamais qu’aux plus pauvres.

Au milieu de tout cela, la fécondité inattendue d’une naissance impossible devient la marque d’un avenir à nouveau possible. Pas par magie. Par engagement dans la dynamique de cette fécondité qui vient renouveler un monde devenu tout à coup ancien : « car Dieu n’est jamais que dans le mouvement qui conduit à Lui. » [3] Et cette dynamique s’ouvre par la longue marche vers Bethléem, la ville du roi David, la maison du pain. L’histoire n’affirme rien de concret à ce sujet. Mais peut-être est-ce pour nous inviter à nourrir notre recherche, à faire de notre recherche du Pauvre le pain de notre vie ordinaire ! Le pain de Bethléem rejoint ici le pain de l’Exode : c’est Dieu qui pourvoit. Souvenons-nous de David (ce matin) et de ses velléités de construire sa maison à Dieu. Si Dieu pourvoit, il dépasse en tout nos perspectives.

Et les choses deviennent simples.

« Pas de place dans l’auberge… » de nos combinaisons et de nos petits calculs : et cela commence par l’abandon des certitudes de nos forces ou de ce que nous reconnaissons tel dans nos vies. N’est-ce pas ce que nous disons quand nous parlons de quelqu’un qu’il est sur la paille : n’est-ce pas pour dire qu’il est dans les inconforts de la nudité, sur l’autre rive de la vie « ordinaire » et pleine ? Dans le désert au-delà du Jourdain [4] ?

« Pas de place dans l’auberge… » de nos certitudes pour y étendre le domaine de la nuit dans nos vies. Alors Dieu peut venir, « à notre mesure, à notre faiblesse, à notre dimension et en notre temps : alors, la chair de notre humanité est définitivement la chair de Dieu. Désormais, tout ce qui blesse l’humanité blesse la chair de Dieu et l’humanité vivante devient la jubilation de Dieu. Nos paix, nos guerres, nos haines, nos amours, nos chutes, nos rêves et notre mort et nos avenirs tremblants sont à jamais la chair dans laquelle Dieu s’est incarné ! Ensemencés de Dieu de quoi aurions-nous crainte ? » [5]

Ne nous reste plus qu’à nous redire les mots adressés par Isaïe au peuple alors exilé, en esclavage à Babylone : « Resurgis, resurgis, mets-toi debout… ! » [6] Ne nous reste plus qu’à nous interroger : de quelle fécondité voulons-nous être les porteurs pour déplier notre humanité à hauteur de crèche et de naissance qui est la véritable hauteur de Dieu telle qu’annoncée aujourd’hui ? Cet enfant est le Verbe de Dieu. C’est donc un Verbe d’action. « Engendrer » en est bien un : engendrer la vie au cœur de notre histoire. « Reconnaître » aussi : reconnaître Dieu dans l’humain de tout humain. A chacun de compléter…

« Notre avenir ne réside pas dans l’espoir qu’on élimine tous ceux qui sont méchants, mais dans le fait de donner au plus grand nombre les moyens de vivre honnêtement, d’avoir des institutions qui respectent la vie sociale et l’entretiennent… Noël (c’est) Dieu (qui) vient au milieu de nous et en nous pour être le prince de la paix. Il vient faire la paix en nous. Pour moi, Noël, c’est vraiment la force de Dieu qui est là pour que la vie, la fraternité, l’amour les uns pour les autres l’emportent… Si vous sortez, la peur va diminuer, parce que vous aurez triomphé d’elle pour aller vers d’autres. »

Mgr Georges Pontier

OP – 24.12.2017

[1] Isaïe 9,1-6.

[2] Isaïe 9, 2.

[3] Jean Debruynne, Jésus, tome II, Desclée, 1987, p. 80.

[4] Luc 4,1 ; Mt 3,1 ;

[5] Albert Harj et Charles Singer, Chemin de Noël.

[6] Isaïe 51, 17.

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