Archives de catégorie : La Vie au Mas

HOMÉLIE DE LA JOURNÉE PORTES OUVERTES

Petits commentaires des textes du jour 

Isaïe 50,5-9a – Psaume – Jacques 2,14-18 – Marc 8,27-35

« Une vie sans croix est une vie sans amour » (Jean de Bernières Louvigny). Tout simplement parce que la croix, proposée aujourd’hui par Jésus dans l’Evangile, est le lieu, le geste ultime par lequel Dieu dit son amour de l’humanité. Il l’aime tellement qu’il sacrifie sa Parole pour mieux laisser retentir le vide de toutes nos paroles humaines : « Un grand silence » dira un commentateur ancien pour qualifier la mort de Jésus : « Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence parce que le Roi dort. » [1] Et Maître Eckhart (au XIVème siècle) conclura : « Il faut qu’il y ait silence et immobilité pour que le Verbe se fasse entendre ». Et avec lui la force de la résurrection offerte. Et notre capacité à la faire vraie, comme dira Léon le Grand dans une de ses homélies : « La Miséricorde veut que tu sois miséricordieux ; la Justice, que tu sois juste, afin que le Créateur apparaisse dans sa créature et que, dans le miroir du cœur humain, resplendisse l’image de Dieu exprimée par les traits qui la reproduisent. »[2] Continuer la lecture

Retour en images sur la journée Portes Ouvertes

des jeux d’adresse, très apréciés ont été prêtés par l’association KASAJEUX de Pujaut

LA VIE AU MAS

Circulaire Collomb. Puisqu’on y faisait allusion dans l’éditorial précédent, revenons sur la « circulaire Collomb » qui organisait un recensement des migrants jusque dans les centres d’hébergement. Une trentaine d’associations avait soumis le texte au Conseil d’Etat pour en suspendre l’application. Un article de La Provence (21.02.2018) rapporte que même s’il n’a pas voulu suspendre la circulaire, le Conseil d’Etat a rappelé qu’elle ne conférait « aucun pouvoir de contrainte » aux équipes chargées du recensement. Elles ne pourront rencontrer les personnes hébergées que sur la base du volontariat…Un membre de la Fédération des Acteurs de Solidarité a affirmé : « C’est plutôt un encadrement qui va protéger les personnes et les associations qui les accompagnent. » A nous de rester vigilants !

Donner au beau moment. C‘est l’histoire de nos amis qui, travaillant dans l’art de la pâtisserie, on tout compris aussi de l’art du vrai respect des personnes.

Depuis plusieurs années, le 24 décembre ou le 31 janvier, le téléphone sonne à Carles : « Venez les bûches sont prêtes. » Des bûches de Noël de qualité préparées pour les résidents du Mas. Pas les invendus qui arriveraient quelques jours après les fêtes.

Voilà une information dont certains jugeront qu’elle arrive un peu tardivement dans la saison. Mais peut-être s’agit-il un bon clin d’œil sur une façon d’agir dans notre vie… fut-ce en dehors des fêtes. Merci à M. et Mme Mallard.

 

DépartsCe premier trimestre (et la fin du précédent) a été rudement marqué par ces départs d’ami(e)s cher(e)s.

Ce fut d’abord le frère de Dominique, l’ami valentinois qui es parti rapidement, juste assez vite pour qu’on ne découvre pas son cancer !

Alain Rogeat, le mari de Cécile, m’avait pris en amitié dès notre première rencontre. Chaleureux et droit. Attentif bien au-delà de l’ordinaire. Marcheur aguerri des chemins de Compostelle et d’ailleurs et ouvreur de ces chemins pour celles et ceux de sa famille. Animateur des rencontres d’aumônerie à Montfavet et à la paroisse Saint Jean d’Avignon. « Ne craignez pas pour ceux que vous laissez », disait Jean Sulivan, « votre mort, en les blessant, va les mettre au monde. »

Jeanine Bezol, sœur de l’ami Christian, actuel curé du Sacré-Cœur. Elle fut de toutes les aventures de son frère soutien indéfectible, capable de soutenir au plus près la création de la Passerelle en venant planter sa caravane dans les jardins du presbytère pendant quelques mois pour soutenir cette action commençante. J’en passe et de bien meilleures. C’était Jeanine, proche et respectueuse.

Aimée Saint Etienne était une vieille paroissienne des assemblées de Carles. Caractère rude et impératif, elle préférait souvent ses chats à toute autre compagnie. Et défense de plaisanter avec cela. La maladie l’aura éloigné de nous quelques années, avant qu’elle ne rende muette cette grande bavarde.

Yves de Gasquet était le père de Dominique, ancien membre du Conseil d’Administration de Carles, décédé dans un accident de voiture. Il était le mari de Monique partie avant lui, qu’il accompagnait dans les rencontres du Comité Catholique contre la Faim et pour le développement (CCFD). Ce grand croyant était aussi un grand bricoleur, réalisant coupes, chandeliers et lanternes en bois qu’il distribuait généreusement autour de lui.

Des séparations qui ont fait résonner en nous l’urgence de nourrir nos relations face à la réalité des déserts que ces morts installent dans nos vies. L’occasion d’entendre à nouveau la petite musique d’un Paul Eluard : « Le front aux vitres, comme font les veilleurs de chagrin / Je te cherche par-delà l’attente / Par-delà moi-même. / Et je ne sais plus tant je t’aime / Lequel de nous deux est absent. »[1]

Dons. Dans les souhaits qu’elle avait rédigés, Jeanine Bezol avait demandé que les dons faits à l’occasion de ses obsèques aillent au Mas de Carles. Christian a fait en sorte que son vœu soit respecté. Au total cela a rapporté 2.000 €. Que Christian et tous les donateurs trouvent ici l’expression de nos très vifs et sincères remerciements.

Réunion des Lieux à Vivre

La dernière réunion de l’Union Interrégionale des Lieux à Vivre (UILV) s’est déroulée au Mas de Carles.

Ce fut l’occasion de travailler à la présentation renouvelée des actions et des modes d’action des membres de l’Union qui ont été refusé à l’agrément OACAS en avril 2017. Il s’agit de :

– souligner que les lieux à vivre ont collectivement élaboré un projet d’accompagnement adapté pour des personnes aux caractéristiques particulières : préparer les résidents à une dynamique d’insertion passe par la reconnaissance d’une appartenance à une communauté et le développement de l’estime de soi ;

– inviter les administrations à revenir sur leur exigence à faire de l’insertion socioprofessionnelle par l’activité économique marchande une condition pour prétendre à l’agrément OACAS ; pour la qualification, socio-professionnelle, l’Union renvoie au nombre de résidents qui ont pu acquérir des diplômes qualifiant par le biais de la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) ;

– proposer des moyens d’évaluation, de formation et d’échange plus affiné de nos pratiques entre nous (ce qui se fait déjà régulièrement) et avec les administrations.

Fondation Vinci et confiturerie. La fondation « Vinci pour la cité » a accepté de soutenir encore une fois les cations du mas de Carles. Ce coup-ci, c’est un chèque de 15.000 € qui a été remis à l’association pour soutenir les travaux engagés pour l’installation de la future confiturerie qui s’aménage au rythme des bras de Carles (mis à part la réalisation du carrelage et de l’électricité). Grand merci à tous qui savent mettre leur compétences diverses au service de la maison et à Frédéric Auran qui parraine l’opération.

Concert.

Le 17 mars, une centaine de personnes se sont rendues à l’invitation de l’association pour un concert offert en soutien au Mas. Une première partie de chansons françaises a été animée par le groupe « De6bel » qui a offert une bien belle prestation chorale. La seconde partie, de facture plus classique, a été proposée par l’orchestre du « Kiosque à Musique » fort bien dirigé par M. Alain Grau. Que tous reçoivent ici les compliments qui leur sont dus.

Les recettes étaient destinées aux travaux engagés pour la création de la confiturerie.

Nouveaux paradigmes et économies ! Il s’agit de la mise en œuvre accélérée du plan « logement d’abord ». Le gouvernement veut lutter contre le « sans-abrisme » (nouveauté langagière) pour « transformer notre système d’hébergement en profondeur » pour amener « rapidement les personnes sans domicile de l’hébergement d’urgence vers un logement durable, car comme l’a rappelé le Président de la République, le logement c’est la place qu’on a dans la société ! »

Il faudra peut-être demander à celles et ceux qui se retrouveraient dans cette situation si le poids de la solitude et du désœuvrement ne serait pas pire que la situation de beaucoup de celles et de ceux qui sont actuellement accueillis dans nos « lieux à vivre » :« Nous sommes venus ici car là où nous étions ce n’était plus possible. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus il nous a fallu partir… Et ce chemin… nous a conduits à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir… »[2] Ajoutons :

– la question des économies proposées par ce plan : 57 millions annoncés sur cinq ans avec effet quasi immédiat de 3% de diminution sur les fonds CHRS (11.300 € en moins pour notre budget). Cela repose la question de financement à trouver (plus de 50.000 € en cinq ans) ;

– la question de savoir comment nos « lieux à vivre » (qui ne sont pas de l’hébergement classique) vont trouver leur place dans ces nouveaux plans gouvernementaux : Carles et les autres sont bien, à nos yeux, une forme de logement durable et adapté. Comment faire jouer le §3 de la priorité 1 qui se formule ainsi : « développer les solutions de logement adapté en réponse à des besoins spécifiques » ?

Bref, il y a du boulot ! Du recul et de la liberté d‘esprit à conquérir, toujours et encore. Penser à nouveau à René Char, qui s’exprimait ainsi pour autre chose : « Je te recommande la prudence, la distance. Méfie-toi des fourmis satisfaites. Prends garde à ceux qui s’affirment rassurés parce qu’ils pactisent. Ce n’est pas toujours facile d’être intelligent et muet, contenu et révolté… Regarde, en attendant, tourner les dernières roues sur la Sorgue. Mesure la longueur chantante de leur mousse. Calcule la résistance délabrée de leurs planches… »[3]

C’est la résistance même de la vie qui s’organise et trouve place là où cela n’était pas forcément prévu.

Les morts de la rue. Comme chaque année le Collectif « les Morts de la rue » a rendu hommage à tous ces inconnus qui, en 2017, n’ont pas survécu à l’épreuve de la grande errance. Le journal La Croix donne la liste exacte de ces 510 personnes signalées au Collectif (même si pour quelques-uns il a été impossible d’associer un nom à ces sans visages.  A méditer lentement. Ils avaient entre 15 et 91 ans (ainsi que trois bébés de 2, 3 et 10 mois et trois enfants de moins de cinq ans). Inutile de pleurer : plutôt nous atteler à changer ce monde pour réduire à rien cette litanie funèbre honteuse.

Si vivre à Carles ne nous empêche pas de mourir, du moins cela se fait dans la l’assurance d’une certaine dignité et la certitude que la maison est encore capable de leur faire une place au jardin du Souvenir ou au caveau du Mas de Carles, au cimetière tout proche.

[1]Paul Eluard, L’amour de la poésie : premièrement, nrf Gallimard, 2009, p.105.

[2]René Char, Le bâton de rosier : de moment en moment.

[3]René Char, Billets à Francis Curel, 1.

De ferme en ferme 2018

Samedi 28 et dimanche 29 avril 2018

De 9 heures à 18 heures

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Maraîchage, élevage caprin et transformation fromagère, élevage de poulets de chair, arboriculture, confitures, oléiculture

L’association le Mas de Carles qui est un lieu à vivre vous invite à venir découvrir l’ensemble de ses activités agricoles : son élevage d’une cinquantaine de chèvres , avec transformation fromagère (Pelardon AOP médaillé d’or et d’argent en 2016), son élevage des poulets de chair , mais aussi le maraichage, l’arboriculture, l’oléiculture… le tout est labellisée Bio ! Dégustation de confitures produites au Mas à la fin de la visite.
Visite gratuite toute l’année.

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Animations :
• Découverte des activités agricoles,
de l’oliveraie et des ruches.
• Traite des chèvres à 17h.

Petite restauration à la ferme. Places limitées !                            

Adresse : Route de Pujaut

Commune : VILLENEUVE les AVIGNON

Code postal : 30400

Tél : 04 90 253 253

Mail : fermemasdecarles@orange.fr

Site web : https://www.masdecarles.org

Coordonnées GPS : lat 43.985231, long 4.79223300000001 

LA VIE AU MAS

Initiation informatique. Résident au Mas de Carles, je suis demandeur d’emploi. En attendant une offre d’embauche j’y exerce l’activité de l’entretien du bâtiment. À la suite d’une information donnée en Octobre 2016, j’ai profité d’une initiation informatique proposée par l’association « Garder le Contact ».

J’étais entièrement novice en ce domaine. Maniement de la souris, maîtrise du clavier, explorateur du fichier, premiers pas sur l’internet : après quatre premiers mois d’initiation (à raison d’une heure et demi par semaine), je me suis fait ouvrir une adresse mail par Pôle Emploi. Avec cette adresse mail je reçois maintenant les offres d’emploi par l’abonnement au Pôle emploi.

Dans la foulée de cette initiation de base, j’ai profité de la présence des animateurs, pour avoir une petite formation sur l’application Excel et une formation sur Word, par le biais d’un organisme d’Avignon.

Grâce à ces formations, j’ai enrichi mon CV d’un nouveau savoir qui m’ouvre des portes pour mon avenir.

Je trouve dommage que peu de résidents du mas aient profité de cette initiation. (Pascal).

Un confiturier au mas. Triple champion du monde de la discipline, Philippe Gardette est venu poser marmites et spatules dans notre cuisine, le 18 novembre. Sa bonne humeur gourmande a envahi les papilles réceptives des résidents. Riche en conseils gastronomiques, cette journée va porter des fruits et mettre en en ébullition nos marmitons en herbe qui vont pouvoir continuer à s’améliorer et à se lancer de nouveaux défis confituriers.                              (Joël) Continuer la lecture

LA VIE AU MAS

Le feu. C’est la hantise de nos étés de sécheresse et de grand vent. Cette année…c’est d’abord trois hectares qui sont partis en fumée derrière le cimetière. Broussailles et ennuis pour le chevrier : garde à vue et convocation au tribunal de Nîmes. Pour le reste, dix jours de cuite et difficile acceptation de mise au vert pour stopper cette chute. En positif, il a eu le réflexe de mettre les chèvres en sureté.  Depuis, il arrive que les autres chevriers reviennent en se plaignant d’être suivis de manière anonyme : sans doute quelque courageux adepte de photos souvenir. Comme si le feu était soudain devenu le jeu des hommes de Carles. Ridicule, à tout le moins.

Dix jours plus tard, 16 hectares supplémentaires y sont passés, entre Pujaut et Villeneuve. Le feu a démarré sur le bord de la route de Pujaut, s’est rapidement développé en raison du fort mistral, s’approchant de Carles, léchant le lycée Jean Vilar et quelques habitations des hauts de Villeneuve. Certains ont vu passer le feu dans leur jardin. Le centre Carrefour a été évacué. Ballet des pompiers et des Trackers. Merci à eux tous. Un peu en retrait ce fut l’occasion pour les voisins de notre quartier de se retrouver et d’échanger un peu … avant de se faire disperser par la gendarmerie !

 

Basile. Un petit gars sympa, venu en stage de quinze jours au mas, par sa volonté propre. Pendant quinze jours, il a participé à nos activités et s’est rapidement acclimaté à notre mode de vie. Et chacun ici a pu s’en féliciter.

Il devait nous confier ses impressions après son retour à la vie d’étudiant. En vérité, il a été happé et s’excuse de ne pouvoir produire le papier attendu. Qu’importe ! Merci à lui d’avoir pris du temps pour et avec nous.


Simone Bouquet (1934-2017)

Après avoir donné du temps à la cuisine de la Passerelle, Simone a passé un long temps au Mas, dans le service magnifique des hommes et plus particulièrement de Zouzou, cet algérien handicapé qu’elle a entouré de son attention et de ses soins pour le tenir propre et en lien avec tous, jusqu’à sa mort, son retour de l’hôpital et ses obsèques au cimetière des Perrières le 20 janvier 2004.

La célébration des obsèques de Simone s’est déroulée le 1 septembre dans l’église des Saintes Maries de la Mer où elle avait élu domicile depuis quelques années.

« Comme un fait exprès, Simone a été enterrée le premier jour de l’Aïd, cette fête musulmane qui invite les croyants à accueillir positivement la volonté de Dieu dans nos vies. C’est une sorte de clin d’œil qu’elle nous fait. Une manière de nous renvoyer à l’essentiel. Car autrement, comment accueillir simplement un événement aussi triste que cette mort.

Le cœur de Simone a cessé de battre. Pour elle. Pour nous tous à qui elle a donné sans compter : qui n’a pas dans les archives de sa mémoire un de ses courriers qui nous envoyait son amour, sa joie et son émerveillement de vivre ; avec l’invitation à reconnaître ce don magnifique de la vie que Dieu nous fait sans exigence autre que de l’accueillir, comme elle l’avait fait elle-même après sa victoire sur son premier cancer ?

Ce cœur était un cœur d’enfant qui refusait le compliqué pour mieux se consacrer à l’essentiel, rappeler que « l’humain est un tissu qui se déchire facilement » (Ch. Bobin) et qu’il faut le protéger, par-delà nos différences, nos choix personnels, dans le respect de la vie en difficulté chez certains. Pas avec des idées. Avec ses mains : « C’est assez simple : je ne crois qu’au concret, au singulier, aux maladresses de l’humain, pas au prestige des machines », aurait-elle pu dire dans le sillage de Ch. Bobin.

C’est bien ce qu’elle a offert à Passerelle quand elle y a tenu le poste de cuisinière ; à Carles quand elle a pris en charge l’ami Zouzou ; à son mari qu’elle a accompagné jusqu’au bout. Ce qu’elle n’a cessé d’offrir autour d’elle. Toujours magnifique et coquette. Non sans fatigue. Mais avec assez de ressources pour accueillir et aimer encore. Elle pourrait nous rappeler l’histoire de ce « monastère zen où chaque moine, à la fin du repas, laisse quelques graines de riz dans son assiette pour les oiseaux. » [1] C’est un peu ça la vie de Simone. Aujourd’hui encore, même au bout de sa vie, au bout de son souffle, nous sommes tous comme ces petits oiseaux. Elle laisse à nos mémoires et à nos mains les quelques grains offerts au seuil du repas de sa vie : l’amour, la vie, et la certitude que « le cœur, quand il existe, se voit de loin. » Au point que nous ne voyons plus que cela aujourd’hui quand nous contemplons la vie de Simone. Et cela devient comme une fêlure de tendresse dans le marbre de nos vies trop souvent rugueuses et indifférentes à l’autre. »


Martine (1948-2017).

Et Martine est revenue à la maison. Après une dernière hospitalisation à la clinique Sainte Catherine, elle décide de cesser toute médication. Après trois ans de combat, son cancer a pris trop de place et son foie ne supporte plus rien. Alors elle revient « chez elle » pour y mourir. En toute lucidité. Toute la famille l’entoure, celle du sang et celle de Carles. Autant qu’il est possible. Elle s’en va paisiblement le jeudi soir du 7 septembre. Trois célébrations fortes marquent son adieu, lundi et mardi pour l’accompagner jusqu’au colombarium de la maison, selon son souhait.

« Pourquoi ce chemin plutôt qu’un autre ? Nous sommes venus jusqu’ici car là où nous étions la vie n’était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux transparents…

Et ce chemin nous a conduits à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel ? Par la vertu de la vie obstinée… entre la mort et la beauté. »  [2]

Quelle autre question peut bien nous venir quand vient le moment de célébrer le départ de l’un (aujourd’hui de l’une) des nôtres : « Pourquoi ce chemin plutôt qu’un autre ? »

Certains parlent de destin. D’autres d’accident de la vie. Quelques autres encore de choix de vie à un moment où les choses apparaissent trop contraignantes pour soi et pour les autres autour de soi. Je crois qu’il y avait quelque chose de ça pour Martine. Vivre la grande dépendance ne lui ressemblait pas et ne pouvait pas lui convenir. D’où son refus de tout acharnement, sa volonté en accord avec celle de ses médecins de stopper tout traitement puisque que rien n’était plus possible et ce petit refrain : aidez-moi plutôt à bien mourir.

Au bout du chemin, de ce chemin, était venu le temps du bilan. Après trois ans de lutte contre son cancer, elle est partie rapidement, confortée par la présence des siens, de son vieux complice de médecin, sa main dans la main de Josiane comme pour retenir un dernier souffle que personne n’a vu réellement s’en aller.

C’est un peu la petite mère de Carles qui nous laisse en chemin pour finir l’exploration du sien. Tout à coup, c’est comme si elle avait mieux à faire que de faire face à ceux qui, à n’importe quelle heure, venaient lui demander un café, une cigarette ou une réponse à des questions trop arrosées pour en recevoir une. »

Martine était arrivée au Mas en 1990, accompagnée d’Alexis. Sa voix rocailleuse et grave va manquer à la ponctuation de nos jours. Avec sa mauvaise foi. Mais son sens du combat contre l’injustice ne devrait pas manquer d’inspirer encore longtemps nos heures et nos gestes. Sa force, sa fougue, parfois même la violence et l’outrance passagère de sa parole, son regard aiguisé : tout cela va nous manquer. Elle avait fait le lien entre le temps de Joseph (qui l’avait accueilli ici avec Alexis) et le temps d’après n’épargnant ni ses critiques, ni sa tendresse, ni sa reconnaissance au petit jeune qui avait succédé au grand Joseph. Et c’est un bien beau cadeau soigneusement conservé dans la mémoire du cœur.


Chacun de nous avait une relation particulière avec Martine. Une relation vraie, avec chacun de nous. Une relation privilégiée avec chacun de ses petits-enfants, avec chacun de ses enfants, avec sa sœur. Ce qu’elle a pu vous aimer ! Une relation privilégiée avec chacun de nous ici. C’était ça, son secret : être vrai, avec chacun d’entre nous. Directe    et délicate en même temps. Si délicate !

J’ai un souvenir dans la tête.  Et chacun de nous aussi, a un souvenir, un moment plus particulier que les autres. Précieux. J’ai un souvenir particulier. C’est pour moi un trésor, une vraie pépite d’or. Cette pépite, gardons-la, chacun d’entre nous.  Parce que cette pépite, nous pouvons en faire notre miel. Ce sera notre force, ce sera notre énergie

Martine était une résistante. Contre les injustices, contre la bêtise, contre la maladie. A l’entendre, je pensais à la phrase de Lucie AUBRAC qui a dit : « Le verbe résister se conjugue toujours au présent. » Résister, ça aussi, nous pouvons le garder en nous. Ce sera notre force, ce sera notre énergie.

J’ai aussi des regrets envers Martine. Pas de remords, de cette espèce de sentiment de culpabilité. Bien trop facile, bien trop négatif. Mais un regret, oui. Une insatisfaction, un projet inabouti, une envie en suspens, Comme si on n’avait pas eu le temps ! Le regret, qui déclenche comme une réaction nucléaire, qui va d’énergie en énergie. Ce regret qui nous fait dire : « Ça, non, plus jamais. Ça je l’ai loupé. Plus jamais je ne le louperai. » Ce regret aussi, nous pouvons le garder en nous. Bien vivace. Ce sera notre force, ce sera notre énergie.

De t’avoir connue Martine, quel beau cadeau tu nous as fait là. Merci

C.R.

[1] Rapporté par Christian Bobin, Un bruit de balançoire, L’iconoclaste, 2017, p. 14.

[2] René Char, De moment en moment, Le bâton de rosier, 8 (1949).


Questions.

De plus en plus de personnes arrivent au mas après avoir fait un séjour en hôpital psychiatrique. Et souvent, après l’accalmie de l’arrivée, le combat reprend contre les démons de la tête. Alcool ou produits aidant, la volonté s’étiole à nouveau, la lucidité vacille, un lent dialogue s’instaure pour permettre le retour aux soins… dans le meilleur des cas. Mais que peuvent bien devenir nos lieux d’accueil comme le mas, si trop de ceux-là nous échoient. Si continue à retentir au téléphone la petite musique de la défaite des soigneurs qui répètent régulièrement : « Vous savez, pour celui-là on ne peut plus rien. Alors essayez de le garder chez vous ! »

Et les choses ne s’arrêtent pas aux portes de ceux qui résident au Mas. Le même constat se fait, parfois, à propos de celles et ceux qui participent au chantier d’insertion de la maison. La fragilité de leurs conditions de vie, pour certains les addictions, pour d’autres la voiture pour maison : la misère des hommes ne trouve pas de repos par le simple fait d’avoir un travail (même si cela n’est pas négligeable), mais la violence de la solitude, l’effacement du souci des autres, l’impossible réconciliation avec un passé trop lourd, « l’impossibilité de dire ce que nous sommes en train de devenir » (Patrick Boucheron). Plutôt que de nous plaindre de celui-ci ou de celle-là, nous interroger d’urgence sur ce qui fabrique tant de déshérence et de dégâts sur les personnes. Nous interroger et tenter d’y remédier, déraciner le malheur et ce qui y mène pour la part que nous pouvons, là où nous sommes. Permettre à chacun de « croire son existence indispensable à la marche du monde ». J’ai bien peur que tout cela ne relève d’aucune de nos techniques d’accompagnement officielles, sinon celle d’une proximité patiente et attentive, contrairement à tous les dispensateurs de bien-être marchandé et normé ici ou là.


Un cadeau de Sylvaine.

Ancienne secrétaire au mas de Carles, Sylvaine est décédée il y a bientôt deux ans. Nous avons célébré ses obsèques le 29 octobre 2015. Elle était fascinée par la personnalité de Joseph Persat. Il y a peu, sa maman a retrouvé ce texte qu’elle nous a partagé à la fin d’une eucharistie.

« Il y avait dans ses yeux qui vous aiment, une beauté, une intensité, une bienveillance, un accueil qui me parlait d’amour, de bonté, de générosité. Il était désintéressé, c’est-à-dire sans attente de vous. Il vous recevait comme on reçoit l’hostie… Dieu est Amour et à l’image de lui, Joseph était l’amour. Dieu l’avait investi tout entier, il était ouvert, il était amour. Il ne parlait pas de Dieu, il le représentait, il le vivait tous les jours, il en était la preuve vivante. Père Joseph, tu manques à ma vie.

Tu ouvrais mon cœur, tu savais aimer, tu savais aimer d’un amour pur et désarmé. Père Joseph, tu manques à ma vie.

Je me rends compte que je ne sais vivre ma foi qu’auprès de toi : j’avais tant de choses à apprendre de toi. Pourquoi es-tu parti si vite ? Père Joseph, tu manques à ma vie… Tu me montrais la beauté, la bonté, l’humour. Je ne vois que noir, laideur de l’âme. Je me décourage avant d’avoir fait quoi que ce soit. Et toi tu avançais, tu faisais, tu bâtissais.

Père Joseph, tu manques à ma vie… Petite sotte ! J’ai même pensé que je pourrais devenir un jour comme toi, mais je ne suis pas digne d’une si grande cause. Tu étais un grand homme au cœur pur. J’ai une chose à te demander, s’il te plaît : peux-tu, quand je te prierai, venir par mes mains guérir les malheureux dans leur âme et dans leur chair ? Par toi, je voudrais pouvoir guérir, te faire encore vivre par moi, et par toi aimer. Merci Joseph. » (20.11.2005)


Vous avez dit « Migrants » ?

Engagé, avec sa femme (Annie) et beaucoup d’autres, dans l’accueil de migrants hébergés à l’auberge associative de Bompas, soumis lui-même à la migration italienne dans son jeune âge, Joseph Pacini me permet de vous donner à lire ces quelques lignes, parmi bien d’autres aussi belle et fortes, écrites dans un petit document qu’il a intitulé Paroles d’exil :

« A quoi nous sert la vie si la parole des peuples est vouée au néant ?

Nous, semences de musiques nouvelles, le monde danse avec nos voix.   

Nous, sèves ensevelies, ensemble nous voulons respirer l’air de l’univers…  

Nous,

Funambules, haut perchés, connaissons les dangers des chemins de traverse. Le cirque s’élargit et la piste s’effondre. La peur nous fait violence. Suspendue dans le vide, fragile liberté !

Quand l’eau reprend la terre, la dilue au marais, lui fait porter l’amour au vent des graminées,

Quand les femmes, les hommes pieds nus d’humilité transmettent à la terre l’épi de vérité,

Quand l’espoir se nourrit comme une fleur des champs,

Quand les mots du silence cherchent terre pour vivre, 

Quand au lever du jour des mains offrent l’amour sur des traces de sang,

Nous, terre dévastée, déserts arides, boucs émissaires de vos rêves. Nous, meurtris et déchirés par ces temps de frontière. Nous au pilori des absurdes refus. 

Nous, nomades échoués, l’utopie d’une main, la dignité dans l’autre. Nous, de l’exode à l’exil, ensemble nous ouvrons un monde en devenir… »

Juste merci, Joseph, de nous aider à ne pas nous laisser berner par « un soi-disant devoir moral de conserver l’identité culturelle et religieuse d’origine », comme le rappelait récemment le pape François!


Portes ouvertes.

Une journée magnifique pour cette Porte Ouverte inscrite dans la brochure présentant les lieux du patrimoine villeneuvois (merci Mr. le maire). 6 à 700 personnes ont défilé durant la journée avec son cortège de marché provençal, d’un temps de prière, d’un repas partagé autour d’une grande poêlée de pommes de terre et de cuisses de poulets, des jeux de l’après-midi (poneys, tir à l’arc, jeux de bois, jeu gonflable, pêche à la ligne…), la visite organisée de la maison. Et toute la journée la tente associative pour projeter un film et parler du projet d’accueil de la maison et l’accompagnement musical des jeunes et talentueux duettistes venus de Bagnols. Et pour les anciens en difficulté avec leurs jambes, les allers et retours en voiture proposés par Camel. Une magnifique journée.

Merci à celles et ceux qui l’ont préparée : celles et ceux qui ont aménagé le lieu pour tous, les cuisiniers, celles et ceux qui ont vendu, animé, surveillé les opérations, celles et ceux qui ont offert pommes de terre et viande et autres ingrédients qui ont facilité la fête…Merci à celles et ceux qui ont fait le déplacement et nous ont gratifiés de leur présence… Et merci de nous avoir permis une belle recette, près de 12.000 € nets !


Lieux à Vivre.

La dernière rencontre des Lieux à Vivre s’est déroulée à Fréjus. L’association Alice nous accueillait. Toutes les associations de l’Union Interrégionale étaient représentées, mis à part Cavaldone (au-dessus de Sisteron) et Vogue la Galère (en raison du suicide, le matin même d’un de leurs résidents).

Après nous être perdus, avoir tourné en rond, visité une partie de l’arrière-pays, nous nous sommes livrés au traditionnel tour de table (richement fournie en croissants divers, café et jus de fruits).

Le tour de table nous a permis de mesurer nos ressemblances et nos écarts réciproques : Berdine, Médiation, Alice, les Moreuils, la ferme Claris, la Celle, le GAF, le mas de Carles ont chacun leur pratique et tous en commun le souci de l’autre dans la difficulté, l’écoute et la volonté d’une promotion.

Nous avons échangé sur la visite au Conseil National de Lutte contre les exclusions, du choix opéré par les décideurs de n’accorder l’habilitation OACAS qu’à ceux qui étaient entrés dans le « marchandage ». Avec Serge Davin, nous nous sommes redit notre « credo » : tout ce qui se fait chez nous contribue à l’insertion économique, sociale et professionnelle des personnes accueillies (que l’on vende ou non). Nous avons salué le pied posé dans la porte par le CNLE dans son avis qui appelle les autorités à reconsidérer leur point de vue. Avec Sylvain, nous nous sommes redit que, dans « économie sociale et solidaire », l’économie n’était qu’un moyen, qu’il nous fallait développer l’item de l’économie circulaire (de l’utilité au service du collectif), que la personne prime sur le capital… Toutes choses qui nous permettent de reprendre le dossier OACAS pour les « exclus » de la première tentative. Chose promise…

Une fabuleuse soupe au pistou nous a ensuite permis de refaire nos forces avant notre nouveau rendez-vous, à Berdine, le 29 novembre prochain.


Fonds de dotation.

Afin de pouvoir recueillir les éventuels legs et autres donations, le conseil d’administration du Mas de Carles a décidé de créer un FONDS DE DOTATION, dénommé Fonds JOSEPH PERSAT – MAS DE CARLES.

Pourquoi ? Un fonds de dotation est une personne morale de droit privé ayant pour objet d’assurer ou de faciliter la réalisation d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général. Il a pour vocation principale la capitalisation de droits et de fonds afin de redistribuer les bénéfices issus de cette capitalisation, soit directement en vue de la réalisation d’une mission d’intérêt général, soit à une personne morale à but non lucratif afin de l’assister dans l’accomplissement de ses missions ou de ses œuvres d’intérêt général.

Objet du fonds de dotation Joseph Persat – Mas de Carles : « Recevoir et gérer les biens et droits de toute nature qui lui sont apportés à titre gratuit et irrévocable en vue de les redistribuer à l’association Mas de Carles afin de l’assister dans l’accomplissement de ses œuvres et missions d’intérêt général. Il pourra à cette fin prendre en charge des dépenses de toute nature ».

Le but du Fonds Joseph Persat est de redistribuer les fonds qu’il recevra afin de soutenir l’activité de l’Association du Mas de Carles, cela en toute transparence et en rendant compte aux donateurs de l’usage de leurs fonds.

Outre cette collecte des legs et des dons, le Fonds s’est donné deux orientations supplémentaires : accueillir (par dévolution de l’association Joseph Persat) la propriété des terres du mas de Carles (en maintenant ou reprenant à son compte les avantage du bail emphytéotique qui lui a été précédemment reconnu) et soutenir la remise en activité d’ancien(ne)s du Mas par une aide en matériels pour celles et ceux qui le peuvent (définie et mise en œuvre par le mas).

Avantages : les avantages fiscaux du fonds de dotation sont ceux réservés au mécénat. Pour les entreprises et les particuliers par les articles 200 et 238 bis du code général des impôts. Pour les entreprises, une réduction d’impôt à hauteur de 60% du montant des versements, dans la limite de 5‰ du chiffre d’affaire.

Pour les particuliers, une réduction d’impôt sur le revenu (IRPP) égale à 66% du montant des sommes versées, dans la limite de 20% du revenu imposable.

Les dons et legs consentis au profit des fonds de dotation sont exonérés de droits de mutation (article 795, 14° du code général des impôts).

Administration : la loi prévoit que le fonds de dotation est administré par un conseil d’administration qui définit la politique d’investissement du fonds de dotation. Lors de sa fondation, le conseil d’administration du Mas de Carles a désigné les premiers administrateurs : Patrick Chevrant-Breton, Frédéric Aymard, Hubert Legay, Olivier Pety et Bernard Renoux. Ces « premiers » se sont adjoints Jacques Vivent. Un expert-comptable participe à toutes les réunions du Conseil du Fonds.

Le fonds de dotation établit chaque année des comptes qui comprennent un bilan, un compte de résultat et, le cas échéant, une annexe (sous l’autorité d’un commissaire aux comptes). Ces comptes annuels sont publiés sur le site internet de la direction de l’information légale et administrative dans les 6 mois suivant la clôture de l’exercice.

C’est l’occasion de commencer à nous dire qu’il va nous falloir changer, peu à peu, nos habitudes pour verser nos dons au Fonds de dotation plutôt que directement au mas de Carles. A terme, cela reviendra au même, le Fonds n’ayant pour seule vocation que le soutien aux activités du Mas.

Des explications plus pointues suivront bientôt.


Notaire.

Démarche en cours depuis plusieurs mois : le mois de juillet a vu la signature chez le notaire de la dévolution de la propriété du mas de Carles par l’association Saint Joseph au Fonds de Dotation Joseph Persat-Mas de Carles.

L’association Saint Joseph, crée le 26 mars 2002, a permis d’abriter la propriété pendant quinze ans, évitant qu’elle soit confondue avec l’association du Mas de Carles (qui a en charge l’animation de l’accueil, de l’accompagnement et des activités proposées sur le lieu aux personnes accueillies). Belle occasion de remercier très sincèrement les administrateurs de l’association Saint Joseph pour avoir conservé patiemment et dans son « entièreté » le patrimoine qui assure au mas de Carles une tranquillité d’esprit pour son action.

 

Retrouvés aux archives municipales : Carles et sa femme assis devant le mas.


La fin de l’ACAT ?

Petite annonce faite l’autre jour : l’ACAT en Vaucluse n’a plus assez de responsables (ou ils sont trop âgés) pour poursuivre ses invitations et offrir à tous la possibilité de prendre part au combat contre la torture et l’emprisonnement illégal.


9ème rencontre Joseph Persat.

La date et le thème ont (déjà) été retenus. Le 20 octobre 2018, dans les locaux du Lycée Saint Joseph, le thème de ces 9ème Rencontres sera « Travail et Activités ». Il s’agira de penser le travail tel qu’il est vécu dans des lieux d’insertion mais aussi plus largement dans notre société en pleine évolution. Ceci en croisant les différentes approches des acteurs de la vie sociale (OACAS, EI, etc.) et en tentant de poser des jalons qui pourraient nous éclairer dans nos engagements réciproques.

Un accord de principe a été acté avec l’association TOTOUT’ARTS pour réaliser, sur une année, des photos sur les activités pratiquées à Carles (Habitants, Bénévoles, salariés). Projet qui donnerait lieu à exposition (le 20 octobre 2018) voire à la publication d’un ouvrage (prévoir dans ce cas une souscription).

Cette proposition sera couplée avec un atelier d’écriture dont Joël Lemercier a accepté le principe et l’animation.

Pour mémoire, nous rappelons les thèmes des journées précédentes : 2004 : « L’exclusion a changé de visage, quels regards porter sur cette réalité ? ». 2005 : « Dans la lutte contre la pauvreté, la place et le rôle des institutions ». 2006 : « Les formes de la précarité chez les jeunes ». 2008 : « Exclusion sociale, spiritualité : question d’humanité ? ». 2010 : « Quand l’autre devient étranger ». 2012 : « Du changement à la métamorphose ». 2014 : « C’est quoi la vie : accrochés, décrochés, raccrochés ». 2016– « Qu’as-tu fait de la Terre, qu’as-tu fait de ton Frère ? ».


Rencontre résidents/salariés/bénévoles. Une année sur deux l’association propose une « Rencontre Joseph Persat » qui se déroule jusqu’à présent au Lycée Saint Joseph. Une année sur deux, c’est une rencontre sur place, au Mas, qui réunit résidents, salariés et bénévoles de l’association. C’est le cas cette année. Cela se déroulera le 2 décembre prochain, de 9h à 15h (nous partagerons un buffet à midi). Un temps, forcément trop court pour nous. Pour nous permettre de faire ensemble le chemin qui mène d’hier à aujourd’hui. Tenter de nous éviter les embuscades de la nostalgie et les traquenards de nos assurances (passées ou présentes). Un temps pour tenter d’éviter qu’il n’advienne du mas ce que Bernard Simeone [1] redoutait pour ses textes : qu’il ne devienne comme « un manteau qui nous protègerait le temps qu’on le confectionne, mais rétrécirait ensuite au point de se retrouver nu à la fin ». Dénudés de vie commune, dénudés de respect mutuel, etc. Bref, ne pas risquer de toucher du doigt l’impuissance de nos routines. Regarder. Contempler. Laisser notre imagination et notre souci de l’autre paître les prairies de leur actualité. Sans plus vouloir y imprimer notre marque. Mais la leur, la sienne. Faire place. Rien que cela. Et cela peut être douloureux. Refuser plus longtemps de croire que notre avis ou notre sentiment doivent l’emporter nécessairement sur celui des autres. Douleur aussi. Déclarer l’espérance première avant le souci de l’ordre. Avant, bien avant, malgré nos supposées impuissances et la croyance dans nos trop grandes limites. Entendre Péguy à propos d’espérance : « Si c’était avec de l’âme pure, parbleu ce ne serait pas malin. Tout le monde pourrait en faire autant. Et il n’y aurait là aucun secret. Mais c’est avec une eau souillée, une eau vieillie, une eau fade. Mais c’est d’une âme impure qu’elle fait une âme pure et c’est le plus beau secret qu’il y ait dans le jardin du monde. »[2] Premier secret partagé : ce sont nos imperfections qui font Carles (et peut-être au-delà) grand et beau. Mais lesquelles seront les plus fécondes ?

Nous permettre de faire ensemble (dans nos têtes et avec nos mains) le chemin qui mène d’hier à aujourd’hui. Hier et l’a peu-près d’un accueil, son improvisation féconde et chaleureuse, sa frugalité nourricière. Et nous étions à peu près assurés que nous en maîtrisions les effets et les bienfaits. Aujourd’hui, la lente montée en charge d’une organisation qui doit répondre à des impératifs administratifs multiples autant que subtils qui supposent une compétence technique plus aiguisée, ne peut que susciter, par-delà nos incompréhensions, un regard plus aigu sur ce qui vient.

Ce moment sera l’occasion de proposer une première présentation de quelques-uns des passages du dernier opus de Carles : « Et puis ce fut le printemps ». Comme le rodage d’une ambition à venir à travers l’idée d’un spectacle.


Divers.

Juillet et son festival. Une magnifique pièce de théâtre : Antigone de Thèbes. Et cette parole, au milieu : « Tes frères sont devenus des loups, des loups prisonniers de leur vie de loup, avec leurs griffes, leurs cris, leurs dents de loup. Les loups mourront dans leur peau de loup », chante le chœur. Et Antigone, en contre-chant : « Mes frères sont mes frères et je les prends comme ils sont. Ainsi je les aime. Les loups moi je leur caresse le poil du dos je les calme, je les apprivoise, je les rassure moi, je les apaise, je les nourris, je les soigne moi, je les berce, je les endors. » [3] Belle invitation, non ?

Plus tard, Pierre et sa femme, Martine, sont venus passer quelques jours au mas. De Vannes, ils viennent ainsi deux fois l’an. Pierre nous abreuvant de son savoir et de ses conseils concernant les abeilles. Une bien mauvaise saison cette année, tant la sécheresse a réduit la subsistance de nos amies. Malgré tout, quelques pots nous attendent, mais pas suffisamment pour vendre quoi que ce soit.

C’est une des marques de la maison : il y a toujours quelques « menus » travaux en cours. Ce coup-ci, il s’agit de restaurer ce que nous appelons « la réserve », dont nous voulons faire une future confiturerie digne de ce nom pour améliorer productions et modes de production. En espérant que le passage à une forme de modernité n’enlève rien à la qualité ni au goût de nos produits, et n’empêche pas les hommes de continuer à en être les maîtres d’œuvre.

[1] Bernard Simeone (1957-2001), traducteur, écrivain et poète lyonnais.

[2] Charles Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu (1929). Cité par Philippe Jaccottet, Tâche de soleil ou d’ombre, Le bruit du temps, 2013, p. 167.

[3] Véronique Boutonnet, Antigone de Thèbes, Les Ames Libres éditions, 2017, p. 18.

LA VIE AU MAS

Le soutien du Rotary. Nous étions leurs invités le 29 mars pour présenter le mas aux adhérents (accompagnés de leurs épouses). Et eux présentaient aussi leurs activités à venir. Ainsi, pour la cinquième année de suite, le « Rotary le Pont du Gard » a renouvelé son soutien au Mas, à travers le don des bénéfices de la journée de kart que ses membres organisent chaque année (c’était le 3 juin dernier). Le chèque fut remis devant les journalistes le 19 juin. De quoi aider à la restauration d’un espace remis aux normes sanitaires pour produire les (excellentes) confitures des Embrumes. Une bien belle fidélité qui s’accompagne d’une réelle amitié et d’un coup de pouce aux hommes par la proposition d’emplois durant les vendanges sur Tavel.

Et le 24 juin, quelques jours après la remise de ce chèque, nous étions conviés à Mazan (avec Jacques) pour y recevoir le « prix servir » (c’est la devise du Rotary : Servir d’abord) offert au mas (en la personne de son président) remis par le gouverneur du district 1760. Le dossier avait été monté en secret, avant que l’annonce n’en soit faite quelques jours avant la date retenue. Chaleur écrasante

Le 27 avril, se déroulait l’assemblée générale du Mas. Malgré quelques cafouillages d’information, une centaine de personnes étaient présentes (voir compte-rendu ci-joint). Et tout s’est terminé par un repas partagé.

Les 29 et 30 avril, nous avons de nouveau participé à « Ferme en Ferme ». Il s’agit d’une opération nationale qui se décline localement. Des femmes, des hommes, des familles tournent et visitent quelques exploitations « bio » autour d’Avignon. Près de 550 personnes ont ainsi visité le mas, guidées pour une grande partie par les résidents et quelques bénévoles, sous le regard attentif de Caroline, Patrick et Claire. Une belle réussite. D’autant plus qu’elle contribue à qualifier la maison et les hommes autrement qu’on ne le fait habituellement. Ce n’est pas le social qui attire, à ce moment-là, mais la qualité de la production et le côté « bio » de celle-ci. Une belle reconnaissance pour tous.

Début juin, l’assemblée générale d’Imagine84 acte l’émancipation de ses trois services comme autant d’associations. Une manière de rendre Imagine à sa vocation première de lieu de réflexion, de partage et de proposition inter-associatif.

Mi-juin, les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) tenaient leur assemblée générale au mas, suivi d’un repas champêtre pris ensemble avec la maison.

UILV. Le 15 juin (en même temps que la réunion des aumôniers des Gens du voyage venus faire le point sur le dernier pèlerinage des Saintes) se tenait l’assemblée générale de l’Union Interrégionale des Lieux à Vivre.

Après avoir réglés les actes ordinaires d’une AG, les participants se sont interrogés sur la démarche menée à Paris, où Michel Bérard, Serge Davin et Olivier Pety se sont retrouvés le 18 mai, devant le Conseil National de Lutte contre les Exclusion (CNLE) pour défendre l’accès de l’Union Interrégionale des Lieux à Vivre (et de ses 10 partenaires) au statut d’OACAS (Organismes d’Accueil Communautaire et d’Activités Solidaires) [1].

Il s’est manifesté un certain désarroi devant le refus d’accès de sept d’entre nous qui répondaient pourtant comme les autres aux critères d’accessibilité à l’OACAS (selon les mots mêmes de la DGCS : « globalement, les critères prévus par les textes pour l’OACAS étaient respectés pour ces 10 lieux à vivre ») [2]

L’assemblée souhaite :

  • réaffirmer les caractéristiques propres à tous les « lieux à vivre » qui ont  permis à beaucoup de ne pas mourir, de ne pas finir leurs jours dans des hôpitaux psychiatriques…
  • tenir que nos lieux ne sont pas des « entreprises d’insertion » : aucune de nos activités (qu’on vende ou pas) n’est rentable dans la réalité. Nous, nous cherchons à promouvoir une vie organisée autour de l’activité, non nécessairement marchande.
  • qu’il ne suffit pas d’augmenter l’exigence de pourcentage d’accès à l’emploi pour que cela devienne réalité… d’autant que certains choisissent de pouvoir vivre une vie de marginalité choisie. Mais nous maintenons que, chaque fois que c’est possible, nous accompagnons les personnes dans l’insertion professionnelle. Ce qui est rendu possible par les interrelations de chacun de nos lieux avec d’autres lieux et partenaires
  • rappeler l’incompréhension devant la décision de la DGCS qui valide l’Union, tout en lui déniant sa responsabilité quand elle discrimine sept des partenaires membres de l’Union qui est censée valider les démarches de chacun de ses membres ;
  • redire que nous ne pouvons pas nous contenter des estimations et considérations de la DGCS qui rajoute ses interprétations en lieu et place du texte du décret.

Depuis nous avons reçu un courrier du CNLE qui, tout en confirmant les choix de la DGCS formule l’avis suivant : « Le président déclare l’adoption d’un avis favorable du CNLE sur la demande d’agrément de l’Union interrégionale des lieux à vivre pour trois des dix structures présentées, au titre du décret du 14 juillet 2009 relatif à l’agrément des organismes d’accueil communautaire et d’activités solidaires. Le CNLE estime que la possibilité d’un agrément pour les autres établissements au statut OACAS devrait pouvoir être examinée dans un délai de six mois dans le cadre de la procédure de suivi.

Le CNLE estime en outre que l’État (DGCS) devrait approfondir les critères d’appréciation relatifs aux activités proposées aux personnes accueillies pour statuer sur l’éligibilité à l’agrément OACAS des organismes qui le sollicitent. Une meilleure prise en compte de la vocation sociale de ces organismes devrait se traduire par la reconnaissance de l’acquisition de compétences et de savoir-faire des personnes dès lors que ces activités permettent d’envisager un parcours d’insertion professionnelle ultérieur, qu’elles apportent ou non des ressources financières à la communauté. »

Voilà qui ouvre un nouvel espace de « négociation ».

Le 26 juin, pour célébrer la fin du Ramadan trois de nos résidents, Mohamed, Hafid et Lhabib, nous ont permis de partager un repas de fête, autour d’un couscous tout à fait réussi et de gourmandises diverses.

Le même jour, une petite équipe de « carliens » partait en congé chez les sœurs de Saint Paul de Vence, pour une semaine. Petit entretien de la propriété des religieuses en prime.

Cette sortie s’est soldée par un événement malheureux. Au dernier moment, Lhabib a voulu faire partie du voyage et demandé à être déposé auprès de sa famille dans la région de Nice. Sauf qu’il n’avait pas de papiers en règle… Ce qui devait arriver finit par arriver : contrôle de police, arrestation et direction centre de rétention !

Le Collectif Insertion par l’Activité Economique (IAE) du Gard est venu le vendredi 30 juin au Mas de Carles fêter ses 10 ans d’existence et tenir son assemblée générale annuelle. Les adhérents du collectif, dont fait partie le Mas de Carles, et les partenaires sont venus nombreux (60 personnes) pour fêter cet évènement autour d’un repas préparer et servit par l’équipe du Mas…

Pour l’occasion nous avons accueillis Madame Carole Bergeri, vice-présidente du Conseil départemental du Gard et déléguée à l’insertion. Madame Bergeri a rappelé l’importance accordée par les élus Gardois au travail mené par nos associations et dont les activités sont soutenues à hauteur de 11 millions d’euros par le département. Une trentaine de structures adhèrent au collectif dont les missions d’animation, d’expertise, de communication et de formation soutiennent concrètement le travail des adhérents.

La dernière production « littéraire » collective du Mas, Et puis ce fut le printemps, a donné des idées à quelques-uns d’entre nous : présenter une lecture publique d’une partie de ses textes. En lien avec Totout’Art. Il n’y a plus qu’à préparer l’affaire (et certaines voix soutiennent déjà que cela n’est si facile que ça en a l’air).

Et la ferme Bezert ? L’aventure s’est conclue par une décision du C.A. et une lettre du président des amis de la ferme : « Nous avons eu une belle ambition… Bien des obstacles se sont mis en travers de notre route et nous en avons surmonté beaucoup. Il y avait des difficultés financières : nous étions partis sans argent… et il faut bien le dire, nous étions trop peu nombreux pour donner une assise durable à ce projet. C’est ainsi que le Conseil d’Administration a été amené à renoncer au projet » […] préférant réserver les forces existantes à soutenir « une association caritative d’Orange prête à lancer un projet nouveau que nous soutiendrons dans son démarrage. » A suivre !

L’occasion de nous redire qu’aucun lieu d’accueil ne prend son envol autour d’une table, mais bien de l’engagement concret de tel ou tels sur le terrain et dans les difficultés d’une relation de proximité avec des personnes en difficultés. Si belles soient les intentions de départ !

« Ce que je dois chercher ce ne sont pas des mots, mais ce qui en moi ne s’est pas brisé encore, ou pourrait ne pas se briser si je me heurtais là-contre, non pas en pensée, mais de toute la force de ma vie persistante… »

Philippe Jaccottet     

Tâches de soleil ou d’ombre

 

[1] Voir Edito.

[2] Rapport DGCS. Voir le site : dossier OACAS.

LA VIE AU MAS

Fêtes paisibles. Mais rattrapage express ensuite : sévère bagarre, effraction et vols dans les dix jours qui ont suivi. Janvier nous a apporté son lot « d’hommerie » (comme disait François de Salles : « Là où il y a des hommes, il y a de l’hommerie »). Police, garde à vue, expulsions… Fêtes paisibles ? Il fallait sans doute que cela se paie, d’une manière ou d’une autre, tant vivre paisiblement peut être une épreuve pour certains. Le rappel aussi qu’alcool et produits illicites divers entrainent à des formes de folies où plus personne ne contrôle plus rien. Et ne reste plus que l’impérieuse nécessité de combler le vide de tout et la peur de manquer. Pour les animateurs, un appel à plus de lucidité, à aiguiser notre regard et approfondir le mode de notre présence pour garantir toujours plus une forme solidarité apaisée et apaisante. Le constat aussi que certaines formes de vie ne relèvent que très difficilement de notre mode d’accompagnement. Même si vous voulons toujours penser (avec Maurice Bellet) que « puisque le pire n’est pas toujours sûr, on doit penser que le meilleur est toujours possible. » Equilibre précaire autant qu’exigeant dans la certitude que, par-delà alcool, produits divers, ignorance, vivre à Carles peut-être, sinon le paradis, du moins la recherche d’une forme de vie (momentanée ou plus longue) capable de nourrir ou de soutenir la vie des plus fragiles (de certains d’entre eux, en tous cas), une vie augmentée d’espérance et de développement de capacités ignorées jusque-là ? Ce que d’aucun appelleront une vie spirituelle !


Hugues Séghi est mort. Après s’être battu pendant de longues années contre un cancer jamais repu, Hugues est parti et nous l’avons accompagné ce lundi 23 janvier au crématorium d’Aubagne. Hugues, ancien éducateur à la Louve, avait « inventé » le lieu à vivre « Vogue la Galère » en 1999 (association d’insertion des Restaurants du Cœur des Bouches du Rhône). Avec lui (et le GAF et bien d’autres, Michel et Serge) nous avons porté la naissance de l’Union des Lieux à Vivre, élaboré la charte et proposé une première écriture de la grille d’évaluation des « lieux à vivre ». Sa présence chaleureuse et forte, l’évidence de ses constats et ses emportements pour la défense des hommes nous manquent déjà. A nous de poursuivre avec les successeurs la défense et la mise en musique du projet : « Au-delà de toute individualisation des pratiques sociales actuelles qui confinent les plus faibles et les plus fragiles à l’isolement (sous prétexte d’indépendance) nous proposons la réalité d’un accueil par un collectif au sein duquel les personnalités des uns et des autres trouveront repères et rupture de solitude. » [1].


Economie sociale. Depuis quelques temps nous cherchons à peaufiner le statut des lieux à vivre dans le cadre de l’agrément OACAS (Organismes d’Accueil Communautaire d’Activités Solidaires) fourni par l’Etat au titre de l’article 17 de la loi sur le RSA. Une manière de se sortir du soupçon de travail au noir ou illégal dans le cadre des activités proposées par la maison aux personnes qui viennent habiter chez nous.

Encore une fois, il nous faut nous expliquer sur les tenants et les aboutissants de cette pratique ordinaire des « lieux à vivre ». Avec une difficulté supplémentaire aux yeux de la direction qui gère ce dossier : intégrer dans la réalité de l’économie sociale et solidaire le fait que tout ne soit pas monétaire : ceux qui participent aux maraudes ou qui construisent leur lieu de vie doivent être traités comme ceux qui vendent une part de leur production sur les marchés ou ailleurs. Il semblerait que le plaisir de rajouter aux textes officiels l’emporte sur les textes eux-mêmes, qui semblent pourtant clairs : « L’économie sociale et solidaire est un mode d’entreprendre et de développement économique adapté à tous les domaines de l’activité humaine auquel adhèrent des personnes morales de droit privé…). Cette expression permet de spécifier que ce n’est pas le domaine d’activité qui fait l’appartenance à l’économie sociale et solidaire. La mesure la plus importante est l’inscription dans la loi de l’ESS d’une définition légale de la subvention. Elle lève ainsi une insécurité juridique qui poussait les collectivités locales à privilégier des appels d’offre plutôt que les subventions par crainte d’une mauvaise interprétation juridique. La loi ESS réaffirme que la subvention est un moyen légitime et pertinent pour répondre aux besoins sociaux. Elle crée les conditions pour lever des freins éventuels aux versements de subventions aux associations. »


Pierre Allène, le papa de Geneviève Dewulf (et le beau-père de Robert, vice-président du CA de Carles) est décédé à 99 ans : « aujourd’hui nous ne comprenons pas bien qu’il nous ait quitté et nous ait laissé là. Mais nous savons que les yeux de son cœur, les oreilles de son cœur, le sourire de son cœur continuent à nous suivre à travers un écran Skype de l’au-delà, dont nous ne savons rien mais dont nous supposons qu’il fonctionne… mieux que les opérateurs de la terre », ont affirmé les siens au cours de la célébration. Merci pour cette belle espérance.


Julien. C’est la quatrième fois en un an que Julien « disparaît ». Il perd un peu la tête par moment… et cela peut durer. Malgré nos demandes réitérées d’une place en maison de retraite fermée, les responsables (il est sous curatelle) n’avaient guère bougé, jusqu’à ces dernières semaines où on venait de lui  trouver une place à Maussane. Il était à Carles, il n’était pas à la rue. Et chacun croyait sans doute que cela suffisait à le protéger contre ses errances et les faiblesses de sa tête. Battue de tous pour tenter de retrouver sa trace. Chien de la gendarmerie. Hélicoptère. Rien à faire. En fin d’après-midi du troisième jour, c’est une promeneuse qui le découvrira par hasard en pleine nature entre Carles et Pujaut, hagard. Après quelques jours d’hospitalisation il rejoint sa nouvelle demeure dans les Alpilles. Et nous respirons tous un peu mieux. Sacré Juju.


Pendant ce temps les mésanges commençaient à construire leurs nids, haut à l’abri des chats. Les amandiers se paraient de leurs plus belles fleurs et bourdonnaient du chant des butineuses, avec le romarin, la jonquille et la violette qui met du ciel au milieu de la garrigue et le laurier-tin qui blanchit la campagne et l’olivier qui réclame sa taille pour mieux produire. Malgré tout le Mont Serein se couvrait de 6 cm de neige, ce qui valait bien une annonce dans le journal local. La nature elle a gardé mémoire d’un printemps qui s’avance.

Hélas, tout le monde n’a pas le même sens du regard et de l’émerveillement. Quelques pilleurs continuent d’arracher régulièrement tout ce qui leur plait (à commencer par le thym), racines comprises, ce qui interdit toute reproduction (par parenthèse voilà une forme de parabole à méditer pour notre propre humanité). Quand donc ces gens-là comprendront que ce faisant, ils détruisent toute possibilité de renouveau ! Et que manquer à ce point de respect pour la nature c’est l’ignorer pour tous les autres. Difficile de saisir une lumière dans ce que nos regards ont transformés en choses, voire en possibles (et abusives) possessions.


Une semaine en petits groupes avec les hommes de la maison pour travailler, à notre tour, sur « Carles 2025 ». Les « dialogues de Carles » reprennent. Temps de parole offerte à qui voudra la prendre. Pour que les résidents se redisent ce qu’ils attendent de la maison.


Deux années durant des représentants des résidents, des salariés et des bénévoles se sont retrouvés pour au sien d’un atelier d’écriture, autour de Joël qui avait accepté de l’animer. Après relectures et choix, cela a fini par aboutir à l’édition d’un petit livre récemment mis au point. Son titre : Et puis ce fut le printemps. L’ouvrage (publié dans la série des « Cahiers de Carles ») sera disponible pour l’assemblée générale de l’association (fixée au jeudi 27 avril, à 17h, comme chacun le sait déjà).


Beaucoup de publicité ces temps-ci autour du combat contre la maltraitance animale. Sans doute pour mieux nous rappeler à la réalité de nos propres errements : maltraitance et mort des migrants par milliers et dizaines de milliers, rappel qu’un SDF sur quatre travaille sans pour autant pouvoir se loger, sans compter les trois autres qui n’ont plus rien… : « La grande aventure, c’est la reconnaissance de l’autre comme l’enjeu de sa propre humanité… mettre fin au mépris, au refus de voir l’autre comme un être humain semblable, mettre fin à l’inhospitalité, c’est rendre à notre histoire et à notre propre identité leur dimension messianique et souveraine », rappelait il y a peu Frédéric Boyer dans un petit livre saisissant [2].

Hasard ! Dans le même temps le journal La Croix publie la liste des 501 SDF « morts de la rue » connus par le collectif qui tente chaque année de perpétuer la mémoire à travers une célébration de leurs noms quand cela est possible. Pour les autres, le simple rappel de la date de leur décès !


Il y a quelques mois Hervé, prêtre, mourait à 56 ans au terme d’une maladie orpheline qui l’avait peu à peu paralysé. Mi-mars, Cécile, sa fidèle accompagnatrice, nous a proposé de récupérer son fauteuil roulant. Merci pour ce beau cadeau qui permet à Didier de se déplacer avec plus de facilité dans une maison qui n’est pas bien appropriée à la circulation d’un homme amputé d’une jambe.


Une autre discrète générosité : celle de l’association des Festivités Villeneuvoise qui, suite à sa dissolution, offre au mas les fonds restant en banque. Grande reconnaissance à ce conseil d’administration.

[1] [Les Lieux à vivre], dans les Cahiers de VCM, n°1, 2014, p. 9.

[2] Frédéric Boyer, Quelle terreur en nous ne veut pas finir ? P.O.L, 2015. A lire absolument, si vous ne l’avez pas déjà fait.