Quelle terreur en nous ne veut pas finir

Oui, deux citations déjà dans ces pages. C’est un tout petit livre, à peine cent pages, dans un format 11×16. Minuscule pour le format, mais étrangement fort et bellement rédigé dans le fond. En ces temps troublés où la rencontre de l’autre paraît un danger maximum, j’ai lu et relu ces lignes dont le souffle vient nourrir la certitude centrale : « On ne fonde pas une communauté sur la suspicion d’autrui. Et la simple idée qu’une identité forte et assumée, bien distincte, serait la mieux à même de nous permettre l’accueil, c’est alors supprimer purement et simplement le risque, l’ébranlement, l’inquiétude sans lesquels nulle éthique ne se découvre. »

Auteur: Frédéric Boyer
Editeur: P.O.L, 2015
Prix: 9 €

 

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POUR MEDITER

 

« On s’étonne bruyamment aujourd’hui de notre naïveté, on se plaint doctement de notre cécité, de notre bon cœur dangereux, de nos belles pensées, de notre bonne pensance et forcément hypocrite, de nos bons sentiments, oui de nos bonnes pensées pas nécessairement exigeantes mais si simples d’esprit, si simplement sommaires. On soupire après nos belles âmes très rapides, très faciles, très légères, dit-on. On se moque de notre angélique bêtise, de notre angélisme tout court qui nous rendrait aveugles. On attaque très justement, semble-t-il, notre absence de repères, notre désolant manque de poids et de rigueur, notre poids plume d’ange, notre manque de frontière, notre combien cruel défaut de limites, on s’en prend à notre abyssale carence nationale, à notre perte historique de mémoire, à notre amnésie familiale. Parce que nous défendons le droit à l’hospitalité par exemple, le droit de faire un peu de place à d’autres que nous, même si nous craignons qu’il n’y en ait plus beaucoup, parce que nous exigeons d’accueillir toute personne comme une personne libre, comme une personne de plus, mais sans comprendre bien sûr, dit-on, sans savoir, sans voir le conséquences , parce que nous ne verrions pas derrière chaque nouvel arrivant, chaque nouveau venu de trop , la goutte qui ferait tout déborder, tout basculer. C’est un vaste puzzle, disent les gens intelligents et informés. Les gens de mémoire et de poids. On ne peut rien bouger comme cela. C’est fragile…Mais [l’attention au sujet inattendu] c’est aussi inscrire le temps de l’attente, celui de l’espérance, de l’ouverture, le temps de la moisson et du renouveau (pour reprendre les images bibliques), au cœur de la reconnaissance et de la figuration d’autrui épuisé, vulnérable et méprisé. Mettre fin au mépris, au refus de voir l’autre comme être humain semblable, mettre fin à l’inhospitalité, c’est rendre à notre histoire, et à notre propre identité, leur dimension messianique et souveraine… »

Frédéric Boyer

Quelle terreur en nous ne veut pas finir ?

P.O.L, 2015, pp. 30-32, 91

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LA VIE AU MAS

Fêtes paisibles. Mais rattrapage express ensuite : sévère bagarre, effraction et vols dans les dix jours qui ont suivi. Janvier nous a apporté son lot « d’hommerie » (comme disait François de Salles : « Là où il y a des hommes, il y a de l’hommerie »). Police, garde à vue, expulsions… Fêtes paisibles ? Il fallait sans doute que cela se paie, d’une manière ou d’une autre, tant vivre paisiblement peut être une épreuve pour certains. Le rappel aussi qu’alcool et produits illicites divers entrainent à des formes de folies où plus personne ne contrôle plus rien. Et ne reste plus que l’impérieuse nécessité de combler le vide de tout et la peur de manquer. Pour les animateurs, un appel à plus de lucidité, à aiguiser notre regard et approfondir le mode de notre présence pour garantir toujours plus une forme solidarité apaisée et apaisante. Le constat aussi que certaines formes de vie ne relèvent que très difficilement de notre mode d’accompagnement. Même si vous voulons toujours penser (avec Maurice Bellet) que « puisque le pire n’est pas toujours sûr, on doit penser que le meilleur est toujours possible. » Equilibre précaire autant qu’exigeant dans la certitude que, par-delà alcool, produits divers, ignorance, vivre à Carles peut-être, sinon le paradis, du moins la recherche d’une forme de vie (momentanée ou plus longue) capable de nourrir ou de soutenir la vie des plus fragiles (de certains d’entre eux, en tous cas), une vie augmentée d’espérance et de développement de capacités ignorées jusque-là ? Ce que d’aucun appelleront une vie spirituelle !


Hugues Séghi est mort. Après s’être battu pendant de longues années contre un cancer jamais repu, Hugues est parti et nous l’avons accompagné ce lundi 23 janvier au crématorium d’Aubagne. Hugues, ancien éducateur à la Louve, avait « inventé » le lieu à vivre « Vogue la Galère » en 1999 (association d’insertion des Restaurants du Cœur des Bouches du Rhône). Avec lui (et le GAF et bien d’autres, Michel et Serge) nous avons porté la naissance de l’Union des Lieux à Vivre, élaboré la charte et proposé une première écriture de la grille d’évaluation des « lieux à vivre ». Sa présence chaleureuse et forte, l’évidence de ses constats et ses emportements pour la défense des hommes nous manquent déjà. A nous de poursuivre avec les successeurs la défense et la mise en musique du projet : « Au-delà de toute individualisation des pratiques sociales actuelles qui confinent les plus faibles et les plus fragiles à l’isolement (sous prétexte d’indépendance) nous proposons la réalité d’un accueil par un collectif au sein duquel les personnalités des uns et des autres trouveront repères et rupture de solitude. » [1].


Economie sociale. Depuis quelques temps nous cherchons à peaufiner le statut des lieux à vivre dans le cadre de l’agrément OACAS (Organismes d’Accueil Communautaire d’Activités Solidaires) fourni par l’Etat au titre de l’article 17 de la loi sur le RSA. Une manière de se sortir du soupçon de travail au noir ou illégal dans le cadre des activités proposées par la maison aux personnes qui viennent habiter chez nous.

Encore une fois, il nous faut nous expliquer sur les tenants et les aboutissants de cette pratique ordinaire des « lieux à vivre ». Avec une difficulté supplémentaire aux yeux de la direction qui gère ce dossier : intégrer dans la réalité de l’économie sociale et solidaire le fait que tout ne soit pas monétaire : ceux qui participent aux maraudes ou qui construisent leur lieu de vie doivent être traités comme ceux qui vendent une part de leur production sur les marchés ou ailleurs. Il semblerait que le plaisir de rajouter aux textes officiels l’emporte sur les textes eux-mêmes, qui semblent pourtant clairs : « L’économie sociale et solidaire est un mode d’entreprendre et de développement économique adapté à tous les domaines de l’activité humaine auquel adhèrent des personnes morales de droit privé…). Cette expression permet de spécifier que ce n’est pas le domaine d’activité qui fait l’appartenance à l’économie sociale et solidaire. La mesure la plus importante est l’inscription dans la loi de l’ESS d’une définition légale de la subvention. Elle lève ainsi une insécurité juridique qui poussait les collectivités locales à privilégier des appels d’offre plutôt que les subventions par crainte d’une mauvaise interprétation juridique. La loi ESS réaffirme que la subvention est un moyen légitime et pertinent pour répondre aux besoins sociaux. Elle crée les conditions pour lever des freins éventuels aux versements de subventions aux associations. »


Pierre Allène, le papa de Geneviève Dewulf (et le beau-père de Robert, vice-président du CA de Carles) est décédé à 99 ans : « aujourd’hui nous ne comprenons pas bien qu’il nous ait quitté et nous ait laissé là. Mais nous savons que les yeux de son cœur, les oreilles de son cœur, le sourire de son cœur continuent à nous suivre à travers un écran Skype de l’au-delà, dont nous ne savons rien mais dont nous supposons qu’il fonctionne… mieux que les opérateurs de la terre », ont affirmé les siens au cours de la célébration. Merci pour cette belle espérance.


Julien. C’est la quatrième fois en un an que Julien « disparaît ». Il perd un peu la tête par moment… et cela peut durer. Malgré nos demandes réitérées d’une place en maison de retraite fermée, les responsables (il est sous curatelle) n’avaient guère bougé, jusqu’à ces dernières semaines où on venait de lui  trouver une place à Maussane. Il était à Carles, il n’était pas à la rue. Et chacun croyait sans doute que cela suffisait à le protéger contre ses errances et les faiblesses de sa tête. Battue de tous pour tenter de retrouver sa trace. Chien de la gendarmerie. Hélicoptère. Rien à faire. En fin d’après-midi du troisième jour, c’est une promeneuse qui le découvrira par hasard en pleine nature entre Carles et Pujaut, hagard. Après quelques jours d’hospitalisation il rejoint sa nouvelle demeure dans les Alpilles. Et nous respirons tous un peu mieux. Sacré Juju.


Pendant ce temps les mésanges commençaient à construire leurs nids, haut à l’abri des chats. Les amandiers se paraient de leurs plus belles fleurs et bourdonnaient du chant des butineuses, avec le romarin, la jonquille et la violette qui met du ciel au milieu de la garrigue et le laurier-tin qui blanchit la campagne et l’olivier qui réclame sa taille pour mieux produire. Malgré tout le Mont Serein se couvrait de 6 cm de neige, ce qui valait bien une annonce dans le journal local. La nature elle a gardé mémoire d’un printemps qui s’avance.

Hélas, tout le monde n’a pas le même sens du regard et de l’émerveillement. Quelques pilleurs continuent d’arracher régulièrement tout ce qui leur plait (à commencer par le thym), racines comprises, ce qui interdit toute reproduction (par parenthèse voilà une forme de parabole à méditer pour notre propre humanité). Quand donc ces gens-là comprendront que ce faisant, ils détruisent toute possibilité de renouveau ! Et que manquer à ce point de respect pour la nature c’est l’ignorer pour tous les autres. Difficile de saisir une lumière dans ce que nos regards ont transformés en choses, voire en possibles (et abusives) possessions.


Une semaine en petits groupes avec les hommes de la maison pour travailler, à notre tour, sur « Carles 2025 ». Les « dialogues de Carles » reprennent. Temps de parole offerte à qui voudra la prendre. Pour que les résidents se redisent ce qu’ils attendent de la maison.


Deux années durant des représentants des résidents, des salariés et des bénévoles se sont retrouvés pour au sien d’un atelier d’écriture, autour de Joël qui avait accepté de l’animer. Après relectures et choix, cela a fini par aboutir à l’édition d’un petit livre récemment mis au point. Son titre : Et puis ce fut le printemps. L’ouvrage (publié dans la série des « Cahiers de Carles ») sera disponible pour l’assemblée générale de l’association (fixée au jeudi 27 avril, à 17h, comme chacun le sait déjà).


Beaucoup de publicité ces temps-ci autour du combat contre la maltraitance animale. Sans doute pour mieux nous rappeler à la réalité de nos propres errements : maltraitance et mort des migrants par milliers et dizaines de milliers, rappel qu’un SDF sur quatre travaille sans pour autant pouvoir se loger, sans compter les trois autres qui n’ont plus rien… : « La grande aventure, c’est la reconnaissance de l’autre comme l’enjeu de sa propre humanité… mettre fin au mépris, au refus de voir l’autre comme un être humain semblable, mettre fin à l’inhospitalité, c’est rendre à notre histoire et à notre propre identité leur dimension messianique et souveraine », rappelait il y a peu Frédéric Boyer dans un petit livre saisissant [2].

Hasard ! Dans le même temps le journal La Croix publie la liste des 501 SDF « morts de la rue » connus par le collectif qui tente chaque année de perpétuer la mémoire à travers une célébration de leurs noms quand cela est possible. Pour les autres, le simple rappel de la date de leur décès !


Il y a quelques mois Hervé, prêtre, mourait à 56 ans au terme d’une maladie orpheline qui l’avait peu à peu paralysé. Mi-mars, Cécile, sa fidèle accompagnatrice, nous a proposé de récupérer son fauteuil roulant. Merci pour ce beau cadeau qui permet à Didier de se déplacer avec plus de facilité dans une maison qui n’est pas bien appropriée à la circulation d’un homme amputé d’une jambe.


Une autre discrète générosité : celle de l’association des Festivités Villeneuvoise qui, suite à sa dissolution, offre au mas les fonds restant en banque. Grande reconnaissance à ce conseil d’administration.

[1] [Les Lieux à vivre], dans les Cahiers de VCM, n°1, 2014, p. 9.

[2] Frédéric Boyer, Quelle terreur en nous ne veut pas finir ? P.O.L, 2015. A lire absolument, si vous ne l’avez pas déjà fait.

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DITS

« Les procédés d’intimidation doivent cesser. Nous affirmons la légitimité du droit de regard des citoyens et citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice et de la police. Nous voulons que soient encouragés ceux et celles qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité, sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous refusons que les populations visées par des politiques ou des pratiques xénophobes soient privées de soutien. C’est l’avenir du principe même de solidarité qui est en jeu. »

Manifeste signé par une centaine d’associations locales et nationales


Au moment où « les personnes précaires, pauvres, et les gens de peu sont stigmatisés, voire humiliés au nom de la lutte contre l’assistanat et du culte de la performance… (la pensée du père Wresinski) nous indique qu’il est illusoire de penser le vivre ensemble, une société des semblables, sans faire avec les personnes qui vivent ces situations de précarité, de grande pauvreté. »

Agnès Naton,

Le journal d’ATD Quart Monde (469), fev. 2017


« En 2012, une enquête du magazine Der Spiegel, a révélé que la baisse du chômage s’est accompagnée d’une augmentation anormale du nombre de précaires sous-payés, qui ne savent souvent pas comment ils s’en sortiront la semaine suivante. » [1]

Marco Politi

François au milieu des loups


« Nous entrons dans un hiver démocratique… Je crois que cet hiver débute seulement… »

Patrice Prat, député du Gard

La Provence,


Dans le Haut-Rhin, le conseil départemental propose d’attribuer le RSA à celles et ceux qui accepteront quelques heures de bénévolat… « Si la personne dit non, le RSA ne lui sera pas retiré… » En théorie donc pas de caractère coercitif… Mais dans la pratique il n’est pas sûr qu’une personne qui demande le RSA soit en capacité de négocier », ajoute le rapporteur de cette information. Bien vu !

La Croix, 7 mars 2017

[1] Marco Politi, citant Der Spiegel du 24.05.2012.

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AUJOURD’HUI

Les chiffres de l’accueil…

 

Au 31 mars 2017,

49 personnes ont été hébergées au mas : 31 dans le lieu à vivre (2.525 journées d’accueil), 13 au sein de la pension de famille (973 journées) et 5 en accueil immédiat -ex-urgence- (266 nuits) ;

17 personnes (3 femmes et 14 hommes) ont participé aux activités d’insertion : 12 dans le cadre du chantier (3.655 heures) et 5 en Activités Collectives d’Insertion (703 heures).

24 personnes relevaient du RSA, 15 de l’Allocation Adulte Handicapé, 11 d’une retraite et 3 de l’allocation spécifique de solidarité.

6.172 repas ont été servis (400 de plus qu’au premier trimestre 2016).

 

… de vos dons et de nos activités

 

Pour ce premier trimestre vos dons ont représenté 10,9% des recettes (24.473 €). Si l’on ajoute les ventes des produits maisons (5,5%), la participation des résidents (4,1%) et les adhésions à l’association (0,4%) cela représente au total 21% des recettes du trimestre.

 

Le dirons-nous assez ? Merci et gratitude à vous tou(te)s qui nous permettez ainsi (entre vos dons et vos achats) de traverser crises et modes, pour nous donner un peu d’indépendance dans la poursuite de la mise en œuvre de nos intuitions d’accueil.

Peut-être d’autres voudront se joindre à ces offreurs de liberté. Qu’ils soient les bienvenus !

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lettre 84

Cliquez pour lire l’intégralité de la lettre 84

EDITORIAL

Je relis un « vieux » livre, publié en 1984, de Tahar ben Jelloun. Il s’intitule Hospitalité française. Parmi les premiers mots, ceux-ci : « Certains peuples sont plus hospitaliers que d’autres… Les pays industrialisés, obéissant à une rationalité froide, ont dû désapprendre l’hospitalité. Le temps est précieux ; l’espace limité. Il y règne un manque de disponibilité, c’est-à-dire de générosité et de liberté, cat tout est calculé, tout est mesuré. Les portes se ferment. Les cœurs aussi. Reste l’individu dans son intimité, un univers où le repli sur soi cultive l’égoïsme et la solitude.

Les sociétés européennes… ont assuré aux citoyens confort et privilèges… A présent l’individu vit un malaise ; il pressent la fin d’une époque et aussi d’un mode de vie. Il se sent menacé et bientôt abandonné face à la mutation du monde. Il voit la prospérité lentement s’estomper, une prospérité acquise grâce aux colonies et à l’exploitation sans scrupules des richesses du Tiers-Monde. La période est alors favorable au repli et à la peur… Ce n’est pas le moment de lui demander d’être ouvert et accueillant… C’est l’époque du malheur balbutiant. Plus de place, plus de temps pour la gratuité du geste, pour comprendre, accepter celui-là au regard hésitant, venu d’une autre durée. » [1]

A mes yeux, pas un mot à changer ! Cela vaut pour la société tout entière : face à ses migrants toujours repoussés jusqu’à la mort s’il le faut ; face à ses pauvres, toujours poursuivis au nom d’abus possibles mais jamais réellement démontrés ; face à ses riches qui ne veulent toujours pas comprendre qu’une richesse seulement amassée entre les mains de quelques-uns mène les autres et le système vers l’explosion… La peur n’est peut-être bien que le faux semblant de nos égoïsmes. Et le tout sécuritaire le voile de volontés hégémoniques douteuses.

Tout reste vrai.

Sinon que nous ne savons pas bien à quelles réactions cela mènera, sauf à changer notre logiciel pour penser un monde qui évolue plus vite que chaque humain. Au moins essayer d’arrêter de nous faire « faire la leçon sur un réel » qui devient insupportable : « le réel d’une promesse de relance et d’emploi jamais tenue depuis Giscard d’Estaing ; le réel d’une austérité qui n’est jamais rassasiée ; le réel d’une protection sociale démantelée au nom de la croissance. Et par-dessus tout ça le réel d’une impasse économique qui ne cesse de se revendiquer comme la seule voie de prospérité. » [2]

En revenir aux fondamentaux de la vie humaine quand l’accumulation des richesses et sa défense ne peuvent plus être soutenues face à la nécessité d’enraciner mieux la fraternité, l’oubliée de notre fronton républicain : « Seulement désirer rendre meilleure telle expression de leur regard lorsqu’il se pose sur plus appauvri qu’eux… » [3].

La mémoire contre l’oubli de l’essentiel. Retrouver la simplicité, la justesse et la vérité de nos chemins d’homme : « Et ce chemin… nous conduit à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel ? » [4].

Il me semble qu’il y a urgence, pour ceux de Carles comme pour nous tous.

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1] Tahar Ben Jelloun, Hospitalité française, Seuil / Points, 1984, p.13-14. Un livre précédé de La réclusion solitaire, Points R 50, 1976.

[2] Hubert Huertas, Médiapart, 25 janvier 2017.

[3] René Char, Feuillets d’Hypnos, 135.

[4] René Char, De moment en moment (1949), dans Le bâton de rosier.

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Le complexe d’Elie : politique et spiritualité

Marion Muller-Colard nous abreuve de bonnes choses. Dans un petit livre publié chez Labor et Fides, voilà qu’elle nous propose Le complexe d’Elie : politique et spiritualité (16€). Reprenant la plainte du prophète Elie « je ne vaux pas mieux que mes pères » (1R19,4), l’auteure nous invite à vivre pleinement, par-delà nos doutes et nos hésitations, la dimension politique de nos vies. Un voyage initiatique qui se termine sous le signe de Jacques Ellul (autre protestant magnifique) : « Il est impossible dans la vie chrétienne de dissocier une vie privée et une vie publique… Nous ne pouvons pas nous désintéresser du monde dans lequel nous sommes placés et dont nous sommes responsables devant Dieu, ainsi que des hommes au milieu desquels nous vivons ». A lire absolument en ces périodes d’élections

Auteur: Marion Muller-Colard
Editeur: Labor et Fides (16€)
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POUR MEDITER

 

Abou, 38 ans, est employé municipal dans le quartier Salaheddine, dans le sud-ouest d’Alep. « Je roulais au pas entre deux raids aériens pour constater les dégâts des derniers bombardements barbares. Je tentais d’éviter les regards pétrifiés des rares passants. Puis, devant l’hôpital, un vieillard m’arrête. Il me demande si je peux transporter son petit-fils en chaise roulante qui venait d’être soigné d’une blessure grave à la jambe. L’homme sa femme et le garçon montent dans la voiture. Nous roulons à travers les douleurs et les horreurs du quartier de Fardos, visé la veille par un déluge de bombes. Arrivés à destination, les voisins se précipitent pour aider à transporter le jeune blessé. Je m’apprête à repartir quand le vieillard ouvre la portière et me demande : « Combien je vous dois ? » La gorge serrée, je lui réponds : « Mais nous appartenons à la même famille ! Il ne nous reste que la solidarité. » « Alors, permets-moi de t’embrasser », me dit le vieil homme. Nous nous sommes serrés dans les bras, chacun cherchant à cacher ses larmes à l’autre.»

Extrait du journal Libération

« La vie à Alep »

Texte lu ensemble avec les hommes de Carles un jour que l’égoïsme et l’alcool avaient affaiblis entre nous le pacte de la solidarité.

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