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« LA VIE EN EQUILIBRE »


« On ne peut plus se taire ! »

Voici deux textes, sans suite logique. Pour proposer à tous deux réflexions en réaction aux événements qui nous touchent de près et posent de rudes questions à la très grande majorité des musulmans qui vivent en France (et sont le plus souvent français), tiraillés entre la peur d’être confondus avec ces pseudos religieux assassins sans foi ni loi, le prix que paient leurs frères en vie humaine et l’insécurité qui s’installe autour d’eux par la voix de certains (politiques ou groupuscules).

L’un de ces musulmans (parfaitement intégré), me disait dernièrement : « Il y a des endroits où je ne mets plus les pieds. »


 Un premier texte, à partir de la réaction d’un ami musulman à l’arrestation du patriarche Grec orthodoxe de Jérusalem, arrêté et détenu par l’armée d’Israël (Un texte retravaillé ensemble avec lui, parce que d’accord avec lui : ce n’est plus le moment du silence – OP).

« C’est comme les mosquées  détruites : chaque jour des musulmans subissent l’humiliation de l’occupant. Comme les musulmans, voila que les orthodoxes (et les chrétiens) subissent l’humiliation à leur tour, aussi, à travers l’arrestation de l’archevêque Hanna, de l’église du Saint Sépulcre à Jérusalem (message internet du 3 juillet 2015). Son tort : avoir manifesté pacifiquement par une marche avec une délégation internationale contre la « saisie illégale de l’hôpital palestinien et de l’enceinte de l’église » (Al-Baraka) au nord d’Hébron. Nous savons que cela ne date pas d’aujourd’hui, le tort n’étant ni d’être chrétien, ni d’être musulman mais palestinien. C’est tout le monde de la foi qui est concerné. Ce qu’avait déclaré l’archevêque : « Israël désire cacher la dimension chrétienne du problème palestinien et tente donc de présenter son occupation comme un conflit entre juifs et musulmans. Israël voudrait neutraliser les chrétiens et s’irrite face à l’accroissement des voix chrétiennes qui s’élèvent pour défendre la cause palestiniennes. » [1]

« Pourquoi ne pas proposer une marche pacifique (chrétiens et musulmans ensembles) pour exprimer  notre mécontentement. Pour demander que le gouvernement israélien cesse de piller la part de terre qui appartient aux palestiniens ; une terre qui est le berceau de la foi des croyants et non une terre où la peur s’est installée dans le cœur des gens : peur de représailles, des vexations et de la mort injustifiée. Une marche pour nous inviter à craindre Dieu, le seul, l’unique et pas l’homme qui est comme moi, comme toi, comme chacun d’entre nous. En finir avec la peur, la répression, la police, l’armée souveraine… Une marche ou tout autre geste symbolique fort. Sans attendre, certains ont déjà décidé d’un boycott des produits vendu par Israël mais produit sur des terres palestiniennes annexées.

Il faut nous mobiliser, trouver un moyen d’expression pour leur montrer que des voix en France se manifestent contre l’injustice faite à l’homme ; pour redire que les droits de l’homme n’existent pas que sur le papier. Nous sommes tous concernés.

« Je me demande quand nous allons nous réveiller. Daech est en train de dévaster le monde. Bientôt Gaza sera entre leurs mains, si le blocus d’Israël se poursuit, si la reconstruction n’avance pas et si nous continuons à nous taire. Puis Jérusalem ? Ce ne sera même plus le temps des regrets : plus surement la fin de notre foi, de l’existence pour beaucoup. Le diable gèrera notre vie, effaçant  nos cultures, nos monuments, nos signes (comme cela se produit à Mossoul, à Palmyre et ailleurs).

Un livre de Mme Clinton vient de nous apprendre que des gouvernements (Israël, USA et ailleurs) étaient à l’origine du mal qui consume notre civilisation et nous avec. Et la peur nous retient encore de le dénoncer ? Mais ne rien dire veut dire que l’on s’associe à lui. Avec le risque de voir disparaître tout ou partie de notre civilisation (et de celle des autres) si cela ne correspond pas au fanatisme meurtrier des porteurs de ce mal. Comment pourrions-nous échapper à notre responsabilité ? Arrêtons de faire les hypocrites : tant que cela se passe loin de chez nous cela ne nous regarderait pas ? Allah n’aime pas les hypocrites.

le 6 juillet 2015

KC.


Un deuxième texte, intitulé par son auteur « Ceux qui suspectent et désignent les musulmans ». Que nous laissons à l’autorité de celui qui l’a écrit. Pour poser une autre question dont la réponse ne satisfera pas tout le monde. A entendre.

« Pourquoi demander aux musulmans de se « désolidariser » des atrocités djihadistes ? Pourquoi, croyant ou pas, les assigner à résidence identitaire ? Pour mieux faire accepter une identité nationale étriquée qui permet de désigner un bouc émissaire.

Être musulman ou originaire d’un pays de « culture musulmane », est-ce être différent du reste du monde ? Les catholiques du monde se sont-ils sentis obligés de manifester pour marquer leur indignation quand des affaires de pédophilie ont secoué l’Église ? A-t-on demandé aux juifs de dénoncer les bombardements sur les populations civiles de Gaza qui ont causé la mort de centaines d’enfants ? Que des autorités religieuses condamnent ce qui est perpétré au nom de leur religion, c’est salutaire. Que des musulmans veuillent crier leur colère et leur dégoût certes, mais pourquoi demander aux musulmans de se « désolidariser » de la barbarie de « l’État islamique  » [Etat qui n’en est pas un] ?

Le matraquage idéologique

Le terme même de « désolidariser » renvoie au fond du problème, car il implique qu’il y a eu solidarité. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les musulmans et plus largement tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se rapprochent de pays identifiés à l’islam sont devenus des suspects. Et comme tout suspect dans une affaire criminelle, ils protestent de leur innocence. Un tel état d’esprit prouve à quel point le matraquage idéologique est violent depuis maintenant près de 15 ans et combien a été intégré dans l’inconscient d’une partie des musulmans qu’ils devaient demander pardon à chaque acte de barbarie commis par des malades fanatisés, sous peine d’être suspectés de les soutenir.

La laïcité dévoyée

Et pas suffisamment fort, selon certains, puisque le site du « Figaro » n’a pas hésité à organiser sur son site Internet un « sondage » dont la question était : « Assassinat d’Hervé Gourdel : estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ? » Ce sont les mêmes qui refusent « la repentance » de la République sur les crimes du colonialisme français qui jugent que les musulmans doivent en faire plus. Logique, puisque ce sont eux qui ont porté dans l’actualité, il y a quelques années, le débat étriqué sur l’identité nationale. Puisque ce sont les mêmes qui instrumentalisent et dévoient la laïcité pour en faire un instrument de stigmatisation des musulmans. Identité nationale et laïcité dénaturées, ou comment montrer du doigt une partie de la population à travers un mécanisme d’assignation identitaire qui dépasse la question religieuse. Tout individu soupçonné d’avoir un lien avec la culture musulmane est renvoyé à l’islam, qu’il soit croyant ou pas. Conséquence, quand des fous tuent au nom de l’islam, une mécanique infernale se met en branle qui postule, comme l’écrivent des universitaires dans une tribune collective publiée dans « le Monde » du 29 septembre, « une culpabilité présumée » des musulmans.

Stéphane Sahuc pour L’Humanité Dimanche

Ces deux textes sont publiés avec l’aval du conseil d’administration de l’association Mas de Carles.

[1] Texte publié par Kwara Kekana pour BDS South Africa.